Larbi Belrhiti : "Je veux démocratiser l'e-commerce au Maroc"

Larbi Belrhiti : "Je veux démocratiser l'e-commerce au Maroc"

Larbi Belrhiti. Crédit: DR

Après cinq ans à la tête d’Avito, Larbi Belrhiti lâche « son bébé » pour prendre la tête de Jumia Maroc. Le « serial entrepreneur » rêve désormais de faire décoller le paiement par carte.

Larbi Belrhiti va quitter Avito le vendredi 14 juillet, pour reprendre dès le lundi suivant chez Jumia. Pas de pause pour celui qui se présente comme un « serial entrepreneur » et qui a fait exploser le site de petites annonces. Entretien. 

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Telquel.ma: Quel poste allez-vous occuper chez Jumia Maroc ?

Larbi Belrhiti: Je reprends la place de Bastien Moreau, et le challenge de développer Jumia Mall, la plus grosse partie de l’activité du groupe. J’ai aussi le rôle de « country captain », soit de représentant de Jumia pour toute son activité au Maroc. Je ne suis pas directement responsable de l’intégralité des business, mais je suis responsable s’il doit y avoir des discussions sur les finances, les ressources humaines ou la communication sur la levée de fonds. 

Quels chantiers vous attendent ?

Jumia, créé en 2012, est devenu le premier site de e-commerce au Maroc. En cinq ans, beaucoup de travail a été effectué, mais l’activité a pris du temps à se mettre en place. Contrairement à Avito où tout est digitalisé, il a fallu construire une équipe avec 200 livreurs, les dix entrepôts et les process de livraison, ainsi que relever le défi de faire payer les gens par carte sur Internet. Maintenant que l’on a cette infrastructure, il faut ramener Jumia à une taille beaucoup plus importante, jusqu’à croître dix fois plus. L’idée est de démocratiser l’e-commerce au Maroc, comme Avito l’a fait avec la petite annonce. Certes, il y a une croissance du e-commerce, mais je pense que le potentiel est énorme. 

Comment arriver à cet objectif concrètement ?

Au début, Jumia faisait de l’achat et de la vente. Il achetait ses produits pour les revendre sur sa plateforme, car ils n’existaient pas dans le catalogue. Ensuite, Jumia a intégré des vendeurs au fur et à mesure, et la partie retail a commencé à baisser. L’idée est que la plateforme ne soit que l’intermédiation entre les vendeurs et les acheteurs, et que Jumia n’achète plus de produits. Il faut accroître le nombre de vendeurs ainsi que l’assortiment de produits. Les deux catégories phares du site sont les produits high-tech et fashion, mais l’idée est de trouver tous les biens, des articles de bricolage, à la décoration de maison en passant par les couches pour bébé. Tout ce que vous trouvez dans un supermarché. Ensuite, il faudra faire connaître la marque et ramener plus de trafic sur la market place pour augmenter la notoriété de Jumia.

Que tirez-vous de votre expérience chez Avito ?

Je n’ai pas d’expérience dans la petite-annonce, mais plus de la market place. Le but est de créer un flux entre les vendeurs et les acheteurs sur la plateforme, afin que la market place devienne fluide et efficace. Le principe reste le même, qu’il s’agisse des produits neufs ou d’occasion. Cette dynamique est plus importante que la rentabilité. Une fois que la market place est fluide et dynamique, elle continue de croître organiquement et là on peut commencer à créer des services à valeur ajoutée. C’est un type de business qui devient profitable sur le long terme. 

Où en sont Avito et Jumia en termes de rentabilité justement ?

Ce modèle peut prendre cinq ans pour que le business rentre dans la profitabilité, et une dizaine d’années pour récupérer ce que l’on a dépensé. Avito devrait être profitable cette année. Maintenant, le challenge sera de continuer à croître pour ramener ce qu’on a dépensé. Jumia n’y est pas encore puisque la composante opérationnelle a pris du temps. On devrait être rentable dans les deux à trois prochaines années.

Avito propose souvent des petites annonces de produits d’occasion alors que Jumia est une market place… Pourquoi passer de l’occasion au neuf ?

Honnêtement, cela ne me change pas grand-chose. Jumia est différent plutôt, car son modèle est plus complexe, car il intègre une dimension logistique et opérationnelle. C’est quelque chose qui me manquait. De l’autre côté, il faut faire de la croissance donc tout est à faire. Vendre de l’occasion ou du neuf… Cela n’a pas de grande différence.

Avito est un peu votre bébé. Pourquoi l’avoir lâché ?

Avito restera toujours mon bébé. Quand on a des enfants et qu’on les marie, cela reste nos enfants. Je suis fier d’avoir développé le premier fleuron de l’industrie digitale marocain. Je me considère comme un serial entrepreneur. Pour moi, le défi était de créer un service utilisé par des millions d’utilisateurs. Je suis encore assez fougueux pour prendre de nouveaux challenges un peu fous. Chez Jumia, il y a plein de défis comme le fait de payer par carte en ligne. Il y a cinq ans, le marché n’était pas encore prêt. Avec un service simple où les gens payent en cash quand ils se rencontrent, Avito était l’opérateur qui correspondait aux utilisateurs marocains vu la maturité d’Internet à l’époque. Aujourd’hui, Jumia est prêt à décoller alors que les gens ont pris le tournant du paiement en ligne : c’est le bon moment pour faire décoller l’e-commerce au Maroc.

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