La Catalogne suspendue au discours de son président à la veille d'une mise sous tutelle

Le président séparatiste catalan devait faire jeudi à la mi-journée une allocution impromptue, alors qu'il est tiraillé entre convoquer des élections ou déclarer l'indépendance, à la veille d'un vote crucial à Madrid pour une mise sous tutelle de sa région.

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L'ex-président catalan Carles Puigdemont Crédit: AFP

Carles Puigdemont doit s’exprimer à 13h30 locales (11h30 GMT) à Barcelone, après plusieurs jours de tractations au sein même de son gouvernement sur la réponse à apporter aux mesures prévues par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy.

La bourse de Madrid a bondi à l’annonce de ce discours inattendu, prenant 1,70% vers 13H00 locales (11H00 GMT). La hausse était particulièrement marquée pour les banques catalanes, CaixaBank gagnant +3% et Banco Sabadell dépassant brièvement 5%.

Dans le camp de M. Puigdemont, les plus radicaux sont partisans d’une déclaration unilatérale d’indépendance de la riche région aux 7,5 millions d’habitants, tandis que d’autres prônent une dissolution du parlement et des élections régionales anticipées.

« M. Puigdemont reçoit de nombreuses pressions d’un secteur du PDeCAT (son parti, ndlr) pour convoquer des élections », a indiqué à l’AFP une source au gouvernement régional.

La présidente du Parlement catalan, l’indépendantiste Carme Forcadell, a annoncé jeudi que son assemblée siègerait à partir de 17H00 (15H00 GMT) à Barcelone.

Au même moment à Madrid, une commission sénatoriale commencera à débattre de la suspension d’autonomie de facto de la Catalogne – où vivent 16% des Espagnols -, une demande de M. Rajoy au nom du rétablissement de l’Etat de droit dans la région.

Le Sénat doit décider vendredi s’il lui accorde, au titre de l’article 155 de la Constitution, ce pouvoir de destituer l’exécutif indépendantiste de la Catalogne et la mise sous tutelle de sa police, de son Parlement, de ses médias publics régionaux, pour six mois avant d’organiser en 2018 des élections.

L’approbation des sénateurs est en principe acquise, car les conservateurs disposent d’une majorité absolue au Sénat et devraient pouvoir compter sur le soutien du parti libéral Ciudadanos, né en Catalogne contre l’indépendance, et sans doute celui du Parti socialiste.

Carles Puigdemont a transmis jeudi matin au Sénat une lettre dans laquelle il qualifie la mise sous tutelle de sa région d’atteinte « frontale » à la Constitution espagnole.

Cependant, sa propre majorité indépendantiste s’était estimée au-dessus de la Constitution quand le Parlement catalan avait adopté le 6 septembre une loi organisant le référendum d’autodétermination interdit du 1er octobre.

M. Puigdemont avait prévenu le 19 octobre que si le gouvernement espagnol « continuait à empêcher le dialogue et à poursuivre la répression, le Parlement de Catalogne pourrait, s’il l’estimait opportun, voter une déclaration formelle d’indépendance ».

La Catalogne, dont les relations avec Madrid n’ont cessé de se dégrader depuis le début des années 2010, est au coeur de la plus grave crise politique qu’ait connu l’Espagne depuis le retour à la démocratie en 1977.

M. Rajoy espère que les Catalans, divisés à parts presque égales sur l’indépendance, tourneront le dos aux séparatistes, qui n’ont pas de soutiens internationaux et font face à la fuite d’entreprises – 1.500 depuis le début du mois – et une baisse du tourisme, par peur de l’instabilité.

Chacun redoute des retombées très négatives pour l’économie de la région qui représente 19% du PIB espagnol.

Le ministre de l’Economie Luis de Guindos a estimé que les effets de l’incertitude entraînée par la situation politique se feraient sentir dans la région « de manière évidente au quatrième trimestre ».

Il a aussi prévenu les fonctionnaires tentés de résister à la mise sous tutelle: « il faut respecter la loi, car en dernier lieu, c’est la société catalane qui en subira les conséquences ».

Les séparatistes tablent sur le soutien de nombreux citoyens se sentant méprisés par Madrid depuis plusieurs années et écoeurés par les violences policières qui ont émaillé le référendum d’autodétermination du 1er octobre, qu’ils estiment avoir emporté. Les résultats du scrutin -90% de oui avec 43% de participation- sont invérifiables.

Les indépendantistes ont prévu de mobiliser leurs partisans à partir de vendredi, par le biais des puissantes associations ANC et Omnium Cultural, capables de rassembler à chaque manifestation des dizaines de milliers – voire des centaines de milliers – de partisans pacifiques.

À midi, des centaines d’étudiants se sont rassemblés à Barcelone pour soutenir la proclamation d’une République indépendante.

« Nous sommes impatients d’avoir la république catalane maintenant. Ca devrait déjà être arrivé! », disait ainsi à l’AFP Natalia Torres, 19 ans.

La mise sous tutelle semble inéluctable alors que mercredi matin, M. Rajoy a douché tout espoir de dialogue avec le président de l’exécutif catalan.

« Vous me dites que les institutions catalanes ont demandé le dialogue et que ma réponse a été l’article 155 » de la Constitution, qui permet cette mise sous tutelle, « et c’est vrai », a dit devant le Congrès M. Rajoy à un élu indépendantiste catalan, avant d’insister: « C’est la seule réponse possible, la seule. »

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