Taghazout : quand le skatepark met d'accord bénévoles et autorités locales

Des skateurs du monde entier réunis autour d'un projet à Taghazout et appuyés par des autorités locales emballées. C'est la formidable histoire de la construction du skatepark, ouvert fin décembre dans le village de surfeurs.

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Il y a trois ans, Mohamed Bouhrist, maire de Taghazout, postait sur Facebook un message annonçant qu’un terrain sera mis à disposition dans le village et qu’il faudrait en faire bon usage. Et pour cause. Avec le développement de la station touristique Taghazout Bay, ce terrain vaut de l’or.

Ali Tamara, propriétaire du Tamara Skateshop à Agadir, contacte alors l’élu pour lui faire part de son idée d’y construire un skatepark. « C’était comme dans un rêve« , nous explique-t-il. « Je lui ai dit, Taghazout est un village de surfeurs, on a besoin d’un skatepark« . Le maire ne trouve rien à y redire.

Ali Tamara contacte alors l’association américano-allemande Make Life Skate Life pour un coup de main. L’organisation à but non lucratif construit depuis 2013 des skateparks dans des pays dits en voie de développement. Des skateparks ont ainsi fleuri en Inde, en Birmanie, en Bolivie, en Jordanie, au Népal, et en Éthiopie.

Make Life Skate Life accepte sur-le-champ. Ne reste plus qu’à financer le projet. « Au début on pensait lancer une campagne de crowdfunding sur Internet. On savait aussi que la marque Levi’s avait déjà financé la construction de la plupart des skateparks de Make Life Skate Life, donc on a tenté notre chance à notre tour. Ils nous ont sponsorisés à hauteur de 30.000 dollars« , raconte Ali Tamara. La somme permettra d’acheter l’équipement et les matériaux nécessaires à la construction.

Plus de 100 personnes affluent bénévolement des quatre coins du monde pour participer à la construction du skatepark, contre le gîte et le couvert. « L’architecte et le designer venaient d’Australie, mais les constructeurs venaient de partout, il y avait des Danois, des Allemands, des Belges, des Français, des Suisses et même des Israéliens« , énumère Ali Tamara. Le Japon, la Nouvelle-Zélande, la Chine sont aussi représentés. En 20 jours à peine, le chantier est bouclé et le skatepark est fin prêt.

Un melting-pot locaux-touristes

La communauté de skateboarders au Maroc est grandissante, nous assure Ali Tamara. Néanmoins, la culture de la planche est nettement plus visible à Rabat, Casablanca ou Agadir. Les espaces publics des grandes villes forment un terrain de jeu naturel pour les aficionados de la planche à roulettes, quand celles-ci n’ont pas déjà aménagé des endroits dédiés à la pratique du skate.

Dans les villages, les infrastructures se font plus rares. « Le skatepark rend Taghazout plus vivante. Les locaux et les touristes skatent ensemble. En fait, le skatepark est devenu un vrai endroit pour se socialiser », décrit Ali Tamara.

À l’été 2020, pour la première fois, les Jeux olympiques (JO) de Tokyo accueilleront le skateboard – le surf également – comme nouvelle discipline. « Je pense que, pour le skate, le Maroc représentera le continent africain, avec l’Afrique du Sud bien évidemment« , espère-t-il. En réponse à cette entrée aux prochains JO, le ministère de la Jeunesse et des Sports a récemment créé la Fédération royale marocaine des sports urbains (FRMSU), qui encadre le skateboard, la trottinette, le parkour, le roller et le freestyle football.

L’idée en soi ne déplait pas à Ali Tamara, mais le skateur ne comprend pas pourquoi lui et d’autres associations « assez anciennes » impliquées dans la culture urbaine n’ y ont pas été invités

À plusieurs reprises, ils ont essayé de contacter la fédération, en vain. « Je fais partie de la scène marocaine du skateboard depuis plus de 10 ans, c’est surprenant qu’on ne soit pas impliqués dans cette fédération« , fait-il remarquer. « On serait ravis de se joindre à eux« , ajoute-t-il.

Intégrer la fédération est indispensable, pour donner une chance à ces jeunes qui affluent sur le nouveau skatepark de participer aux grandes compétitions. Car « ce skatepark nous livrera de futurs champions, c’est sûr« , promet Ali Tamara.

Son association, Taghazout Skatepark Association, fournit d’ores et déjà des planches de skate aux jeunes du village, en partie grâce à la générosité des touristes et surfeurs de passage. Objectif à termes : dispenser des cours dans une Skate Academy.

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