Fact-checking: l’olive marocaine et ses statistiques bien huilées

Selon des affirmations de Fellah Trade, le Maroc aurait doublé sa production d’olives en six ans. Vrai ou faux ?

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Crédit : Yassine Toumi

Les projets oléicoles réalisés dans le cadre du Plan Maroc Vert commencent à porter leurs fruits », écrit Fellah Trade, portail du Crédit Agricole du Maroc, financeur majeur du Plan Maroc Vert. Dans une publication datée du 1er septembre, Fellah Trade dresse une série de constats sur la production d’olives marocaines : évolution de la production, de son coût, la superficie plantée… Ces affirmations se retrouvent inchangées dans une bonne partie de la presse nationale, mais la réalité est plus nuancée, voire différente. On distingue le vrai du faux, dans un secteur où plus qu’ailleurs les chiffres servent ceux qui les emploient.

« Si vous arrivez à y voir clair dans les chiffres de la production, faites-moi signe, parce que même pour nous, professionnels, c’est impossible », nous explique le directeur d’un groupe leader dans la conserverie d’olives. En effet, selon la Direction des études et des prévisions financières (DEPF), dans une étude de juillet 2014, l’oléiculture concerne 450 000 exploitations agricoles. « La guerre des chiffres a toujours existé avec le ministère. C’est en réalité impossible de comptabiliser de manière précise la production d’olives marocaines. Ces chiffres sont simplement une estimation que chacun utilise pour défendre sa position », poursuit-il. De fait, les chiffres cités par Fellah Trade contredisent ceux d’Interprolive, la Fédération marocaine interprofessionnelle de l’olive, qui sont eux-mêmes différents de ceux du Conseil oléicole international (COI). Il est néanmoins possible de distinguer des tendances, avec des années fastes, et d’autres, plus faibles.

Photo : DR
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« La production a presque doublé en six ans, pour atteindre 1,5 million de tonnes »

Faux. « La production moyenne d’olives a atteint 1,326 million de tonnes en 2015 contre 783 000 tonnes en 2009, soit un accroissement de presque 70 % », lit-on sur Fellah Trade. Il manque donc tout de même 30 points de hausse, selon ces chiffres, pour doubler la production. En outre, selon les chiffres d’Interprolive, la production en 2009 était de 850 000 tonnes, et de 1,143 million en 2015. La hausse est donc de seulement 35 %.

En revanche, 2014 a été une année faste pour l’olive marocaine avec 1,570 million de tonnes produites, selon Interprolive. Sur la période 2009-2015, entre l’année la plus forte et l’année la plus faible, il y a donc bel et bien un rapport du simple au double. Mais, d’une part, cela ne se vérifie pas dans la durée et d’autre part, ces niveaux de production ont déjà été atteints ponctuellement par le passé : selon le COI, la production d’olives marocaines a déjà dépassé le million de tonnes en 1996 et 2004.

On parle ici de récolte d’olives, mais la production d’huile suit, naturellement, la même tendance. La météorologie explique en partie ces oscillations de la production, mais notre interlocuteur producteur et exportateur d’olives évoque un autre facteur inhérent à l’oléiculture marocaine : « Les oliviers ne peuvent pas produire chaque année avec la même intensité. Une immense majorité des plantations marocaines subissent une alternance. C’est un problème qui a été réglé dans d’autres pays, mais au Maroc la conduite de l’agriculture n’est pas suffisamment professionnelle pour avoir un rendement stable d’une année sur l’autre. Sur un arbre dans son année faible, on récolte moitié moins d’olives que dans son année forte ». 

« Le Maroc s’est hissé au 5e rang des producteurs et exportateurs mondiaux d’huile d’olive ».

Olive © Yassine ToumiFaux. Nous sommes 6e. Les dernières statistiques en date sont celles du COI et remontent à novembre 2015. Elles attribuent la production de 120 000 tonnes d’huile d’olive au Maroc, tout comme Interprolive et Fellah Trade. L’Espagne occupe la première position avec 841 200 tonnes, suivie de la Tunisie (qui a enregistré une récolte record de 340 000 tonnes, soit une hausse de 386 %), la Grèce (300 000 tonnes), l’Italie (220 000 tonnes), puis la Turquie (170 000 tonnes), avant le Maroc donc.

« En termes de nouvelles plantations, les réalisations sont en avance par rapport aux prévisions du contrat programme »

Vrai. Les objectifs du Plan Maroc Vert à l’horizon 2020 prévoient une superficie de 1 220 000 hectares plantés. Avec une superficie oléicole de 998 000 hectares en 2015, contre 773 000 en 2009, c’est environ 37 000 hectares qui sont plantés chaque année. À ce rythme, l’objectif de 1 220 000 hectares sera bel et bien atteint. En revanche, l’objectif du Plan Maroc Maroc Vert d’atteindre 2,5 millions de tonnes d’olives à l’horizon 2020 semblerait inatteignable. En dépit des nouveaux oliviers plantés, l’effet sur le volume de la production mettra encore un peu de temps à se faire sentir. « Selon les espèces, un olivier planté met trois à sept ans avant de produire des olives », explique notre expert.

« Le Maroc est parmi les pays avec un coût de production le plus compétitif »

Vrai. C’est même LE pays avec le coût de production le plus bas. Alors que la moyenne du coût de production des pays du COI est de 2,63 €/kg d’huile d’olive, le Maroc a un coût de production moyen de 1,91 €/kg, en dessous de la Tunisie et la Turquie, avec 2,03 €/kg.

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