Cinéma. Arnaques, crimes et Harraga

Cinéma. Arnaques, crimes et Harraga

Affiche du film "Andalousie, mon amour" Crédit: DR

Un maire véreux, un instituteur crapuleux, un faux imam, deux jeunes harraga et une histoire d’amour… Andalousie, mon amour contient les ingrédients d’une comédie divertissante et réussie.

Deux tendances majeures traversent le cinéma marocain : une recherche de l’esthétique, du radical et de l’audacieux, qui se soucie peu du succès public, et un autre cinéma, plus populaire, sans prétention artistique, fabriqué et formaté pour cartonner dans les salles. Peu de films marocains ont réussi à allier les deux tendances en produisant un cinéma à la fois populaire et exigeant sur le plan artistique. A la recherche du mari de ma femme de Abderrahman Tazi, Ali Zaoua de Nabil Ayouch, ou plus récemment Casanegra de Noureddine Lakhmari sont des exemples notoires de films acclamés par le public et estimés par les critiques et les cinéphiles.
Andalousie, mon amour, dans les salles actuellement, se présente comme un bon mix entre ces deux visions du cinéma, car il ne sacrifie pas le beau, l’incisif et le profond sur l’autel de l’efficace, le plaisant et le divertissant. Ce premier long métrage du réalisateur Mohamed Nadif s’inscrit dans la veine des comédies italiennes des années 50 et 60 (Le pigeon, L’argent de la vieille..) qui jouissaient d’un grand succès populaire tout en étant de féroces satires sociales, témoignant de leur temps.

Histoire de harraga
Andalousie, mon amour, tiré d’un scénario original de l’écrivain Omar Saghi, décrit les mésaventures de Saïd (Youssef Britel) et Amine (Ali Esmili), deux jeunes étudiants casablancais qui tentent de passer vers l’eldorado européen. Leur chemin va les guider vers un petit village au nord du Maroc où ils vont croiser de drôles de personnages. Un instituteur paumé et malhonnête (Mohamed Nadif), entretenant le doux et fou espoir de reconquérir Al Andalous, propose d’aider les deux jeunes harraga à atteindre leur but. Et c’est là où l’histoire se complique et se ramifie. Les deux jeunes, après une infructueuse tentative de passage vers l’Espagne, se séparent. Saïd arrive alors dans un village espagnol, où il est accueilli par des sans-papiers africains et maghrébins, exploités par un cultivateur espagnol de cannabis. Des événements burlesques et étranges surviennent alors dans ce territoire d’Europe, où cohabitent les illusions les plus optimistes avec une réalité triste et sordide. Quant à Amine, l’autre jeune, il se retrouve au point de départ, dans le village du nord du Maroc, où il est témoin des turpitudes du maire du village (incarné par un excellent Mehdi Ouazzani) et ses complices. Trafic de drogue, vols, manipulation et histoire de faux billets pimentent cette comédie et donnent à ses acteurs, dont certains sont mal connus, l’occasion de briller et démontrer leur talent.

Une comédie sociale
Andalousie, mon amour lorgne du côté de la comédie italienne, dans son âge d’or, mais sa référence ultime est certainement du côté de l’univers foutraque et décalé du réalisateur serbe Emir Kusturica. La partie qui se déroule dans une ferme espagnole, où de pauvres sans-papiers sont manipulés et victimes d’un grand mensonge, qu’ils vont découvrir tardivement, est plus qu’un clin d’œil à Underground, le chef-d’œuvre de Kusturica. Les faux-semblants, le burlesque et les personnages exubérants et excentriques sont la marque de fabrique du cinéma du grand cinéaste serbe et qu’on retrouve également dans Andalousie, mon amour.
Ce film est également une comédie sociale et une satire de l’histoire contemporaine de la société marocaine et des rapports déséquilibrés entre les riches et les pauvres. Ainsi, et sans jamais sombrer dans un pathos facile et pesant, Andalousie, mon amour sert de parabole des relations entre le Sud et le Nord, entre des pays ne laissant aux plus miséreux de leurs habitants d’autre choix que de partir, au péril de leur vie, et une terre d’accueil, sévère et incommode. Sans être l’objet direct du film, la politique au Maroc est présentée également sous son aspect le plus repoussant : l’art du mensonge et de la manipulation exercé au service des corrompus qui n’ont d’autre objectif que l’enrichissement personnel, au détriment des plus pauvres.

 

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