Dans certaines régions du Maroc, 83 % des mariées sont mineures

Une ONG livre un constat accablant de la situation des filles dans les zones reculées du Haut Atlas.

Par

Fondation Ytto

La Fondation Ytto, association de lutte contre la violence faite aux femmes, s’est rendue dans des villages très reculés pour aider les habitant(e)s en leur apportant des soins médicaux et une écoute. Cette « caravane » qui a sillonné huit villages du Haut-Atlas, a aussi permis de collecter des informations sur les conditions de vie des habitants et plus particulièrement des filles et des femmes. Le constat, révélé le 2 décembre, est accablant : sur les 734 femmes rencontrées, 83 % se sont mariées avant 18 ans.

Parmi les 70 bénévoles qui restaient 2-3 jours dans chaque village, une équipe médicale était chargée de réaliser des consultations. Des entretiens qui révèlent les conséquences médicales dramatiques de ces mariages précoces. « Deux femmes sur trois ont déjà fait des fausses-couches, à raison d’une moyenne de deux fausses-couches par femmes », explique Hassani Hicham, l’un des médecins bénévoles. Ces fausses-couches sont à l’origine de graves maladies génitales chez ces jeunes filles.

Les mariages précoces participent aussi à la non scolarisation des filles. Si 43 % des jeunes filles ne vont pas à l’école parce qu’elles doivent se consacrer à leur travail domestique, 20 % ne s’y rendent pas parce que leur mari leur interdit.

Une écrasante majorité de mariages coutumiers

En plus, seuls 7 % des mariages sont authentifiés, la plupart restant coutumiers. « Dans ces cas là, les filles sont abandonnées, répudiées, donc considérées comme des mamans célibataires, privées de leur droit à la pension alimentaire puis à l’héritage etc. », nous explique Najat Ikhich, présidente de la Fondation Ytto. Et souvent, les femmes (comme les hommes d’ailleurs) ne connaissent pas leurs droits, notamment le code de la famille.

La Fondation Ytto se concentre sur le mariage des mineurs depuis 2007, parce que c’est un « phénomène répandu et à l’ampleur inquiétante », nous explique Najat Ikhich. « Quand vous rencontrez une petite fille de 15 ans qui a été mariée à 7 ans et qui vous explique que pendant la nuit de noces, elle voyait son mari qui la violait avec une tête de monstre, aucun être humain ne peut supporter cela », nous raconte-elle.

Obliger les hommes politiques à agir

L’association mène donc un plaidoyer, et maintenant armée des données collectées sur le terrain, elle va interpeller encore plus vivement les responsables politiques. « Nous sommes les avocats de ces petites puisque ni les familles ni les décideurs ne s’occupent de leur sort. Nous allons interpeller le gouvernement avec le documentaire que nous avons réalisé et les résultats de la pétition lancée il y a un an. S’il ne fait rien, je vais interpeller les institutions internationales. On pourra même faire un procès à tous ces décideurs qui ne font rien », menace la présidente de la Fondation Ytto.

Cette action est soutenue par l’Unicef et l’Onu Femmes (qui financent la caravane), représentées lors de la remise des résultats de l’opération. Malika El Atifi, de l’Unicef, a demandé expressement au gouvernement de renforcer les services sociaux pour protéger les enfants du pays et a rappelé que le mariage précoce précisément était « à la fois cause et conséquences de la vulnérabilité des filles ». L’Onu Femmes, à travers sa représentante Ghita El Khirary demande aux autorités que « le code de la famille respecte les engagements internationaux du Maroc », en rappelant que la nouvelle constitution de 2011 instaure la primauté des conventions internationales, parmi lesquelles celle des droits de l’enfant, sur le droit interne.

 

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