La drogue, nouvel objet de tensions entre le Maroc et l’Algérie

Le ministre de l’Intérieur, Mohamed Hassad, a dénoncé les accusations de l’Algérie à l’égard du royaume au sujet de la lutte contre la drogue. Un jeu d’accusations auquel s’est donc également prêté le Maroc.

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Le ministre de l’Intérieur, Mohamed Hassad
Crédit : Rachid Tniouni

Tensions entre le Maroc et l’Algérie. Le ministre de l’Intérieur marocain, Mohamed Hassad, a pris la parole, lors d’un point presse avec des journalistes invités par son département mercredi 13 août, pour dénoncer « les responsables algériens [qui] continuent à polémiquer sur une question importante qui concerne la sécurité et la santé des populations ».

Une déclaration qui fait office de réponse à la politique adoptée par l’agence de presse nationale algérienne, Algérie Presse Service (APS), qui, en l’espace de trois jours, a publié six dépêches incriminant  le Maroc pour trafic de drogue. Le royaume, via l’agence de presse MAP, joue également au jeu de la dénonciation en blâmant l’Algérie pour le trafic de psychotropes (karkoubis) qui affecte le pays.

Le Maroc, « un danger » pour la jeunesse algérienne

La première dépêche de l’APS est publiée le 10 août et fait état de la saisie « de plus de 333 quintaux de kif traités lors de plusieurs tentatives d’inonder le pays par cette drogue provenant du Maroc ». Le ton est donné.

La publication suivante, publiée le 11 août, se penche toujours sur l’épineux sujet du cannabis marocain et révèle que « plus de 95 tonnes de résine de cannabis ont été saisies durant les six premiers mois de l’année 2014 » tout en précisant que « toute la quantité de résine de cannabis saisie vient du Maroc ». A la même date, l’APS publie une dépêche relative au rapport de l’Office des Nations unies pour la drogue et le crime (ONUDC) dont le contenu a été publié au début du mois de mars 2014, classant le royaume premier exportateur mondial de résine de cannabis.

L’APS n’est pas la seule a « bad triper ». C’est aussi le cas des responsables. C’est tout d’abord le président de la commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme, Farouk Ksentini qui dénonce le Maroc, un pays,  qui tente de « nuire à la jeunesse algérienne » à travers l’exportation de cannabis.

Le Maroc et la « déstabilisation du Maghreb »

L’APS relaie ensuite une dépêche de l’agence de presse du Polisario SPS citant « le secrétaire d’État à la documentation et à la sécurité, Brahim Ahmed Mahmoud », selon laquelle le Maroc aurait pour but, à travers l’exportation de cannabis « [la destruction de] tout tissu social des pays maghrébins et la déstabilisation de la région tout entière ».

Les mots sont à peu près les mêmes dans une dépêche de l’agence de presse algérienne datée du 12 août dans laquelle le consultant international Mhand Barkouk estime que « le Maroc, qui est producteur et exportateur de drogues, est devenu un foyer d’instabilité et d’insécurité pour les États du Maghreb arabe ».

La MAP rentre dans la guerre des dépêches

Le Maroc s’est aussi engouffré dans cette dénonciation du voisin. L’agence de presse nationale publie cinq dépêches en l’espace de deux jours où l’Algérie est dénoncée pour trafic de produits psychotropes. La première est publiée le 12 août, soit deux jours après la première dépêche algérienne et son titre est sans équivoque : « l’Algérie se sert de l’arme des psychotropes pour nuire au Maroc ».

La MAP fait également appel aux experts afin de dénoncer son voisin. Dans une dépêche datant du 12 août, le politologue Abderrahim Manar Slimi dénonce le trafic de psychotrope qui fait partie — tenez vous bien — « d’un complot algérien [qui] constitue une « agression micro-terroriste contre le Maroc qui peut être prouvée devant les tribunaux internationaux compétents »».

C’est ensuite au tour du Centre marocain des études stratégiques de dénoncer la « stratégie de destruction à l’encontre de la jeunesse marocaine ». Enfin, le 12 août, la MAP diffuse une dépêche qui ferait presque office d’éditorial dans lequel elle dénonce la destruction de la jeunesse marocaine par les psychotropes algériens.

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