Emplois industriels: la guerre des chiffres est déclarée

Le ministre de l'Industrie, Moulay Hafid Elalamy, a annoncé jeudi que quelque 288.126 emplois industriels avaient été créés depuis 2014, dépassant les prévisions du Plan d'accélération industrielle 2014-2020. Un bilan contredit par les études du Haut-commissariat au plan et de Bank Al-Maghrib.

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La marque Dacia a écoulé 34 823 véhicules cette année, se plaçant en tête des ventes. Crédit: AFP

Je défie quiconque veut contester nos chiffres », lançait Moulay Hafid Elalamy, le 22 mars. Selon le ministre de l’Industrie, son département a contribué à la création  52.376 nouveaux postes en 2015, 76.227 en 2016, puis 89.884 en 2017. S’il se maintient à ce niveau, le total atteindra 557.778 en 2020, soit plus que l’objectif initial de 500.000. Il a assuré dans la foulée que 447.896 étaient d’ores et déjà « engagés« .

Dans le détail, le secteur automobile a été le plus porteur avec 29% des créations (83.845) d’emploi. Il est suivi de l’offshoring (18%), l’agroalimentaire (16%), le textile-habillement (13%), les industries métalliques et métallurgiques (6%), la construction (4%) et l’aéronautique (3%).

Après le « débat citoyen » suscité par cette annonce  sur les réseaux sociaux, Othman El Ferdaous, le secrétaire d’État à l’investissement, a réalisé une vidéo pour expliquer la méthode de calcul.

Il en ressort que les statistiques avancées par le ministre de l’Industrie ont été élaborées à partir de questionnaires distribués à 7.600 entreprises du secteur manufacturier formel, sur l’ensemble du territoire national, dont les conclusions ont été croisées avec les données de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), de la Direction générale des impôts (DGI) et de l’Office des changes.

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Or, dans son dernier rapport, la Banque centrale estimait à 8.000 le nombre d’emplois ouverts en 2016. Le Haut-commissariat au plan (HCP), quant à lui, le plaçait aux alentours de 7.000, pour un total de 43.000 créations nettes (c’est-à-dire moins les destructions) depuis le lancement du Plan d’accélération industrielle (PAI), au deuxième trimestre 2014.

« Notre enquête se fait auprès de 90.000 ménages tout au long de l’année« , nous expliquait en novembre une source autorisée au sein du Haut-commissariat. « Ça se fait comme ça dans le monde entier, car ce sont les ménages qui savent s’ils travaillent ou pas. Lorsqu’on parle d’industrie, nous nous référons aux définitions de la comptabilité nationale où l’industrie comprend effectivement l’artisanat, faute d’une définition plus précise qui pourrait très bien être adoptée par le gouvernement« .

L’institution d’Ahmed Lahlimi Alami a promis de répliquer plus longuement au ministre, à l’occasion d’une conférence de presse prévue ce mercredi 28 mars.

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