Nasser Zafzafi confronté aux écoutes de la BNPJ

Nasser Zafzafi confronté aux écoutes de la BNPJ

L'audience de Nasser Zafzafi se poursuivait ce lundi à la Cour d'appel de Casablanca. Au programme : écoute des appels téléphoniques "accablant" le meneur du Hirak.

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Un manifestant brandit la photo de Nasser Zafzafi, le 30 mai 2017 à Al Hoceima. Crédit: AFP

Dix mois de détention provisoire n’ont vraisemblablement rien ôté à la pugnacité de Nasser Zafzafi. Pour son troisième jour d’audience, lundi 16 avril, le leader du Hirak apparaissait en bonne forme, vêtu de sa chemise bleu azur fétiche, celle-là même qu’il arborait pour haranguer les foules plusieurs mois durant à Al Hoceïma et alentours. Devant le juge Ali Torchi, Zafzafi se montre détendu, on le voit lancer des sourires confiant ici et là parmi le public, et se déplace sans gêne dans les quelques mètres carrés délimités par la barre en bois vernis de la salle 7 de la Cour d’appel de Casablanca.

Ce jour là, le juge a entamé la discussion autour des appels téléphoniques impliquant le leader du Hirak, retenus par le juge d’instruction et le Procureur comme pièces à conviction. A lui seul, Nasser Zafzafi totalise 69 des 136 appels interceptés par la Brigade nationale de la police judiciaire, mentionnés dans le dossier des 54 détenus du mouvement de contestation rifain à Casablanca. A la fin de l’audience, 3 enregistrements d’appels seulement avaient été diffusés sur les haut-parleurs du tribunal.

Les conversations étant en rifain, Nasser Zafzafi et ses avocats ont réclamé une traduction in vivo par l’interprète assermenté présent dans la salle. Ils doutent de « la fidélité de la traduction opérée par la BNPJ, qui a déformé les propos, en omettant certains mots, afin d’étayer ses accusations ». Mais cette procédure s’est avérée longue et particulièrement périlleuse pour l’interprète, qui devait traduire – littéralement mais aussi dans le contexte – la transcription des appels en rifain par la BNPJ, puis les comparer aux enregistrements audio.

« A 40 ans, je n’ai même pas de quoi me payer un café »

La « pression » des avocats exercée sur la Cour afin d’obtenir une comparaison des deux versions s’est avérée sensiblement payante. Dans une des conversations, un individu du nom d’Azzeddine Oulad Khali Ali, présenté par le Parquet comme « un indépendantiste résident en Belgique, connu des autorités belges pour son implications dans des affaires de vols et de possession de drogue« , indique à Nasser Zafzafi qu’il est « à sa disposition s’il a besoin de quoique ce soit« , mentionnant l’existence d’un « programme« , d’après le rapport d’instruction.

De quel « programme » s’agit-il ? « Dans la culture rifaine, signaler à quelqu’un qu’il est dans son programme signifie qu’il le garde à l’esprit« , explique l’interprète. « L’homme en question voulait m’aider car les gens de tout Al Hoceïma réclamaient que je me mette à table avec eux, alors que moi à 40 ans, je n’ai même pas de quoi me payer un café« , regrette Nasser Zafzafi, n’omettant pas de remarquer qu’on peut l’entendre refuser expressément son aide. Fort de cette petite victoire, le bâtonnier Me Jamaï s’en est rudement pris à la BNPJ, qui « s‘est basée sur cet appel pour déduire qu’il s’agit de financements étrangers et de la fomentation d’un complot pour porter atteinte à la sûreté nationale« .

Nasser Zafzafi enchaîne alors sa démonstration du « professionnalisme de la BNPJ« , une pique lancée au Procureur Hakim El Ouardi, qui avait auparavant usé de cette expression pour contrer les offensives de la défense. Dans un autre appel, un inconnu résident selon lui aux Pays-Bas lui demande d’élargir le Hirak à d’autres régions, Oujda à titre d’exemple. « Voyez, je lui réponds que nous n’obligeons personne à sortir manifester, et qu’il n’y a aucune raison d’agrandir la contestation jusqu’à Oujda. Ceux qui ont de l’orgueil pour leur pays n’ont pas besoin d’être sollicités par Nasser pour participer au Hirak« , se défend le leader du mouvement, accusé d’avoir participé à des rassemblements armés, un délit passible de 5 ans de prison, selon les dispositions de l’article 20 du dahir n° 1-58-377 (27 novembre 1958) relatif aux rassemblements publics.

Alors que le procès s’enlisait dans une monotonie teintée de fatigue apparente sur les différents protagonistes après plus de cinq heures d’audience, les hurlements de Hamid Mahdaoui vinrent animer l’ambiance. « Pourquoi n’a-t-on pas diffusé également mes appels téléphoniques qui prouvent mon innocence ? Qu’ai-je fait pour subir ce sort hormis dénoncer la corruption qui gangrène ce pays ?« , vocifère-t-il depuis le box des accusés, avant d’être expulsé hors de la salle manu militari par les policiers. Plusieurs minutes plus tard, il demandait son exemption de présence aux audiences, jusqu’aux plaidoiries des avocats. « Prononcez le verdict que vous souhaitez mais laissez-moi tranquille, je vais me suicider en prison », menaça-t-il. Le juge annonce alors le report du procès à l’après-midi de mardi, indiquant que la décision quant à la demande du journaliste sera rendue ce jour-là.

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