Mines: l’argent ne fait pas le bonheur

Mines: l’argent ne fait pas le bonheur

Sur fond de chute des cours des minerais à l’international, principalement l’argent, Managem, SMI et CMT ont publié des profit warnings: leurs résultats financiers pour 2014 sont en berne.

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Crédit : Managem

Les sociétés minières sont dans de sales draps. Vendredi 20 février, Managem et sa filiale Société minière d’Imider (SMI), entreprises affiliées au holding royal SNI, alertent le marché boursier sur leurs mauvaises performances de 2014 en publiant un profit warning. Quelques jours après, l’autre société minière de la cote, la Compagnie minière de Touissit (CMT), leur emboîte le pas pour aviser la communauté financière quant à ses résultats en berne pour l’exercice écoulé. Les actionnaires et porteurs de valeurs minières sont donc avertis : aux oubliettes les dividendes mirobolants.

L’heure est plutôt grave, car les pertes des trois sociétés risquent d’être lourdes, très lourdes. Managem devrait en effet voir ses bénéfices fondre comme neige au soleil d’environ 220 millions de dirhams. Sa filiale SMI, elle, s’attend à un chiffre d’affaires en retrait de 150 millions de dirhams par rapport à 2013 et un résultat net en baisse de 260 millions. Mais c’est la CMT qui y laissera le plus de plumes avec un résultat net attendu de 190 millions de dirhams, loin des 363 millions enregistrés en 2013.

Grise mine

Les raisons de cette descente aux enfers ? « Dans une conjoncture marquée en 2014 par les incertitudes qui continuent à peser sur l’économie mondiale, les cours des minerais ont subi de fortes corrections : -22% pour l’argent, -17% pour la fluorine et -6% pour l’or et le cuivre », explique-t-on auprès de Managem. Les trois opérateurs s’accordent à dire que le vent n’a pas été favorable durant l’année dernière et évoquent une conjoncture économique des plus difficiles.

Une surprise ? Pas vraiment. Les analystes des sociétés de Bourse ont dressé le constat depuis belle lurette. « Dans le sillage du premier semestre 2014, le second a été caractérisé par la poursuite de la baisse des cours des métaux précieux et des métaux de base au niveau international, aggravée principalement par la hausse de la monnaie américaine ainsi que par le ralentissement de la demande chinoise et des pays de la zone Euro pour les métaux de base », indique Ismaïl El Kadiri, analyste chez BMCE Capital Research et auteur d’une étude consacrée au secteur minier.

Managem en meilleure position que SMI et CMT

Néanmoins, toutes les sociétés ne sont pas logées à la même enseigne. Managem, par exemple, devrait malgré tout tirer son épingle du jeu, puisqu’elle devrait profiter de la hausse de ses volumes de ventes grâce à la montée en puissance de ses nouveaux projets. « L’impact négatif de la conjoncture a été partiellement atténué par la hausse des volumes de production de cuivre (+70%) et de zinc (+11%) suite au démarrage en 2014 du projet cuprifère d’Oumjrane et à la montée en régime des mines de Jbal Lassal et de Draa Sfar », affirme-t-on du côté de l’entreprise. Sa filiale SMI devrait en revanche faire les frais de son positionnement exclusif sur l’argent. La baisse des cours de ce métal au niveau international est de mauvais augure pour ses indicateurs financiers de 2014, d’autant que ses niveaux de marge s’effritent dans la lignée de la hausse des coûts de production de la mine d’Imiter.

La situation n’est guère plus reluisante pour la Compagnie minière de Touissit, dont les résultats évoluent ces dernières années en dents de scie (son chiffre d’affaires était en baisse en 2011, en hausse en 2012 et encore en baisse en 2013). Selon les prévisions des analystes, elle devrait avoir du mal à faire face à la tendance baissière des cours, particulièrement après l’accélération du repli du marché, notamment pour le plomb et l’argent, produits représentant conjointement 92% des ventes de la société. Bref, 2014 est une année à oublier…

Demain la reprise

Néanmoins, les sociétés minières comptent rapidement se sortir de cette mauvaise passe. Et l’année en cours s’annonce plutôt sous de bons auspices. Depuis le début de l’année, les cours des métaux précieux semblent renouer avec un trend haussier : l’argent se négocie à plus de 
16 dollars/once (+16% par rapport au 1er janvier) et un prix de l’or à plus de 1000 dollars/once en appréciation de près de 8% par rapport à la première séance annuelle. Moins dynamiques, les cours des métaux de base affichent une tendance baissière, comme en atteste le repli des prix du cuivre de 10,4% à 5671 dollars/tonne, du plomb de 1,3% à 1828 dollars/tonne et du zinc de 3,1% à 2068 dollars/tonne.

Les sociétés minières devraient tirer profit de cette embellie relative des cours. Les analystes de BMCE Capital s’attendent en effet à une meilleure année pour les opérateurs du secteur. Managem devrait ainsi voir son chiffre d’affaires se hisser à plus de 4 milliards de dirhams, en hausse de 5% avec, en prime, un résultat net de près de 390 millions, en amélioration de 14%. A plus long terme, la filiale minière du groupe SNI compte augmenter progressivement son positionnement sur le cuivre au Maroc (avec une production annuelle prévue de 50 000 tonnes à l’horizon 2019-2020 contre 10 000 tonnes actuellement) ainsi que sur l’argent. La SMI, de son côté, devrait améliorer sa performance en profitant de la reprise de la demande sur l’argent et la montée en flèche des cours. En revanche, « la filiale argent de Managem doit renforcer ses travaux de prospection au Maroc, devant lui permettre de diversifier davantage ses sources de revenus, focalisées sur la seule mine d’Imiter », conseillent les analystes de BMCE Capital. Renouer avec la croissance sera plus difficile pour la Compagnie minière de Touissit.

Pour les années à venir, la société entend poursuivre son projet d’augmentation de capacité de production de 25% de la mine de Tighza, tout en projetant de se positionner sur d’autres minerais, notamment le cuivre à Tabaroucht et l’or en Guyane (département français d’Outre-mer) à travers sa filiale Auplata. En attendant, la société ne renouera pas avec les belles performances de sitôt. Selon les analystes de BMCE Capital, le chiffre d’affaires de CMT en 2015 pourrait reculer de 17% pour s’établir à 454 millions de dirhams avec un résultat net de 201,3 millions, en chute de 44,1%.

Tarik Hari 

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