Reportage. L'Usine de films amateurs de Michel Gondry à El Jadida

Reportage. L'Usine de films amateurs de Michel Gondry à El Jadida

En semaine, l'Usine de films amateurs de Michel Gondry, opérée par l'Institut français d'El Jadida, et financée par l'OCP, est réservée aux écoliers des écoles publiques de la région. Reportage sur le plateau.

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Crédit : Yassine Toumi

Assis sur un sedari, un jeune garçon engoncé dans un imperméable gris, un béret sur la tête, partage un plateau de thé à la menthe avec deux jeunes filles. L’heure est grave. « Benti, c’est de ta faute, c’est toi qui l’a choisi », tonne l’adolescente en darija et en peignoir. A ses côtés, Assala, 17 ans et penaude, présente ses excuses : elle ne savait pas que son fiancé était vendeur de poissons, et non pas médecin comme il l’avait prétendu. Un deuxième garçon les rejoint dans le salon. Abdellah, 15 ans, joue le maçon qui a révélé la supercherie à la famille. Il vient faire sa demande. Hors champ, un jeune homme manie un petit caméscope dans leur direction, guidé par Abdelilah, médiateur à l’Usine de films amateurs d’El Jadida.

Crédit : Yassine Toumi
Crédit : Yassine Toumi

« Après le succès de l’Usine à Casablanca, nous ne pouvions qu’accepter la proposition de l’Institut français d’installer une Usine à El Jadida […] où un tel projet est inédit : offrir la possibilité à tous […] d’avoir accès à la création artistique en réalisant leur propre film », nous explique Ariane Rousselier, responsable du projet. L’Usine de films amateurs, imaginée par le réalisateur français Michel Gondry et dont le concept voyage autour du globe depuis 2008 – Casablanca en 2014 –, s’est installée dans l’ancienne colonie pour enfants de l’Office chérifien des phosphates (OCP) le 19 mars dernier. L’objectif ? Réaliser un court-métrage en trois heures – écriture comprise –, selon la méthode du tourné-monté (une prise par plan et pas de montage).

« Sla wa slam »

Première étape : la visite des lieux, une ancienne salle de projection de 450m². Les décors sont imposés en partie par Michel Gondry, comme les pièces de la maison (au Maroc, le salon est marocain), le commissariat, la cellule de prison et les moyens de transport. « L’un des décors les plus utilisés est le train », commente Sofiane, qui enclenche la « fenêtre magique ». Au-dessus des sièges, des écrans diffusent des paysages des environs en mouvement, de jour ou de nuit. Pendant l’heure suivante, les cinéastes amateurs suivent des ateliers pour écrire le scénario, se distribuer les rôles, sélectionner les décors et les costumes. Sur le tableau, ce matin, un titre en anglais : Lovestar. « La robe de mariée est pratiquement tout le temps utilisée », rapporte Sofiane Ben Khassala, 25 ans, l’un des huit médiateurs qui anime le projet.

Crédit : Yassine Toumi
Crédit : Yassine Toumi

Ce matin encore, cela ne manque pas. Après l’accord de la famille, Assala et Abdellah convient tous les autres petits acteurs à la scène de fête de mariage dans la rue ; direction le triporteur, au rythme des rires et de plusieurs salves de « Sla wa slam ». « Mon moment préféré était la scène de fin, où je dansais avec la mariée », nous confie le jeune époux. Assala, les joues rosies et entourée de ses camarades, confie avoir  « tout aimé, du début jusqu’à la fin ». Si l’heure est au ravissement général, certains prennent l’exercice très au sérieux. Le second groupe de la matinée est encore en tournage. Une adolescente, parée d’un manteau en fausse fourrure, papote avec son amie et touille son jus d’orange imaginaire avec conviction, sans jeter un coup d’œil à la caméra.

Une dimension sociale

« C’est le paradis ici pour eux, qui n’ont pas grand-chose à faire en général. Certains jouent par ailleurs parfaitement ou posent des questions pointues sur la réalisation », glisse Sofiane. Du lundi au vendredi, les activités sont réservés aux écoliers, de 11 à 17 ans, des écoles publiques des environs ; une volonté de la fondation de l’OCP qui finance entièrement le projet, gratuit au public. « L’idée de Michel Gondry est d’ouvrir la fenêtre de la création à des personnes qui n’y ont habituellement pas accès […], avec aucune barrière de prix », explique la productrice du projet. La seule barrière pourrait se trouver du côté de l’imagination, qui ne s’avèrerait pas toujours débordante chez les enfants.

Crédit : Yassine Toumi
Crédit : Yassine Toumi

« Les élèves sont très collés au réel, ils ont du mal à développer leur imaginaire et raconte ce qu’ils connaissent, ce qu’il se passe dans leurs vies quotidiennes », note Sofiane. Les scenari proposés tournent souvent autour de discussions pré-fiançailles au café, de père qui rentrent du travail etc. Au moment des violences dans les stades, les scénaristes en herbe mettaient souvent en scène des parents qui prévenaient leurs enfants des risques et des conséquences de tels comportements. Peu de fantaisie, à moins qu’on ne les booste un peu. « Un petit garçon voulait raconter l’histoire de sa sœur kidnappée. Nous avons transformé les kidnappeurs en monstres, qu’il fallait faire rire pour détruire ». Tout est possible au cinéma.

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