A Casablanca, un speed-dating pour les personnes handicapées en recherche d'emploi

A Casablanca, un speed-dating pour les personnes handicapées en recherche d'emploi

Le 1er octobre a lieu à Casablanca la deuxième édition d'un speed dating entre entreprises et personnes handicapées en recherche d’emploi.

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Crédit : Yassine Toumi.

La deuxième édition du Forum d’emploi handicap a lieu à Casablanca le 1er octobre. Le principe : mettre en relation des personnes handicapées en recherche d’emploi avec des entreprises, qui leur font passer un entretien directement sur place.

D’après Maroc Espoir, l’association organisatrice de l’événement, 2 000 candidats et 20 entreprises avaient participé à l’édition précédente. Un forum qui avait permis à au moins 10 personnes de décrocher un emploi (toutes les entreprises n’ont pas fait de retour). « Si deux ou trois personnes trouvent du boulot, c’est déjà ça », nous confiant l’an dernier, Karim Idrissi Qaitouni, président de l’association.

Il faut dire que l’enjeu est de taille : le taux de chômage des personnes en situation de handicap est cinq fois plus élevé que celui de la moyenne nationale. Et 5,12% de la population, soit près de 1,8 million de personnes, sont en situation de handicap, selon l’enquête nationale sur le handicap réalisée en 2004.

La rencontre est ouverte gratuitement mais les candidats doivent s’inscrire préalablement.

Telquel s’était rendu l’année dernière à ce speed dating entreprises: 

Plus de 2000 candidats étaient attendus lors de ce premier forum de l’emploi pour les personnes handicapées qui s’est tenu à Casablanca le 12 octobre. Il faut dire que l’enjeu est de taille: le taux de chômage des personnes en situation de handicap est cinq fois plus élevé que celui de la moyenne nationale. Et 5,12% de la population, soit près de 1,8 million de personnes, sont en situation de handicap, selon l’enquête nationale sur le handicap réalisée en 2004. Ainsi, la salle de conférence de l’hôtel où s’est déroulé l’événement était comble. Des personnes en situation de handicap physique attendent de tenter leur chance pour ces entretiens un peu particuliers.

« J’ai reçu un sms de l’Anapec m’informant de l’événement. Ensuite on vous prévient qu’une entreprise (sans préciser laquelle) est intéressée par votre CV, et là vous recevez une invitation pour le forum », nous explique Abdellatif Imhilne, 27 ans. Les candidats font ainsi la queue devant les stands de grandes entreprises marocaines et étrangères. Une fois leur tour arrivé, ils répondent à des questions classiques sur leur formation et leur expérience. Parfois, certains recruteurs s’inquiètent de leurs capacités physiques, souvent réduites par le handicap, et demandent concrète- ment aux candidats ce qu’ils sont capables de faire et de ne pas  faire. « Vous pouvez taper à l’ordinateur? Montrez-moi. Non des deux mains. », s’assure par exemple une responsable. « C’est aussi une manière de les bous- culer un peu, histoire de ne pas trop les materner », commente une autre responsable de ressources humaines.

Ecran de fumée

« Je suis très motivée par cet événement », nous lance Meryem Hamouich, personne de petite taille tout juste diplômée. Mais si les entreprises gardent les CV, il y a tellement de monde présent que la plupart des candidats préfèrent ne pas trop espérer. « Ils ne prennent même pas de notes », remarque Abdellatif Imhilne, qui se dit « réaliste ». « Tous les RH sont très accueillants mais la plupart des candidats pensent qu’ils vont ressortir du forum avec un contrat alors que c’est totalement faux », regrette un informaticien venu par simple curiosité. Mustapha Salih, membre de l’Alliance espace citoyenneté des handicapés pour la région de Fès est plus catégorique encore. Pour lui, le ministère de l’Emploi, partenaire de l’événement qui « n’a rien fait pendant cinq ans », cherche à se racheter une conscience.

Il explique : « Cela ne sert à rien du tout puisque ces entreprises-là cherchent des personnes qualifiées alors que les personnes handicapées ne sont justement pas formées ». Il est vrai qu’en plus de la discrimination de la part de certains employeurs, le manque de formation est l’une des principales raisons du haut taux de chômage de ces personnes. D’après l’enquête nationale sur le handicap de 2004, le taux de scolarisation est trois fois moins élevé que dans le reste de la population. En cause, des écoles dépourvues d’infrastructures adaptées et un manque de formation des enseignants. D’après Idir Ouguindi, membre du groupe AMH (Amicale marocaine des handicapés), la sensibilisation doit même se faire auprès des directeurs d’école, « qui sont en- core étonnés de voir des handicapés frapper à leur porte ».

Dédiaboliser le handicap

De son côté, Espoir Maroc, l’association organisatrice du forum, défend son concept. « Si deux ou trois personnes trouvent du boulot, c’est déjà ça », commente son président, Karim Idrissi Qaitouni, qui nous explique avoir ciblé les entreprises engagées socialement et espère bien réitérer l’expérience dans d’autres villes du Maroc. Et ce genre d’événement est bien sûr un moyen pour ces chercheurs d’emploi de rester dans la course et de se faire connaître.

A en croire les recruteurs interrogés, ils ne sont pas venus avec un nombre de postes à pourvoir bien défini, mais en gardant en tête quelles fonctions peuvent être assurées par une personne atteinte de tel ou tel handicap. « J’ai pleuré deux fois. Pour moi, c’est une expérience sur le plan émotionnel », nous confie Nezha Mimoun, res- ponsable ressources humaines chez Wafa Assurance. Elle nous explique, encore sous le coup de l’émotion: « J’ai rencontré des personnes en fauteuil, des manchots, des aveugles, mais je me demande si ce n’est pas nous qui sommes handicapés, il faut changer ce regard compassionnel ».

Une expérience enrichissante pour les recruteurs aussi, mais la discrimination toujours pratiquée par certains d’entre eux est une barrière de plus. « Je ne mets pas que je suis handicapé sur mon CV. Au téléphone, ils ne s’en rendent pas compte. Mais lorsqu’ils me voient, c’est différent”, raconte un handicapé sur béquilles. « La dernière fois, je postulais pour un poste d’informaticien pour une entreprise de câblage mais lors de l’entretien, le recruteur m’a dit que je devrais aussi déplacer certains dossiers”, ajoute-t-il dépité.

La barrière de la mobilité

Autre obstacle, la mobilité, bien sûr. « L’obtention du permis de conduire est plus chère pour nous parce que l’auto-école doit posséder une voiture à boîte automatique », nous ra- conte El Houssaine Ichen, qui veut créer son agence de voyage à destination des handicapés mais qui est venu prendre quelques contacts au forum. Une fois arrivé sur son lieu de travail, il n’est pas toujours évident de se déplacer et les toilettes et restaurants d’entreprise pas toujours adaptés. « Les locaux doivent être aménagés. Les ascenseurs ne suffisent pas pour assurer la sécurité incendie », commente Nezha Mimoun.

Mais Jad Benhamdane préfère relativiser. « Ils ont juste installé une rampe à l’entrée et donné un ordinateur portable pour que ce soit plus pratique », nous explique ce cadre de la BMCE en fauteuil, présent lors de l’événement. S’il avoue « avoir été chanceux dans son malheur », et ainsi avoir pu suivre des études supérieures, grâce à l’aide de ses parents et camarades d’école, pour Jad Benhamdane, l’essentiel est de ne pas s’ériger en victime. « Quand je perce- vais un soupçon de pitié lors d’un entretien d’embauche, je zappais », nous explique-t-il. La confiance en soi est essentielle. Nezha Mimoun qui avoue ne jamais avoir eu d’entre- tien avec une personne en situation de handicap en sept ans, remarque qu’en plus de la discrimination, les personnes handicapées, de leur côté, n’osent pas toujours frapper aux portes de l’entreprise.

La loi des quotas

Présent au rendez-vous, le Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, a été interpellé sur le quota de 7% de personnes en situation de handicap employées dans la fonction publique. C’est que le sujet revient souvent: le Graal n’est pas une embauche mais bien plus une place dans l’administration. Instauré en 2010, ce quota n’est toujours pas respecté, comme l’a reconnu la ministre de la Solidarité. Face aux vives critiques, Abdelilah Benkirane a annoncé que ce chiffre devrait être renégocié et débattu pour les secteurs public et privé lors du projet de Loi de Finances 2016 et qu’un budget d’un milliard de DH serait alloué aux entreprises à besoins spécifiques.[/encadre]

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