Economie

Startup: Après une traversée du désert, Sheaply cherche repreneur

Startup: Après une traversée du désert, Sheaply cherche repreneur
février 11
10:22 2018
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Clap de fin. Sheaply, une startup spécialisée dans la livraison de colis alternatif couvrant l’axe France-Maroc, va fermer boutique. Retour  sur trois années de haut et de bas, propre aux jeunes pousses.

«Nous avons choisi d'arrêter l'activité de Sheaply et de la mettre en vente pour des raisons pécuniaires, nous n'étions plus en mesure d'assurer la continuité et surtout le développement du service», explique Yassine Zyad, cofondateur de l'entreprise. Lancée en 2014, la startup marocaine n’a pas pu franchir la vallée de la mort,  période durant laquelle les jeunes startups risquent la mort en raison d'un manque de financement. D’ailleurs, 50% des jeunes pousses expérimentent cette traversée du désert, qui leur est souvent fatale. Celle-ci survient entre la première et la troisième année de leur existence, selon l’étude d’Extenso Innovation Croissance, une entité du groupe Deloitte parue en février 2017

La plateforme de service, forte de 50.000 utilisateurs, reste néanmoins accessible le temps de finaliser toutes les expéditions en cours. Une fois que tous les colis et achats seront livrés, Sheaply procédera à l'extinction des feux.  «Toutefois nous sommes ouverts pour discuter avec un éventuel repreneur qui pourra pérenniser l'existence de Sheaply. Nous avons déjà reçues quelques offres que nous ne jugeons pas sérieuses», précise le deuxième associé Hicham Zarrouky.

Le concept de la jeune entreprisee était simple et efficace. Mettre en contact voyageurs et particuliers désirant envoyer des colis aux mêmes destinations.  Lorsqu’Amazon ou Ebay, par exemple, ne pouvaient livrer à Casablanca, il suffisait alors de trouver un voyageur venant de France et ainsi se faire livrer le colis à l’adresse indiqué. La procédure était la même dans l'autre sens. «J’ai eu recours au service à de nombreuses reprises. Je me suis fait livrer un extrait d’acte de naissance pour mes démarches administratives. Sheaply s’est avéré être le moyen le plus rapide et le moins onéreux», témoigne Azzedine étudiant en médecine à Lyon.

Développement avorté

La suite annoncée par les fondateurs était logique: développer l’activité sur le créneau Maroc-Europe occidentale, pour ensuite s’attaquer à la région Mena, au Moyen-Orient et à l’Afrique. «Nous n'avons malheureusement pas réussi à lever les fonds nécessaires, ce qui a complètement freiné notre ambition de couvrir d'autres pays», explique Hicham Zarrouky. La start-up a dû, pour le coup, se satisfaire des fonds d’amorçage et des revenus générés par l’activité.

Dés le lancement, la plateforme a fédéré une large communauté de voyageurs souhaitant rentabiliser leurs déplacements. Les observateurs de l’écosystème des startups marocaines lui prédisaient un brillant avenir. L’envers du décor était tout autre. «Pour le gouvernement, les jeunes pousses ne sont pas dans le radar et représentent peu d'intérêt. Du coup l’environnement est peu flexible (banques, administrations ...) ce qui se solde par le manque d'accès au financement d'amorçage», affirme Yassine Zyad.  «Nous avons, en plus des apports personnels, pu lever quelques fonds d’amorçage auprès d’investisseurs étrangers. Le montant total avoisinait le 1 million de DHS», continue-t-il.

Erreurs de jeunesse

Il faut aussi y rajouter tout les problèmes inhérents aux petites structures. «Dans une startup nous sommes obligés de toucher à tous les domaines : RH, Finance, Marketing, Communication. Il faut bâtir l’équipe la plus soudée et complémentaire possible pour s'en sortir», affirme l'un des fondateurs de Sheaply.

Mehdi Alaoui, CEO de ScreenDy, de la Factory et figure incontournable de l’écosystème, abonde dans ce sens tout en nuançant. «Cela peut être un frein de devoir tout gérer certes, mais aussi une opportunité d’être libre et agile», argumente-t-il. Une autre figure reconnue dans le petit monde des jeunes pousses fustige la gestion des deux compères. «Les fondateurs sont passés a coté d’une opportunité que beaucoup d’entrepreneurs rêveraient d’avoir. Ce qui les a pénalisés, c’est leur manque d’investissement. Ils avaient des activités à côté. Ce sont des erreurs de jeunesse», déchiffre-t-elle sous couvert d’anonymat.

Bien que freinés dans leur élan, le binôme fondateur de Sheaply reste optimiste. «Le bilan est toutefois positif. Car malgré l'échec de l'activité nous avons appris énormément de choses, rencontré plusieurs personnes de par le monde et nous sortons grandi de cette expérience», lâchent les deux fondateurs à l’unisson.

 

 

 

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