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Zakaria Boualem et la "jalia"

Zakaria Boualem et la "jalia"
mars 26
10:35 2018
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Cette semaine, et sans plus de formalités, Zakaria Boualem va vous parler de la communauté des Marocains expatriés, qu’on ne sait plus très bien s’il faut les appeler RME ou MRE d’ailleurs. Ou la jalia, pour les intimes. Pour commencer, un rapide petit tour sur Internet permet de constater qu’elle est très nombreuse tbarkallah. Nous produisons énormément de candidats à l’exil, ce sont les chiffres officiels qui le disent. Pour trouver pareil exode, il faut se comparer à des pays en proie à une guerre civile ou à une série de catastrophes naturelles, c’est un peu vexant. Régulièrement, nous entendons parler de nos compatriotes qui s’illustrent à l’étranger pour des initiatives catastrophiques. Inutile d’entrer dans les détails, vous avez compris de quoi il s’agit. Oublions un peu ces tristes sires, et venons-en au sujet, cette introduction devient pénible.

Boualem, aujourd’hui, va vous raconter le parcours d’un ami à lui, un certain Driss. Une enfance dans une zone qu’on va pudiquement qualifier de défavorisée, et une passion pour la boxe qui le conduit à représenter le Maroc dans des compétitions internationales, avec des médailles à la clé. C’est un jeune homme courageux, mais qui a le défaut de ne pas supporter l’injustice. Dans notre sport amateur, elle est disponible en quantité abondante et de bonne qualité. Fatigué des brimades, Driss profite d’une compétition en Europe en 2006 pour mettre les voiles sans plus de formalités. On vous passe les détails des péripéties qu’il a dû traverser, on pourrait en faire une série télé rocambolesque. Sachez seulement que notre homme, dix ans après, est un coach respecté dans une salle de boxe bruxelloise citée en exemple pour le bien qu’elle fait à la communauté. Il a reçu des formations, obtenu ses diplômes d’instructeur, et fait plaisir à voir, entouré de ses élèves de tous les âges et de tous les milieux sociaux. Voilà pour Driss.

Mais le Boualem peut aussi vous parler d’un autre ami à lui, vendeur de vêtements à la sauvette dans un quartier populaire de Casablanca, qui s’est installé aux Etats-Unis il y a une dizaine d’années dans des conditions qu’on préfère passer sous silence. Aujourd’hui, il vend des chaussures de luxe sur mesure aux stars de la NBA et a pris une douzaine de kilos de muscle et de confiance en soi. Lui aussi, il fait plaisir à voir aujourd’hui. Il y a des dizaines d’autres exemples, mais vous avez compris l’idée générale. Dans les deux cas, les amis du Boualem se sont retrouvés dans un environnement qui a su détecter chez eux un potentiel et qui a tout fait pour l’optimiser. Et ces jeunes immigrés eux-mêmes, une fois plongés dans un système où le travail paye, se sont mis à bosser comme des fous parce qu’ils ont pu constater très vite que c’était une bonne idée. Ils avaient la vingtaine lorsqu’ils sont partis, ils étaient de jeunes adultes handicapés par un système scolaire défaillant, et pourtant ils ont réussi. On n’ose pas imaginer comment ils auraient évolué s’ils étaient restés au pays, c’est une affreuse réalité. Regardez autour de vous : notre pays est devenu une immense usine à désillusion, il brise les potentiels, les rêves, et déploie une énergie folle à faire en sorte que chacun reste à sa place. Oui, ici on avorte les talents. Pour trouver une success story, une vraie, honnête et glorieuse, il faut chercher longtemps. Tout le monde cherche une combine pour garder la tête hors de l’eau, sans grand espoir que celui de joindre les deux bouts. Tout le monde est angoissé, le spectre terrifiant de l’insécurité matérielle, sanitaire, éducative plane sur nos têtes. Voilà pourquoi les chiffres de notre immigration sont aussi spectaculaires. Nous n’avons pas de guerre, pas de catastrophe naturelle, mais pas de confiance en l’avenir non plus. C’est tout pour la semaine, et merci.

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