Expulsions de Subsahariens: la loi est-elle respectée ?

Expulsions de Subsahariens: la loi est-elle respectée?

Plus d'une vingtaine de Subsahariens ont été expulsés ou attendent leur expulsion. Une procédure remise en cause par une association, qui craint pour le respect de la loi dans cette affaire.

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Police marocaine
Policiers à l'aéroport de Casablanca. Crédit : Frederic Role / Flickr

Les autorités marocaines ont expulsé par avion 17 ressortissants subsahariens en situation irrégulière, mardi 3 septembre, selon le Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers et migrants (GADEM), principalement vers le Mali et le Sénégal. Cinq ressortissants camerounais, un ressortissant nigérien et un Nigérian se trouvent toujours pour leur part, à l’écriture de ces lignes, dans la zone d’attente de l’aéroport Mohammed V de Casablanca. Par ailleurs, Arona Samb, un des migrants arrêtés et dont les papiers étaient en règle, a été relâché par les forces de l’ordre.

Le Gadem ignore pour le moment la situation administrative de ces sept ressortissants mais s’interroge sur le degré de respect des procédures, surtout que ces expulsions font suite à des arrestations opérées à Tanger après l’organisation d’une manifestation pour dénoncer le meurtre d’un Sénégalais.

Des expulsions illégales ?

« Je suis en train de constituer le dossier pour déterminer si la procédure d’éloignement est légale ou pas », nous explique Me Asmaa Farahat, mandatée par le Gadem pour défendre ces migrants. Si le migrant a entamé une procédure de régularisation, son expulsion serait alors illégale.

Les associations de défense des migrants, dont le Gadem, ont sonné l’alerte mardi.

« Parmi [les personnes menacées d’expulsion], plusieurs étaient témoins des exactions commises par de jeunes habitants du quartier Boukhalef [à Tanger, ndlr] contre les migrants subsahariens, durant les tragiques événements de ce week-end », explique Hicham Rachidi, secrétaire général du Gadem.

Le Gadem s’interroge également sur l’expulsion de personnes qui auraient des attaches familiales au Maroc, selon ce qu’ils ont déclaré aux membres du collectif associatif. Les migrants peuvent avancer cet argument devant un tribunal pour s’attirer la clémence du juge.

« Limiter » le pouvoir de l’administration

De plus, Arona Samb, le témoin relâché et qui se trouvait en situation régulière, raconte les péripéties de son arrestation et affirme « ne pas avoir été informé » tout de suite de ses motifs :

J’ai été arrêté à la sortie de la mosquée sans raison apparente samedi en début d’après midi. Malgré le fait que j’ai montré mes papiers, on m’a emmené au poste en compagnie d’autres migrants.

Il affirme avoir passé plusieurs heures ainsi, avant d’être présenté à un avocat au motif « d’attroupement illégal » (manifestation non autorisée), écopant d’un mois de prison avec sursis et d’une amende de 1 000 dirhams. Arona Samb maintient pour sa part ne pas avoir pris part aux manifestations. Il s’étonne que le le juge lui ai laissé 10 jours pour déposer un recours s’il souhaite remettre en question la décision de la Cour, mais qu’il ait été malgré cela emmené à Casablanca avec le groupe de ressortissants dont une partie a été expulsée.

Pour Hicham Rachidi, il aurait fallu que l’administration « notifie les ambassades et donne un délais de recours de 48h avant d’entamer ces procédures ». Il en appelle à une « limitation des pleins pouvoirs de l’administration », surtout que le Maroc s’est engagé depuis près d’un an dans une opération exceptionnelle de régularisation des migrants.

Pour le moment, les autorités n’ont pas commenté officiellement ces informations relayées par le Gadem et des témoins.

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