Maroc

A l'ONU, Bourita expose des images aériennes de constructions du Polisario au Sahara

Nasser Bourita présente le 4 avril à l'ONU des images aériennes prises en aout 2017 et mars 2018 qui "montrent que des des constructions sont faites" à l'est du mur de défense marocain. Crédit : Salima Yacoubi Soussane / Telquel.ma
A l'ONU, Bourita expose des images aériennes de constructions du Polisario au Sahara
avril 04
22:37 2018
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Le ministre des Affaires étrangères s'est entretenu ce mercredi 4 avril avec le secrétaire général de l'ONU à New York. Au menu des échanges entre les deux hommes: l'implication de l'Algérie, des preuves relatives aux constructions du Polisario à l'est de la zone tampon ainsi que le respect des accords encadrant l'action onusienne.

De notre correspondante à New York Salima Yacoubi Soussane, avec Yassine Majdi

D'un côté, un Antonio Guterres bienveillant, souriant et accueillant. De l'autre, un Nasser Bourita pour qui l'heure est grave. Le ministre des Affaires étrangères a l'air tendu et son "body language" suggère une envie d'en découdre alors qu'il s'apprête à évoquer les derniers développements de la situation à l'est du mur de défense marocain au Sahara qu'il qualifie de "dangereux" ce mercredi 4 avril.

Messager royal

C'est muni d'un lourd dossier contenant notamment les textes de l'accord de cessez-le-feu, de l'accord militaire numéro un, d'un échange entre le roi Hassan II et l'ancien secrétaire général de l'ONU Javier Pérez de Cuéllar et d'une carte du découpage du Sahara dans le cadre des accords encadrant le processus de cessez-le-feu que le ministre des Affaires étrangères a abordé cette rencontre qui s'est tenue au siège de l'ONU. Un entretien durant lequel Nasser Bourita a remis un message écrit par le roi Mohammed VI à Antonio Guterres.

Cette missive fait suite à un entretien entre le souverain et le secrétaire général de l'ONU durant lequel le roi a fait part de sa  "crainte que la situation à Tifariti et Bir Lahlou ne s'enlise, et ne soit pas résolue comme ce fut le cas pour Guergarat", rapporte Bourita.

Lors de cette discussion, Mohammed VI a également indiqué que ces développements constituaient "une menace au cessez-le-feu violant le droit international et les résolutions de l'ONU ainsi que le processus politique". Le souverain a également pointé la "responsabilité flagrante de l'Algérie" dans ce conflit.

Preuves

La part d'implication de l'Algérie dans le différend du Sahara a été au cœur de la conférence de presse tenue par Nasser Bourita à l'issue de cette rencontre avec Antonio Guterres. "L'Algérie abrite et est un soutien diplomatique fort du Polisario. Vous le voyez vous-même, vous qui êtes dans les couloirs des Nations unies", a déclaré le ministre des Affaires étrangères à l'adresse des journalistes présents dans la salle, avant de se lancer dans une série de questions rhétoriques : "Qui bouge? Qui démarche pour le Polisario? Qui s'exprime pour le Polisario? Qui arme le Polisario? Qui le finance? Qui lui fournit des passeports ? Qui abrite leurs conférences ?".

Autre point abordé lors de cette sortie devant la presse, les récents développements dans la région située à l'est du mur de défense marocain. "L'ONU a parlé d'incursions militaires, mais nous parlons de constructions, de postes militaires et de chantage aux forces onusiennes", a affirmé Nasser Bourita en référence aux  récentes déclarations du porte-parole du secrétaire général de l'ONU, Stéphane Dujarric.

"Nous sommes venus avec des documents et des faits", a insisté le ministre avant de tirer des images aériennes montrant des constructions à Bir Lahlou et Tifariti de son dossier. Des documents qui ont également été présentés au président du Conseil de sécurité et au secrétaire d'Etat américain par intérim la veille, lors d'une visite à Washington.

Cadre onusien

Le ministre a relevé "une distinction fondamentale" entre l'accord relatif au cessez-le-feu, signé en 1991, et l'accord militaire numéro un datant de 1997. Deux textes qui régissent les déplacements dans l'ensemble des parties du Sud marocain. "Le cessez-le-feu a été signé parce qu'il s'agissait d'un texte qui libérait la zone de toute présence militaire ou civile", a expliqué Nasser Bourita avant d'évoquer la différence fondamentale entre les deux textes: "le cessez-le-feu de 1991 encadre tout mouvement. L'accord militaire concerne uniquement les mouvements militaires", a-t-il déclaré.

"Ces accords n'ont pas été mis en place pour voir la zone confiée  à une autre entité que la Minurso", a rappelé le diplomate. Parmi les zones concernées par cet accord, le mur de défense marocain. "Le tracé (du mur, NDLR) a été effectué afin d'éviter toute confrontation directe. Il a été établi en coordination avec les grandes puissances, bien avant l'arrivée de la Minurso en 1991", a souligné Bourita.

Menace sur le cessez-le-feu

"Aujourd'hui, il existe une menace réelle sur le cessez-le-feu. Le fait même de déplacer un soldat est une menace pour le cessez-le-feu", a affirmé le ministre des Affaires étrangères. "C'est l'ONU qui est responsable du maintien de ce cessez-le-feu et qui doit réagir à toute menace qui pèse sur lui. C'est également le cas du Conseil de sécurité", a-t-il insisté.

Le chef de la diplomatie marocaine a également lancé un avertissement: "Si les choses ne changent pas, le Maroc garde toutes ses options ouvertes. Le Maroc ne permettra pas un changement sur le terrain".

La visite de Nasser Bourita coïncide avec la publication du rapport annuel du secrétaire général de l'ONU sur le Sahara. Un document dans lequel Antonio Guterres demande au Front Polisario de se retirer de la zone tampon "comme il l'a fait en avril 2017".

Il s'agit là de la première étape dans le traitement du dossier du Sahara à l'ONU. En effet, la publication de ce rapport sera suivie de consultations au sein du Conseil de sécurité le 17 avril prochain avant l'adoption d'une résolution relative à la mission onusienne, le 25 avril prochain selon le calendrier prévisionnel de l'ONU.

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