Maroc

Procès du Hirak: Nasser Zafzafi confronté à ses conversations téléphoniques avec les "indépendantistes" de l'Europe

Un manifestant brandit la photo de Nasser Zafzafi, le 30 mai 2017 à Al Hoceima.© Yassine Toumi/TELQUEL
Procès du Hirak: Nasser Zafzafi confronté à ses conversations téléphoniques avec les "indépendantistes" de l'Europe
avril 17
08:01 2018
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L'audience de ce lundi à la Cour d'appel de Casablanca était notamment consacrée à l'écoute des appels téléphoniques "accablant" le meneur du Hirak.

10 mois de détention provisoire n'ont vraisemblablement rien ôté à la pugnacité de Nasser Zafzafi. Pour son troisième jour d'audience, lundi 16 avril, le leader du Hirak apparaissait en bonne forme, vêtu de sa chemise bleu azur fétiche, celle-là même qu'il arborait pour haranguer les foules plusieurs mois durant à Al Hoceïma et alentour.

Devant le juge Ali Torchi, Zafzafi se montre détendu. On le voit adresser des sourires confiants ici et là au public. Il se déplace sans gêne dans les quelques mètres carrés délimités par la barre en bois vernis de la salle 7 de la Cour d'appel de Casablanca.

Ce jour-là, le juge a entamé la discussion autour des enregistrements téléphoniques impliquant le leader du Hirak, retenus par le juge d'instruction et le procureur comme pièces à conviction. A lui seul, Nasser Zafzafi totalise 69 des 136 appels interceptés par la Brigade nationale de la police judiciaire, mentionnés dans le dossier des 54 détenus du mouvement de contestation rifain poursuivis à Casablanca. A la fin de l'audience, trois enregistrements seulement avaient été diffusés sur les haut-parleurs du tribunal.

Les conversations étant en rifain. Nasser Zafzafi et ses avocats ont donc réclamé une traduction in vivo par l'interprète assermenté présent dans la salle. Ils doutent de "la fidélité de la traduction opérée par la BNPJ, qui a déformé les propos, en omettant certains mots, afin d'étayer ses accusations".

Mais cette procédure s'est avérée longue et particulièrement périlleuse pour l'interprète, qui devait traduire - littéralement, mais aussi dans le contexte - la transcription des appels en rifain par la BNPJ, puis les comparer aux enregistrements audio.

"A 40 ans, je n'ai même pas de quoi me payer un café"

La "pression" des avocats sur la Cour afin d'obtenir une comparaison des deux versions s'est avérée sensiblement payante. Dans une des conversations, un individu du nom d'Azzeddine Oulad Khali Ali, présenté par le parquet comme "un indépendantiste résident en Belgique, connu des autorités belges pour son implication dans des affaires de vols et de possession de drogue", indique à Nasser Zafzafi qu'il se tient "à sa disposition s'il a besoin de quoi que ce soit". L'interlocuteur du leader du Hirak mentionne l'existence d'un "programme", d'après le rapport d'instruction.

De quel "programme" s'agit-il ? "Dans la culture rifaine, signaler à quelqu'un qu'il est dans son programme signifie qu'il le garde à l'esprit", explique l'interprète. "L'homme en question voulait m'aider, car les gens de tout Al Hoceïma réclamaient que je me mette à table avec eux alors que moi, à 40 ans, je n'ai même pas de quoi me payer un café", regrette Nasser Zafzafi.

Le prévenu remarque qu'on peut l'entendre refuser expressément l'aide proposée par son interlocuteur. Fort de cette petite victoire, le bâtonnier Abderrahim Jamaï, un des avocats de la défense s'en est rudement pris à la BNPJ. Il lui reproche de s'être "basée sur cet appel pour déduire qu'il s'agit de financements étrangers et de la fomentation d'un complot pour porter atteinte à la sûreté nationale".

Nasser Zafzafi enchaîne alors sur une démonstration du "professionnalisme de la BNPJ", une pique lancée au procureur Hakim El Ouardi, qui avait auparavant usé de cette expression pour contrer les offensives de la défense.

Dans un autre enregistrement, un inconnu résidant aux Pays-Bas, selon le parquet, demande à Zafzafi d'élargir le Hirak à d'autres régions, Oujda notamment. "Voyez, je lui réponds que nous n'obligeons personne à sortir manifester, et qu'il n'y a aucune raison d'agrandir la contestation jusqu'à Oujda. Ceux qui ont de l'orgueil pour leur pays n'ont pas besoin d'être sollicités par Nasser pour participer au Hirak", se défend le leader du mouvement de protestation rifain, accusé d'avoir participé à des rassemblements armés, un délit passible de 5 ans de prison, selon les dispositions de l'article 20 du dahir n° 1-58-377 (27 novembre 1958) relatif aux rassemblements publics.

Alors que le procès s'enlise dans une monotonie et que la fatigue commençait à se lire sur les visages des différents protagonistes après plus de cinq heures d'audience, les hurlements de Hamid El Mahdaoui remettent de l'ambiance. "Pourquoi n'a-t-on pas diffusé également les appels téléphoniques qui prouvent mon innocence? Qu'ai-je fait pour subir ce sort hormis dénoncer la corruption qui gangrène ce pays?", vocifère le journaliste depuis le box des accusés, avant d'être expulsé de la salle manu militari par les policiers.

Plusieurs minutes plus tard, il demandait son exemption de présence aux audiences, jusqu'aux plaidoiries des avocats. "Prononcez le verdict que vous souhaitez, mais laissez-moi tranquille. Je vais me suicider en prison", menace-t-il. Le juge annonce alors le report du procès à l'après-midi de mardi, indiquant que la décision quant à la demande du journaliste sera rendue ce jour-là.

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