Edito. Le discours d’un roi

Edito. Le discours d’un roi

Par Abdellah Tourabi

Il fallait voir les réactions de nombreux Marocains sur les réseaux sociaux au moment où le roi prononçait son discours du 6 novembre. Sur ces espaces virtuels où s’exprime désormais la vox populi, où les gens formulent de plus en plus librement leur pensée, il y avait pendant cette soirée un mélange d’affection, d’inquiétude et de compassion. Il ne fallait pas être un professeur en médecine pour saisir que le souverain était souffrant et qu’il présentait des signes de fatigue. Tous ceux qui ont regardé le discours l’ont bien compris. Le soir même, et avant le communiqué du cabinet royal, on a pu voir des messages qui s’interrogeaient sur l’état de santé du roi. “Allah ychafih”, expression de souhait d’un bon rétablissement, était le mot qui revenait souvent pendant la soirée du 6 novembre. C’est lors de ces moments où le corps du roi devient humain, fragile, et non plus distant et nimbé de mystère, que l’on découvre ce rapport fascinant et étrange entre Mohammed VI et ses concitoyens. Un rapport qui explique la popularité actuelle du roi et le renforcement de sa légitimité.

 

Machiavel, le grand théoricien du pouvoir politique, disait que pour gouverner, un prince doit être soit craint soit aimé. Mais il ajoute qu’il est préférable d’être craint pour mieux conserver le pouvoir. Hassan II a choisi cette option, lui qui a préféré être craint et redouté. Le contexte d’après l’indépendance, avec son lot de coups d’État et de lutte politique acharnée, avait voulu cela. La personnalité du roi défunt n’y était pas étrangère. Mais avec Mohammed VI, le registre de la légitimité est complètement différent. L’affection et le respect agissent plus efficacement que la peur et la terreur. L’humanisation de la personne du roi, son adaptation à son temps et l’abandon de la sacralité ont créé des liens nouveaux et complexes avec les Marocains. La monarchie n’est plus incarnée par une figure paternelle, autoritaire et insaisissable. Elle est désormais portée par un corps proche, mobile et même faillible. La communication royale, quand le chef de l’État est souffrant, participe aussi à la consolidation de cette image. La popularité de Mohammed VI est le résultat de cette mutation de la figure du roi. Il est populaire car il descend des sphères de la sacralité et de l’autorité pour ressembler aux gens. L’image du roi que l’on peut croiser sur un boulevard ou à un feu rouge, qui échange avec les citoyens et se prend en photo avec eux, qui accepte les aléas de la fatigue et de la maladie, est devenue une grande source de sa légitimité. Ce changement est important. Il pacifie les rapports politiques, qui ne sont plus dominés par la terreur et l’angoisse, crée des liens de respect entre les citoyens et le pouvoir. Avancer vers un État démocratique et une société libre passe par ce type de rapports. Dans un pays qui aspire à la démocratie, la figure du roi doit rassurer sans terrifier, elle apaise et ne crispe pas. Elle est humaine, proche et a la force et la vulnérabilité de ses concitoyens.

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