40% des hommes marocains pensent que les femmes méritent d'être battues

40% des hommes marocains pensent que les femmes méritent d'être battues

Près de 40% des hommes pensent que les femmes méritent (parfois) d'être battues. C'est l'une des conclusions de l'étude IMAGES sur "les masculinités et l'égalité des sexes" menée en 2016 dans la région Rabat-Salé-Kénitra par ONU Femmes et publiée le 27 février.

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Baptisée « IMAGES », l’étude ONU Femmes menée dans la région Rabat-Salé-Kénitra s’inscrit dans le cadre du programme « Hommes et femmes pour l’égalité des sexes » mis en oeuvre par le bureau régional de l’organisation dans la zone MENA a été publiée ce mardi.

Réalisée avec l’appui financier de l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (SIDA), l’étude propose une lecture comparée de la vie des hommes – en tant que fils, maris et pères -, à la maison et au travail, dans la vie publique et privée pour « mieux comprendre comment ils perçoivent leur statut d’hommes, leurs attitudes et actions en faveur de l’égalité des sexes« .

L’omniprésence de la violence

Selon l’étude, le recours à la violence contre les femmes est très répandu, à la fois dans les ménages et dans les espaces publics. Ainsi 38% des hommes (contre 20% des femmes) interrogés pensent que les femmes méritent parfois d’être battues.

Plus de 6 hommes sur 10 hommes (62%) et près de 5 femmes sur 10 (46%) sont d’accord ou tout à fait d’accord avec la déclaration selon laquelle « une femme devrait tolérer la violence pour maintenir sa famille unie« .

Dans ce sens, la violence psychologique est de loin la plus courante (51% des hommes reconnaissent y avoir eu recours et 61% des femmes disent l’avoir subie au cours de leur vie), suivie de la violence économique et de la violence physique.

Les attitudes vis-à-vis de la violence « forment un système logique avec l’idée qu’un homme doit être ‘dur’ et doit avoir le dernier mot dans les décisions familiales« . Ainsi, 40% des hommes et 38% des femmes affirment que si le mari soutient financièrement sa famille, sa femme est obligée d’avoir des rapports sexuels avec lui quand il le souhaite.

« Elles sont responsables »

63% des femmes interrogées ont été confrontées à des actes de harcèlement sexuel – principalement des regards lorgnants, des commentaires sexuels et des traques. 53% des hommes ont reconnu avoir déjà harcelé sexuellement une femme ou une fille (35% au cours des trois derniers mois). 60% d’entre eux affirment qu’ils l’ont fait pour s’amuser.

Pour 60% des hommes interrogés, une tenue vestimentaire d’une femme jugée par eux « provocatrice » constitue une raison légitime de violence sexuelle. Idem pour sa présence dans un lieu public pendant la nuit.

78% des femmes ont attribué la responsabilité du harcèlement aux femmes qui, pour l’essentiel, auraient incité d’une façon ou d’une autre les hommes à commettre de tels actes. 42% déclarent même qu’une femme apprécie de telles « attentions », contre plus de 70% des hommes interrogés.

Le dernier mot

Toujours selon l’étude, les hommes ont une perception largement patriarcale des rôles au sein du ménage: plus de 70% d’entre eux affirment que la responsabilité la plus importante de la femme est de s’occuper de la maison et que l’homme devrait avoir le dernier mot dans les décisions du ménage.

Changer les couches des enfants, faire leur toilette et les nourrir devraient être de la responsabilité de la mère selon 72% des hommes et 54% des femmes.

Dans la région Rabat-Salé-Kénitra, les hommes se considèrent comme responsables des femmes. Chiffres à l’appui, l’étude démontre que plus de 75% des hommes estiment avoir un devoir de tutelle à l’égard des femmes.

Plus de la moitié des femmes n’acceptent pas d’être réduites au rôle de mère au foyer, rejetant ainsi l’idée du devoir de tutelle des hommes. Dans ce sens, 80% affirment qu’une femme non mariée a le droit de vivre seule à l’instar d’un homme non marié (contre 53% des hommes) et 89% (contre 77% des hommes) revendiquent la même liberté de naviguer sur internet autant que les hommes.

Carrière ou mariage ?

Pour l’autonomisation économique des femmes, l’enquête confirme que les hommes ont une attitude équivoque. 54% d’entre eux (confirmé par 53% des femmes) estiment que, pour les femmes, le mariage est plus important que la carrière professionnelle.

Un constat logique quand 73% des hommes et 71 % des femmes pensent que lorsque les opportunités d’emploi sont rares, les hommes doivent pouvoir y accéder avant les femmes.

L’étude relève par ailleurs une contradiction quant à l’importance pour une femme de s’occuper de sa famille plutôt que de faire carrière. 61% des hommes et 73% des femmes considérant qu’il est « important que la future conjointe travaille après le mariage« .

Au travail, en revanche, la grande majorité des hommes (80%) et plus encore des femmes (93%) sont en faveur de l’égalité des salaires pour les femmes et les hommes occupant le même poste. 70% des hommes accepteraient de travailler sous la direction d’une femme (87% des femmes), alors que 41% des hommes considèrent dans le même temps que les femmes sont trop émotives pour être dirigeantes (36% des femmes).

Plus de droits, moins de droits

87% des femmes et 56% des hommes s’accordent à affirmer que davantage de travail et d’efforts devraient être fournis pour promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes. La moitié des répondants, hommes et femmes (respectivement 50% et 48%) pense que l’idée de l’égalité entre les sexes ne fait pas partie des traditions et de la culture marocaine.

Quatre hommes sur dix et presque la moitié de femmes pensent qu’accorder plus de droits aux femmes signifie que les hommes en perdent. D’autre part, presque six hommes sur dix (58%) et la moitié des femmes (49%) croient que l’égalité entre les sexes a déjà été atteinte dans la société marocaine.

Qu’est-ce qu’un homme ou une femme aujourd’hui ?

L’étude relève également que les hommes et les femmes perçoivent une modification d’un modèle de masculinité vu comme unique, ce qui remet en cause les rôles sociaux de genre. Idem pour l’identité des femmes qui est également en mutation malgré les résistances.

Ainsi, quel que soit le milieu ou l’âge, les modèles de masculinité sont définis en comparant avec le passé où l’homme était pourvoyeur de ressources, ce qui lui conférait des droits sur la famille – et sa femme en particulier.

Pour les sondés, ce modèle du patriarche tout-puissant semble appartenir au passé et les discussions s’accordent sur le fait qu’aujourd’hui, les hommes et les femmes endossent de nouveaux rôles en raison. En cause, le fait qu’une petite partie des femmes a accédé au marché du travail (26%), mais aussi et surtout le fait que l’imaginaire sur le travail des femmes a changé.

Transition des modèles

Les définitions du « masculin » et du « féminin » évoluent continuellement. D’après l’étude, la société marocaine est dans une période de « transition des modèles » où le passage d’un modèle qui semblait stable à un autre, encore indéfini, « entraîne la cohabitation d’une multiplicité de modèles, sans que l’on sache lequel est le meilleur, ni lequel sera finalement adopté. »

La même source précise que cette période de transition engendre « une incertitude très importante et beaucoup de souffrance pour les hommes comme pour les femmes qui ne savent plus comment se situer. » Et d’ajouter : « en l’absence de modèle de référence, il semble bien que les individus soient en train de  » bricoler  » des identités hybrides visant à gagner des espaces de liberté. »

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