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Edito- Back to black

Crédit : TelQuel
Edito- Back to black
février 10
10:55 2018
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Avant, ils étaient instituteurs, boulangers, chômeurs, rappeurs du dimanche. Le Hirak, c’était l’occasion de faire corps, de demander à l’Etat plus qu’il n’a bien voulu leur concéder jusque-là. Avant, ils croyaient à cet espace de liberté. Manifester, ressortir l’image de l’Emir El Khattabi jamais oubliée, les drapeaux d’une république fantasmée au Rif plus qu’elle n’a été réalité. Ils n’ont bien sûr pas résisté aux excès propres aux militants. Des excès de langage seulement. Grisé, leur leader a déraillé, en faisant irruption dans une mosquée. La machine punitive de l’Etat s’est enclenchée. Avec excès. Privant de leur liberté des centaines puis des dizaines d’habitants d’Al Hoceïma. Évacuons rapidement l’évidence : ceux qui ont mis le feu à un bâtiment de police, ceux qui ont empêché les secours d’y accéder, ceux qui ont caillassé les forces de l’ordre méritaient arrestation, procès et condamnation. Les jugements ont été rendus à Al Hoceïma. Mais les autres, les 54 hommes interpellés, accusés et jugés en ce moment même dans l’enceinte de la Chambre criminelle près la Cour d'appel de Casablanca pour atteinte à la sûreté intérieure de l’État, rébellion armée, participation à des manifestations non autorisées, outrage à corps constitué… leur sort doit nous interpeller.

L’absurdité de leur procès est telle que la justice est tournée en bourrique, sans que personne n’en sorte grandi. Face au juge, les accusés sont invités à s’expliquer sur leurs posts Facebook, des ‘like’, des blagues, comme ce gouvernement du Rif dirigé par Nasser Zafzafi et dont la ministre de la Culture serait Silya. Des questions rhétoriques bizarres — voire choquantes, selon les sensibilités —sont posées : "Etes-vous marocain ?" demande le juge à l’un d’entre eux. "Nous avons mis des publications sur Facebook, et voici qu'on nous parle d'actes criminels. Je n'utiliserai plus Facebook, je m'abonnerai à Twitter !", s’amuse l’un des accusés, dont les propos sont rapportés par nos confrères de Médias24. Toutes les demandes du procureur sont acceptées, pas celles de la défense. Les avocats quant à eux font le procès de la justice, estimée partiale, mais ne défendent que trop mal leurs clients. Certains jouent avec leur smartphone dans l’enceinte du tribunal, d’autres mangent. Les échanges entre procureur et défense manquent de logique. Bref, un procès consternant.

Allons à l’essentiel. Le procès mené contre ces militants du Hirak — pas tous le sont d’ailleurs — est éminemment politique. Interroger des manifestants sur leurs idées ou leurs convictions ne permet pas une autre interprétation. L’Etat a très mal géré le dossier du Hirak, il est temps de comprendre que ce procès inscrit le Maroc dans un retour inquiétant sur ses choix démocratiques. Il constitue une tache noire pour l’actuel règne. On ne jette pas en prison ses jeunes citoyens pour leurs idées ou leur militantisme sans que cela n’altère durablement le contrat qui les lie à l’Etat. Et si ce dernier prenait de la hauteur et mettait fin à ces audiences ridicules qui l’affaiblissent ? Ceux qui nous dirigent vraiment savent le faire savamment, ils l’ont prouvé par le passé

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