La recette d'une transformation digitale réussie

La recette d'une transformation digitale réussie

S'entourer des bons profils et mettre en place les bons process, deux points fondamentaux pour la réussite d'une transformation numérique. Un expert de McKinsey nous détaille les étapes cruciales et analyse les opportunités et défis du Maroc en la matière.

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L'agence de développement digital ambitionne de mettre en place de nombreux projets pour assurer la transition numérique au Maroc Crédit photo : DR

La transformation digitale, tout le monde en parle sans en comprendre réellement l’enjeu, la réduisant souvent à l’acte de s’équiper en « serveur » et en « matériel informatique ».Pour d’autres, il s’agit d’une mode avec des projets portés uniquement par les départements marketing.

Mounir Jazouli, président du Groupement des annonceurs du Maroc (GAM), sent que la prise de conscience est là, mais encore beaucoup d’acteurs pensent qu’il n’y a pas de menace sur leur business et, dès lors, ils ne voient pas la nécessité de s’activer.

Un état d’esprit qu’il faut rapidement changer, en adoptant la bonne stratégie et en recrutant les bons profils à mettre au cœur du processus de prise de décision. Car « digital is not about IT« , comme nous le rappelle Yassine Sekkat, Partner spécialisé dans la transformation digitale au sein de McKinsey.

Peu d’observateurs le savent, mais le prestigieux cabinet a entamé sa propre mue digitale en créant, depuis 4 ans, McKinsey Digital Lab, qui regroupe 2.000 experts technologiques à travers le monde. Depuis 2017, une antenne de ce digital lab a été mise en place à Casablanca.

« Nous avons beaucoup travaillé sur la maturité digitale des secteurs. Tous les secteurs ne se prêtent pas au même niveau au digital. Il y a globalement les mêmes six ou sept secteurs qui s’y prêtent bien. A leur tête la banque, l’assurance et les télécoms« , nous explique Sekkat. Viennent ensuite les secteurs des medias, du tourisme / voyage, puis, en quatrième lieu, l’industrie et les mines et enfin la santé et l’éducation.

Agilité rime avec rigueur

« Pour le Maroc, tout se passe dans les trois premiers« , à savoir la banque, l’assurance et les télécoms, insiste-t-il. Ce sont les secteurs qui consomment la plus grande part des budgets du digital. Ces secteurs qui sont par nature immatériels sont confrontés au client dont le niveau d’exigence a radicalement augmenté ces dix dernières années.

Ainsi, c’est celui qui arrive en bout de chaîne qui a changé toute la chaîne. Les clients veulent attendre moins, acheter moins cher, 24h sur 24h. C’est un peu moins le cas pour d’autres secteurs, comme l’industrie, car cette exigence est moins forte.

Cette transformation digitale est évidemment facilitée par les avancées technologiques énormes réalisées ces dernières années, à travers le boom du cloud computing, l’arrivée de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée, la puissance du big data…

Mais « le point que l’on connaît le moins, c’est l’émergence de nouvelles méthodes de travail« , note Sekkat. C’est la fameuse méthode de « l’agilité« . « Un terme qu’il faut prendre garde à ne pas galvauder« , prévient-il. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, pour obtenir des résultats, il faut un travail très cadré et organisé. Il faut beaucoup de process et de rigueur pour travailler en agilité.

L’autre impératif pour réussir sa transformation digitale est de s’entourer des bonnes personnes. Il s’agit principalement de cinq métiers devenus essentiels. Seul bémol, il existe une véritable guerre des talents.

« Il y a une pénurie claire des talents digitaux aussi bien au niveau local qu international. C est le problème numéro 1 de la plupart de nos clients. Cette pénurie représente à la fois un obstacle mais aussi une opportunité unique pour le Maroc« , nous assure l’expert de McKinsey.

Ces perles rares se sont aussi taries à l’étranger, notamment en France où plusieurs profils talentueux rejoignent la Silicon Valley. Résultat : « La France s’est mise à chasser au Maroc de manière très forte« , nous assure-t-il. Mais, comme toute crise apporte son lot d’opportunités, cette situation pousse les plus grandes entreprises marocaines, surtout celles disposant de filiales dans le continent, à explorer aussi en Afrique subsaharienne.

« Elles veulent faire d’une pierre deux coups : non seulement l’on veut recruter des talents pour nos besoins, mais en plus on va les former pour qu’ils mènent la première vague dans les pays où il y a les filiales« , détaille Yassine Sekkat.

Cette rareté des ressources au niveau mondial donne aussi une occasion en or au pays de combler très rapidement son retard, en misant sur la formation. Car, pour certains métiers, hors data science, qui nécessitent une expertise poussée en algorithmique, les reconversions sont relativement à la portée. Un bon dev peut ainsi être formé en « six à neuf mois« , assure l’expert.

Une administration qui doit se mettre à la page

Le Maroc a l’occasion de s’inspirer des meilleures pratiques en la matière. La Corée du Sud par exemple est devenue leader en matière de développement des TIC en misant sur l’éducation et en adoptant ce leitmotiv : « pali pali« , qui signifie littéralement « vite et plus vite« .

En Corée, l’éducation est « extrêmement valorisée » et a été pour nombre de personnes un moyen de sortir de la pauvreté, explique Seung Keon Kim, vice-président de l’Association coréenne de promotion des télécoms (KAIT), cité dans un rapport de l’Union internationale des télécoms.

Les universités coréennes sont ainsi équipées d' »Internet hertzien, de tableaux électroniques, d’équipements de réalité virtuelle, de mini-ordinateurs, de tablettes, de cahiers numériques« , liste Jeong Rang Kim, professeur au département d’éducation informatique de l’Université nationale de Gwangj, cité dans le même rapport.

Le Maroc, quant à lui, ne manque pas d’atouts, notamment une infrastructure réseau « correcte« , une base de talents sur laquelle il peut capitaliser, et une « nouvelle génération de leaders qui croient en la transformation digitale comme effet de rattrapage », pointe Sekkat.

Mais ces points forts se heurtent à un défi de taille : l’administration a besoin d’accélérer massivement sa transformation digitale. Pour revenir à l’exemple Coréen, le gouvernement du pays du matin calme a appuyé le développement des TIC dès les années 1990.

Le début du millénaire a vu la création de l’Agence coréenne de développement et de promotion du numérique (KADO). Objectif : renforcer l’accès à Internet et offrir une formation au numérique à plus de 10 millions d’habitants. Et cela continue : le budget R&D représente aujourd’hui environ 5% du PIB sud-coréen.

Au Maroc, ce qui peut être fait est énorme, avec un grand impact sur la réduction de la corruption. « Le digital peut vraisemblablement révolutionner la manière dont on interagis avec l’administration. L’administration pourrait réaliser des avancées majeures pour la lutte contre la corruption, la réduction de ses coûts et surtout l’amélioration de la satisfaction de ses citoyens et le renforcement de sentiment de fierté national. Pour le citoyen, cela va concerner par exemple la demande de documents administratifs tel la carte nationale et le permis de conduire, l’obtention de certificat de résidence, d’acte de propriété ou de casier judiciaire« , souligne Sekkat.

La mise à niveau réglementaire permettra, par exemple, d’éviter les blocages classiques lors de la dématérialisation d’une procédure, où une autre administration continuera à exiger des documents mettant en péril toute la fluidité du process. Autant de raisons d’accélérer la transformation numérique qui est aussi une formidable occasion de transformation sociétale.

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