Éditorial. Ilyas, hélas !

Par Aicha Akalay

Ilyas El Omari n’est-il qu’un coup de communication ? Ou, comme diraient nos confrères arabophones, un simple “phénomène vocal”  ? Le patron du PAM s’agite beaucoup. Il n’a que de bons mots à la bouche : démocratie, Etat de droit, libertés individuelles, séparation du religieux et du politique… Les partisans d’Ilyas El Omari – au PAM et en dehors, car il y en a – se félicitent de le voir bousculer les idées établies. Certains louent son courage lorsqu’il défend la légalisation du cannabis, la laïcité, ou dénonce “qu’il y ait, au sein du Palais, des gens nostalgiques d’une période donnée”, en référence à la répression de manifestants*. Hyperactif, lobbyiste, manœuvrier, il exerce un certain charisme qui impressionne parfois ceux qui découvrent son parcours de fils du peuple (ould chaâb) et s’extasient de le voir aujourd’hui propulsé à la tête de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Cela suffit-il à faire d’Ilyas El Omari le matador qu’on nous vend ? Non.

Ilyas El Omari n’est pas convaincant. D’abord, parce que son parti, le PAM, défend une modernité qu’il n’incarne pas. Pour beaucoup d’observateurs, sa formation rappelle furieusement les pratiques de Hassan II, qui avait érigé en mode de gouvernance la création de formations politiques ex-nihilo. Parmi ces partis de l’administration, le royaume a connu, entre autres, l’éphémère Front pour la défense des institutions constitutionnelles (FDIC), puis le Rassemblement national des indépendants et l’Union constitutionnelle. Créé par Fouad Ali El Himma pour contrer les islamistes du PJD, le PAM souffre de ce péché originel.

Ensuite, le personnage lui-même ne semble pas avoir livré tous ses mystères. El Omari n’a pas la culture d’Ahmed Réda Guédira, ni l’expérience de commis de l’Etat d’Ahmed Osman, mais on nous le présente comme l’homme qui ferait trembler Abdelilah Benkirane. Si ses seuls arguments sont ceux de son CV ou de sa biographie à trous, il est permis d’en douter. Sa participation à l’Instance équité et réconciliation a donné de l’épaisseur à sa légende personnelle, mais sans en dissiper les zones d’ombre.

Enfin, le projet qu’El Omari prétend incarner manque de clarté. L’importance des notables au sein du PAM est un problème de fond. Ces élus-là ne s’engagent en politique que par intérêt, jamais par conviction. Lors des communales de 2009, pour son premier scrutin, le PAM a choisi de s’appuyer sur ce type de candidats, au risque d’isoler les personnalités de gauche qui avaient rallié très tôt le mouvement. Ces cautions militantes se retrouvent aux côtés de personnalités qu’elles ont longtemps combattues pendant leurs années de lutte.

Il ne suffit pas de s’attaquer au PJD pour être moderne. Certes, le parti de Benkirane est rétrograde sur les droits des femmes, sur les libertés individuelles, et il doit être combattu sur ce terrain. Mais l’autonomie que le PJD cherche à préserver du Makhzen, du roi et de son entourage est l’argument qui manque au parti d’Ilyas El Omari.

Pour le zaïm du Rif, il s’agit de quitter les postures rhétoriques et entrer dans la modernité. La vraie.   @telquelofficiel

*Interview publiée dans TelQuel en janvier 2016.

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