Un bilan mitigé pour la patronne des patrons, Miriem Bensalah

Miriem Bensalah achève son mandat à la tête de la CGEM, avant de rempiler sur un second. Bilan de son travail.

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Meriem Bensalah, présidente de la CGEM. Crédit : Yassine Toumi.

Miriem Bensalah a pris les rênes de la Confédération générale des entreprises marocaines en 2013. Son mandat se termine dans quelques semaines, mais elle est la seule à se présenter à la prochaine élection. Quelles sont les principales réalisations de la dirigeante des Eaux minérales d’Oulmès ? Quelles reproches lui sont faits ?

Pour ce qui est du côté positif de son mandat, Miriem Bensalah elle-même s’est occupée de dresser son bilan. Elle détaille dans une trentaine de pages les différentes réalisations et les dossiers qu’elle a défendus auprès du gouvernement, comme l’encadrement du partenariat public-privé par exemple. L’organisation a également obtenu gain de cause pour la simplification de certaines procédures administratives.

Force de proposition

La confédération l’a martelé, l’un de ses principaux combats est la compétitivité des entreprises marocaines. A tort ou à raison, elle a durant trois ans quasiment résumé ce combat à la lutte pour des exonérations fiscales. Elle a sur ce point en partie gagné quelques batailles. La loi de finances 2015 a par exemple instauré une nouvelle mesure pour les sociétés venant d’être créées : elles ne paient pas de charges sur les salaires de cinq de ses employés pendant deux ans si le salaire n’est pas supérieur à 10 000 dirhams par mois, une mesure soufflée par la CGEM.

Cette dernière a également travaillé en collaboration avec l’OFPPT et le ministère de l’Education nationale pour réformer et ainsi encourager la formation continue en cours d’emploi. Dans son bilan, qui n’évoque à aucun moment les limites de ses réalisations, la CGEM estime qu’elle a réussi à mettre en place une « diplomatie économique », faisant référence aux nombreux voyages d’affaires organisés ces dernières années.

C’est indéniable : la confédération est maintenant une réelle force de proposition. Ces dernières années, elle a rédigé plusieurs propositions de textes comme le guide du code du travail ou une loi sur le droit de grève. La commission emploi et relations sociales de Jamal Belahrach semble avoir été  particulièrement active.

Les TPE et PME délaissées

La CGEM a défendu la loi sur le délai de paiement, censée limiter et éviter les retards de paiements des grandes entreprises à leurs sous-traitants. Un combat qui devrait a priori satisfaire les Petites et moyennes entreprises (PME). Et pourtant, la confédération marocaine des TPE-PME n’est toujours pas contente du travail de la CGEM. Alors que les PME constituent 90 % du tissu économique marocain, cette structure reproche à la CGEM de ne pas défendre leurs intérêts et de se focaliser sur les problèmes des grands patrons, principaux adhérents de l’organisation.

« Elle est déconnectée des vrais problèmes des TPE, surtout dans les régions », regrette Abdellah El Fergui, président de la confédération marocaine de TPE-PME. Pour lui, le problème date mais le mandat de Miriem Bensalah n’a rien changé. « Nous avons intégré la CGEM en 1998 mais ne sommes restés qu’un an. Il y a beaucoup de conférences, de réunions, de salons… mais nous, nous avons besoin d’aide pour résoudre nos problèmes quotidiens comme la trésorerie surtout », regrette-t-il. Des commissions PME et partenariat grandes entreprises – PME existent pourtant, mais selon Abdellah El Fergui, elles ne font pas grand-chose : « Nous sommes régulièrement contactés par des organisations internationales comme la banque mondiale mais ces commissions ne nous ont pas contactés une seule fois », nous explique-t-il.

Il dénonce aussi des conditions d’adhésion, selon lui « pas adaptées au TPE », faisant référence à la « paperasse administrative » et aux cotisations. Celles-ci dépendent du chiffre d’affaires de l’entreprise, elles varient entre 2 000 et 80 000 dirhams par an et déterminent, bien sûr, le nombre de voix attribuées à l’entreprise.

Une femme motivée mais au pouvoir limité

Autre reproche que l’on pourrait adresser à celle qui a été la première femme à occuper le poste de présidente de la CGEM : le manque de parité dans son équipe. Parmi les 22 commissions thématiques, seules trois sont présidées par des femmes.

« Elle s’est personnellement battue pour un de mes dossiers en Côte d’Ivoire et a réussi à me le débloquer », nous confie Karim Tazi, patron de Richbond. Pour l’homme d’affaire, Miriem Bensalah s’est dépensée personnellement pour résoudre au cas par cas des dossiers et aider les investisseurs.

Mais il nuance : « Miriem Bensalah s’est dépensée du mieux qu’elle pouvait mais dans les limites du pouvoir qu’il lui est attribué étant donné que le système politique est la principale entrave au développement économique du pays mais qu’il est tabou d’en parler. Dans l’absolu elle n’a pas pu faire grand-chose mais relativement, son mandat est très honorable », estime le businessman.

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