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Edito - Pour une vraie union sacrée

Edito - Pour une vraie union sacrée
avril 07
18:14 2018
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Comme la rhubarbe ou la bette de saison en avril, les dernières gesticulations sur le dossier du Sahara étaient attendues. Et cette année, à quelques jours de la publication du rapport final du secrétaire général de l’ONU sur la situation au Sahara occidental, les coups de menton dépassent toute attente. Face à ce qu’il perçoit comme des provocations de la part du Polisario, le Maroc brandit la menace de l’intervention militaire. Les ouailles de Brahim Ghali aimeraient faire de Bir Lahlou la capitale d’un Etat à l’est du berm — la diplomatie chérifienne en avance les preuves —, un territoire que le Maroc estime sien et que l’ONU définit comme une “zone à restriction limitée”. Ceci est un changement des conditions du cessez-le-feu, argue le Maroc, les conditions de l’accord militaire ne sont pas encore violées, se contente de répondre l’ONU. A quel moment l’organisme dirigé par Guterres estimera-t-il utile de prendre des sanctions contre le Polisario ? Les réponses incertaines à cette question sont un risque que le Maroc dit ne pas vouloir prendre. Si la RASD proclame un Etat avec comme capitale Bir Lahlou, que les populations qui se trouvent aujourd’hui à Tindouf y sont transférées, qu’un poste douanier avec l’Algérie y est établi… “le Polisario aura l’effectivité qui lui manque aujourd’hui”, s'inquiète-t-on côté marocain. Avant d’en arriver à une situation irréversible, le royaume doit combattre cette entreprise avec la dernière énergie.

Si la stratégie diplomatique marocaine est claire sur cet épisode, la gestion globale de “la cause nationale” reste poussiéreuse. Il y a d’abord des chefs de partis toujours utilisés comme des comparses. Rarement impliqués dans ce dossier, ils sont appelés à la rescousse quand il y a péril en la demeure. Il faudrait ne pas les oublier le reste de l’année, ces chefs de partis vilipendés pour leur incompétence et leur inefficacité. Les impliquer, les laisser s’approprier un dossier national pour que l’unité qu’on nous rabâche (et que l’on exige) gagne en crédibilité. La position marocaine sur le dossier du Sahara n’est pas affaiblie par un manque de clairvoyance dans la stratégie diplomatique institutionnelle, mais par les failles internes du royaume. L’allergie chronique à toute contradiction demeure, et vu de l’extérieur cela ne rassure pas. Les ONG et la société civile ne sont pas encouragées à s’approprier “la cause nationale”. Seuls des lobbyistes qui sont financés et donc contrôlés par l’Etat s’agitent pour des résultats dérisoires.

Face au Maroc, des militaires, âgés, sous perfusion algérienne, dirigés par un homme sous le coup d’un mandat d'arrêt émis par la justice espagnole pour viol et torture, une organisation qui a détourné de l’aide humanitaire en faveur des réfugiés des camps de Tindouf… et pourtant, c’est toujours le Maroc qui est pointé du doigt sur les questions des droits de l’homme. Guterres consacre une page entière de son rapport à cette question, énumérant les griefs contre le royaume. Sur les camps de Tindouf, le secrétaire général de l’ONU ne trouve pas grand-chose à redire. On ne va pas s’étonner de découvrir que le Maroc est loin d’être exemplaire sur ce volet, mais il n’a pas à rougir devant le CV chargé du Polisario. Pourtant, le royaume est inaudible. Il faut alors l’admettre, il y a tout un territoire que le Maroc a laissé libre à l’ennemi, et qu’il faut aujourd’hui reprendre. En commençant par être réellement attaché à la démocratie, par exemple.

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