Théâtre. Hadda, de Marx-Lénine au jihad

Hadda, une pièce de la compagnie Dabateatr, interroge des faits historiques, politiques et religieux avec audace et sensibilité. Portrait d’une jeune femme qui incarne une partie de l’histoire du Maroc.

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Crédit : Tarek Bouraque

Hadda, une pièce de la compagnie Dabateatr, interroge des faits historiques, politiques et religieux avec audace et sensibilité. Portrait d’une jeune femme qui incarne une partie de l’histoire du Maroc.

« Hadda » retrace le périple d’une jeune femme analphabète originaire d’un village près de Fès. Mise à la porte par sa famille pour sa grossesse hors mariage, Hadda décide d’avorter et de commencer une nouvelle vie loin de son village natal. “Cette pièce raconte deux époques : la chasse aux gauchistes et puis la chasse aux salafistes. Un personnage comme Hadda se retrouve victime de décisions politiques, à travers des petites histoires”, nous explique le metteur en scène, Jaouad Essounani

Des années de plomb à la lutte anti-terroriste

A Casablanca, Hadda commence par gagner sa vie en se prostituant. Sur scène, elle raconte naïvement ses intimités nocturnes avec ses clients. “Je travaille beaucoup sur la récupération et le recyclage des clichés, des faits divers et de tout ce qui fait la boite à résonance de cette société”, précise Jaouad. Hadda rencontre son premier amour, un marxiste-léniniste et étudiant en philosophie, “Mahjoub change sa chemise chaque jour, mais jamais sa veste” dit-elle. Victime des années de plomb, elle sera arrêtée, torturée, violée et ne verra plus Mahjoub.

Après quelques mésaventures, Hadda devient la quatrième femme d’un Imam. Il lui fait découvrir un islam d’amour et de paix, celui de Ibn Hazm et l’âge d’or islamique. Mais, la loi anti-terroriste lui vole son mari, « ce sont les ex-détenus, amis de Mahjoub qui l’ont torturé » témoigne-t-elle. Bouleversée par ce qu’elle a vécu, elle bascule du côté de la folie meurtrière, fruit de la rage et des frustrations, et devient kamikaze. “Malgré ce qu’elle a fait, je ressens énormément d’innocence à l’intérieur de Hadda” confie la comédienne Meryem Zaïmi qui interprète Hadda avec beaucoup de justesse.

Patrimoine, littérature et interactivité numérique

Le spectacle mélange poésie, musique, dessins animés et vidéos interactives. Sans aucune rupture, il rassemble un patrimoine passé et actuel. “La modernité c’est être encré dans son présent, profiter de ce que la technologie nous offre, mais ne jamais oublier  qu’on a des racines qui viennent du passé”, explique Jaouad. Le texte de « Hadda » s’inspire du roman « Confidences à Allah » de Saphia Azzeddine, choisis en 2012 par le National Theatre of Scotland pour être monté par Ben Harrison.

Développé et réécrit par Jaouad Essounani, ce texte est d’une grande modernité, ouvre la voie  à d’autres pièces du théâtre marocain.

 

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