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Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni frappent le régime syrien: le point sur la situation et les réactions

Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni frappent le régime syrien: le point sur la situation et les réactions
avril 14
09:40 2018
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Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont lancé samedi matin des frappes ciblées en Syrie pour punir le régime de Bachar al-Assad, accusé  d'avoir mené des attaques chimiques sur la population début avril. Le point sur la situation et les réactions à l'international.

Au moment même où le président américain annonçait ces frappes depuis la Maison Blanche, des détonations ont été entendues à Damas, marquant un nouveau chapitre dans ce pays ravagé par une guerre sanglante et complexe qui dure depuis sept ans. "J'ai ordonné aux forces armées des Etats-Unis de lancer des frappes de précision sur des cibles associées aux capacités du dictateur syrien Bachar al-Assad en matière d'armes chimiques", a lancé M. Trump. "Une opération combinée est désormais en cours avec la France et le Royaume-Uni, nous les remercions tous les deux", a-t-il ajouté.

C'est une attaque présumée aux "gaz toxiques" dans le dernier bastion rebelle de Douma près de Damas, qui est à l'origine des frappes déclenchées après une mobilisation de la communauté internationale, déjà saisie par l'horreur d'une guerre civile qui a fait plus de 350.000 morts depuis mars 2011. Elle a fait plus de 40 morts selon des secouristes à Douma.

Côté français, le Président Macron a publié un communiqué à 3h30 samedi matin :

"Le samedi 7 avril 2018, à Douma, des dizaines d'hommes, de femmes et d'enfants ont été massacrés à l'arme chimique, en totale violation du droit international et des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Les faits et la responsabilité du régime syrien ne font aucun doute. La ligne rouge fixée par la France en mai 2017 a été franchie.J'ai donc ordonné aux forces armées françaises d'intervenir cette nuit, dans le cadre d'une opération internationale menée en coalition avec les Etats-Unis d'Amérique et le Royaume-Uni et dirigée contre l'arsenal chimique clandestin du régime syrien. Notre réponse a été circonscrite aux capacités du régime syrien permettant la production et l'emploi d'armes chimiques". Emmanuel Macron

Près d'un an après son élection, Emmanuel Macron endosse donc pour la première fois ses habits de chef de guerre pour ordonner une opération, après avoir hérité de celles contre les jihadistes au Levant (Chammal) et au Sahel (Barkhane, en Afrique). C'est aussi la première fois que Theresa May, depuis son accession au poste de Première ministre, à l'été 2016, ordonne une intervention militaire des forces armées britanniques. Elle a de son côté estimé qu'il n'y avait "pas d'alternative à l'usage de la force pour dégrader et empêcher le recours à des armes chimiques par le régime syrien".

Le régime syrien a dénoncé une "agression barbare et brutale" des Occidentaux, qu'il a accusés de chercher à entraver une mission de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) dont une équipe doit entamer samedi son enquête à Douma sur l'attaque chimique présumée du 7 avril.

Des frappes "circonscrites" et aucune victime à ce stade

Selon le général Joe Dunford, chef d'état-major américain, les forces occidentales ont visé à 01H00 GMT (04H00 en Syrie), trois cibles liées au programme d'armement chimique syrien, l'une près de Damas et les deux autres dans la région de Homs (centre). Il a précisé qu'aucune autre opération militaire visant la Syrie n'était prévue à ce stade.

Selon le ministère de la Défense à Moscou, 100 missiles ont été tirés sur la Syrie, dont "un nombre significatif" ont été interceptés par les forces syriennes. Aucune des frappes n'a atteint les abords des bases aérienne et navale russes en Syrie. Londres a annoncé que quatre avions de chasse Tornado GR4 de la Royal Air Force avaient bombardé un "complexe militaire" près de Homs. Paris a indiqué que la France avait frappé avec des frégates multimissions en Méditerranée et des avions de chasse. Selon le président Emmanuel Macron, les frappes ont été "circonscrites aux capacités du régime syrien permettant la production et l'emploi d'armes chimiques".

L'armée russe affirme samedi matin que les frappes menées par les Etats-Unis et leurs alliés contre le régime de Bachar al-Assad en Syrie n'ont fait "aucune victime" civile ou militaire. Aucune perte américaine n'a été rapportée, selon le Pentagone. Selon la télévision d'Etat syrienne, la défense anti-aérienne syrienne est entrée en action contre les avions occidentaux, et des missiles contre une position militaire à Homs ont été interceptés. L'armée russe a affirmé que la défense antiaérienne syrienne est parvenue à intercepter 71 des 103 missiles de croisière lancés contre des installations du régime de Damas par les Etats-Unis et leurs alliés.

Qui soutient ?

  • Union Européenne

Le président du Conseil européen Donald Tusk affirme samedi que l'UE "se tiendra aux côtés de ses alliés du côté de la justice" après les frappes occidentales contre la Syrie.

  • Allemagne 

La chancelière allemande Angela Merkel a déclare que son gouvernement "soutenait" les frappes visant le régime syrien, une "intervention militaire nécessaire et appropriée" après l'attaque chimique présumée menée il y a une semaine à Douma qui a fait des dizaines de morts. Elle avait annoncé jeudi que l'Allemagne ne prendrait elle pas part à des actions militaires.

  • Pologne 

"Les frappes des USA, de la France et du Royaume uni montrent clairement que le régime syrien, avec la Russie et l'Iran, ne peut continuer cette tragédie humaine, du moins non sans coût", estime le Polonais Donald Tusk dans un tweet.

  • Turquie 

Les frappes sont "une réaction appropriée" à l'attaque chimique présumée de Douma. "Nous saluons cette opération qui exprime la conscience de l'humanité tout entière face à l'attaque de Douma que tout porte à attribuer au régime" syrien, déclare le ministère turc des Affaires étrangères.

  • Canada 

Depuis Lima, où il assiste au sommet des Amériques, Justin Trudeau a soutenu "la décision des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France de prendre des mesures pour diminuer la capacité du régime (Ndlr: du président syrien Baschar al-Assad) de lancer des attaques par armes chimiques contre ses propres citoyens".

  • Israël 

"L'an dernier, le président américain Donald Trump a fait savoir que l'utilisation d'armes chimiques reviendrait à violer une ligne rouge. Cette nuit sous la direction américaine, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont agi en conséquence. La Syrie continue ses actions meurtrières", a déclaré un responsable israélien sous le couvert de l'anonymat.

  • OTAN 

"Je soutiens les actions prises par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France contre les installations et capacités d'armes chimiques du régime syrien", affirme le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg. "Elles vont réduire la capacité du régime à mener d'autres attaques contre le peuple de Syrie avec des armes chimiques". 

Qui condamne ?

  • La Russie en appelle à l'ONU 

Allié indéfectible du régime syrien, la Russie a réagi par la voix de son ambassadeur aux Etats-Unis, Anatoli Antonov, aux frappes occidentales. "Nos mises en garde n'ont pas été entendues" et ces frappes sont une "insulte" au président Vladimir Poutine, selon lui. "Un coup a été porté contre la capitale d'un Etat souverain qui a tenté pendant de nombreuses années de survivre au milieu d'une agression terroriste", a écrit sur Facebook la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova. Les frappes occidentales contre la Syrie interviennent "au moment où elle avait une chance d'avoir un avenir pacifique.  

"La Russie convoque une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU pour évoquer les actions agressives des Etats-Unis et de leurs alliés", a indiqué le Kremlin dans un communiqué.

De son côté, le patron de l'ONU Antonio Guterres, après avoir exprimé la crainte d'une "escalade militaire totale", a appelé à la retenue "dans ces circonstances dangereuses".

"J'appelle les Etats membres à faire preuve de retenue dans ces dangereuses circonstances et à éviter toute action qui pourrait conduire à une escalade et à aggraver la souffrance du peuple syrien". Antonio Guterres.

Dans sa déclaration, Donald Trump a mis en garde l'Iran et la Russie, qui ont déployé des milliers d'hommes et du matériel en Syrie pour aider M. Assad face aux rebelles et jihadistes, contre leurs liens avec le pouvoir syrien. Il a affirmé que la Russie avait "trahi ses promesses" de 2013 sur l'élimination des armes chimiques syriennes.

  • Iran 

Autre principal acteur du conflit en Syrie et ennemi juré des Etats-Unis, l'Iran a lui mis en garde contre les "conséquences régionales" des frappes occidentales, en dénonçant une "action aventuriste".

"Les Etats-Unis et leurs alliés, sans aucune preuve et avant même une prise de position de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), ont menée cette action militaire (...) contre la Syrie et sont responsables des conséquences régionales de cette action aventuriste". Le porte-parole du ministère iranien des Affaires

  • Hezbollah libanais 

"La guerre menée par les Etats-Unis contre la Syrie, contre les peuples de la région et les mouvements de la résistance (...) n'atteindra pas ses objectifs", affirme le Hezbollah chiite libanais.

  • Equateur

"Avec la force de la dignité, la défense de la paix, des peuples du monde, nous condamnons énergiquement l'attaque démente de (Donald) Trump contre le peuple frère de Syrie", dénonce le président équatorien Evo Morales. "Hier, ils avaient pris prétexte d'armes de destruction massive imaginaires pour envahir l'Irak, aujourd'hui ils lancent leurs missiles sous le même prétexte." (Twitter)

Par ailleurs,  la Guatémaltèque Rigoberta Menchu, prix Nobel de la paix 1992, a déclaré  sur Twitter : "Je lance un appel énergique à tous les pays membres des Nations unies pour qu'ils interviennent énergiquement afin de freiner les opérations menées en Syrie par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne". 

Amnesty International a quant à elle déploré que "le peuple syrien a déjà enduré six années d'un conflit dévastateur, et des attaques chimiques dont beaucoup sont des crimes de guerre". "Toutes les précautions doivent être prises pour minimiser le tort causé aux civils dans les actions militaires" menées en représailles à l'usage présumé d'armes chimiques par Damas contre sa population, a exigé l'ONG de défense des droits de l'Homme.
Avec AFP.

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