Les pressings écolos sont-ils vraiment écolos?

Les pressings écolos sont-ils vraiment écolos?

Plusieurs enseignes de pressings qui se présentent comme écologiques ont ouvert ces dernières années au Maroc. Les procédés diffèrent, comment s’y retrouver ?

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Crédit : Cleanzy.

Utilisation d’eau et d’électricité en abondance, rejet de produits toxiques : faire laver ses vêtements chez le pressing n’est pas sans empreinte sur l’environnement. Mais depuis quelques années, plusieurs enseignes se présentant comme écologiques ont ouvert leurs portes au Maroc. Toutes n’utilisent pas les mêmes procédés. Certaines continuent de laver à sec (plongée dans un solvant au lieu de l’eau) avec de nouveaux produits, alors que d’autres préfèrent laver à l’eau.

S’agit-il seulement de green-washing ? Pour certains, à n’en pas douter. Par exemple, sur son site Internet, un établissement casablancais assure utiliser des « produits 100 % naturels et hypoallergéniques », des « solvants biodégradables » et réaliser un nettoyage « préservant l’environnement et la santé ». Et pourtant, l’établissement utilise du perchloroéthylène, d’après ce que nous explique une employée. Ce produit très volatile appelé plus communément « perchlo » est polluant et très dangereux pour la santé de ceux qui l’inhalent, en l’occurrence les salariés (mais aussi les voisins). Vertiges, nausées, maux de tête sont, entre autres, constatés. L’Union européenne le classe même dans les produits possiblement cancérigènes et il est interdit dans plusieurs États (Danemark, certains États des États-Unis, France…).

A la place du perchlo : l’aquanettoyage

Au Maroc, certains établissements commencent donc à bannir l’utilisation du perchloroéthylène. À l’image du français Aqualogia, qui a ouvert sa première boutique marocaine il y a deux ans à Casablanca et vient tout juste d’en ouvrir une deuxième à Bouskoura. L’enseigne utilise l’aqua-nettoyage à très basse température (entre 22 et 25 degrés), mais Ugo Fuzfa, créateur du concept, l’assure : « nous utilisons moins d’eau que le nettoyage à sec qui a besoin d’eau pour refroidir les machines et laver le tambour ». Et de préciser : « nous consommons entre 105 et 120 litres d’eau par cycle contre 200 litres pour un nettoyage à sec classique ». Avantage : absence de pollution atmosphérique. Et les eaux usées alors ? Directement dans les égouts. Mais Aqualogia utilise des produits biodégradables, fabriqués en Allemagne, nous assure la direction.

D’après une étude française de 1997, ce procédé d’aqua-nettoyage a pour inconvénient de détériorer quelque peu les tissus (rétrécissement et pertes de teinte), mais Ugo Fuzfa s’en défend : « Non maîtrisée, cette technique peut détériorer, mais dans notre cas, quand nous recevons une machine, on la réinitialise complètement avant de faire nos propres réglages, qui redonne vie justement aux couleurs ».

Plus récemment, le marocain Cleanzy s’est lui aussi mis à l’aqua-nettoyage. « Nous utilisons une faible quantité d’eau, entre 50 et 70 litres par cycle », nous explique le fondateur, Mohamed Khachani. Là aussi, seuls des produits biodégradables et testés dermathologiquement sont utilisés. Le responsable l’assure, le procédé permet de laver en profondeur des tissus délicats comme les caftans perlés ou les cuirs. Et pour pousser la logique écolo jusqu’au bout, Cleanzy rend les textiles dans des housses en tissus lavables et réutilisables, et incite ses clients à retourner leurs cintres. La première boutique a ouvert à Rabat en début d’année, mais Mohamed Khachani a pour objectif d’en ouvrir une vingtaine d’autres, en franchise ou en propre, à moyen terme.

A la place du perchlo, le silicone

L’enseigne française Sequoia, installée au Maroc depuis avril 2016, opte toujours pour le nettoyage à sec, mais a remplacé le perchloroéthylène par le silicone liquide. Contrairement au perchlo, l’exposition par inhalation (pour les salariés) est moins importante, car la pression de vapeur est plus basse. Nicolas de Bronac, directeur du groupe, nous explique que son concept est respectueux de l’environnement parce que « le silicone est nettoyé après chaque machine pour être réutilisé dans la machine suivante ». La consommation d’eau est aussi limitée d’après lui : « il n’y a aucune utilisation d’eau dans le cadre du nettoyage des vêtements. L’eau est utilisée dans le circuit de refroidissement de la machine, mais elle est sauvegardée pour nettoyer les draps et les chemises qui se nettoient à l’eau […] et évacuée normalement dans le circuit d’eau de la ville ». En revanche, la toxicité du silicone (ou siloxane D5) est encore mal documentée.

Pas de label

Conséquences sur la couche d’ozone, pollution des eaux, danger pour la santé… Difficile de connaître précisément l’impact de chaque procédé. C’est ce qu’a tenté de faire en 2013 l’Institut de recherche sur l’entretien et le nettoyage français. D’après les résultats de son étude (différents des données avancées par les enseignes), l’aqua-nettoyage consomme presque la même quantité d’eau que le nettoyage à sec au perchlo (résultats conformes à ceux datant de 2010 de la fédération française des professionnels du secteur, disponibles ci-dessous), a moins d’impact sur l’environnement, mais consomme légèrement plus d’énergie.

Le consommateur peut ainsi se faire son idée, mais une fois le procédé choisi , faut-il encore s’en remettre à l’honnêteté de l’entreprise. Aujourd’hui, aucun label certifiant les pressings écolo n’existe encore au Maroc.

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