Arrivé en fanfare à Davos, Trump s'en prend aux palestiniens

En quelques heures, il a fait remonter le dollar, ulcéré les Palestiniens et cherché à vendre "L'Amérique d'abord" à une brochette de grands patrons : Donald Trump a fait jeudi une arrivée en fanfare à Davos.

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Crédit: AFP / Fabrice COFFRINI

Et il a sans doute fait encore monter le suspense avant son discours attendu vendredi à 13h00.

Le premier président américain à se rendre depuis Bill Clinton à la grand-messe annuelle du capitalisme s’est en particulier employé jeudi à éteindre l’incendie allumé par son administration sur le marché des changes. « Je veux voir un dollar fort », a affirmé M. Trump à la chaîne CNBC depuis le Forum économique de Davos (Suisse), estimant que les récentes déclarations de son secrétaire d’Etat au Trésor Steven Mnuchin vantant les bénéfices d’un dollar faible avaient été « prises hors contexte ». Le billet vert, qui s’était fortement affaibli, est immédiatement remonté après la diffusion de l’extrait de cette interview, de quoi rassurer les partenaires commerciaux des Etats-Unis, déjà prêts à crier à la guerre des changes. « On ne joue pas avec les parités » des devises, a mis en garde jeudi le ministre français des Finances Bruno Le Maire.

Sans donner de nom, le patron de la Banque centrale européenne Mario Draghi a, lui, fustigé « la communication » de cette « autre personne » qui « ne se conforme pas aux termes convenus » depuis « des décennies » en matière de devises. Un dollar faible – et donc un euro fort – handicape les exportateurs européens, ceux-là même que Donald Trump s’emploie à séduire. Il a en effet dîné jeudi avec une brochette de PDG de multinationales telles que Total (France), Siemens (Allemagne) ou Nestlé (Suisse).

« En décidant de venir à Davos (…) j’ai pensé aux nombreuses personnes qui veulent investir beaucoup d’argent et ils sont tous en train de revenir aux Etats-Unis« , a-t-il encore dit à CNBC, vantant la croissance américaine et les records de Wall Street.

Donald Trump avait fait en début d’après-midi une entrée mémorable dans le centre des Congrès de la très chic station de ski. Grands patrons, banquiers et responsables politiques se pressaient pour le photographier avec leurs smartphones. Une fervente admiratrice exultait d’avoir obtenu un autographe, une autre se demandait si « on peut lui jeter des choses dessus ? ». « J’ai une pomme dans mon sac », a proposé sa voisine.

L’ONG Greenpeace, associée à d’autres organisations, a organisé son propre comité d’accueil. Des slogans apostrophant le président américain sur sa politique climatique ou ses diatribes contre les migrants – « Justice pour les gens et la planète » – ont été projetés sur les montagnes enneigées.

Le président américain a aussi eu deux entretiens bilatéraux dans l’après-midi. D’abord avec la Première ministre britannique Theresa May, dans l’intention visiblement de solder plusieurs mois de brouille entre les deux pays alliés. Donald Trump a parlé de son « immense respect » pour celle qu’il a dans le passé attaquée avec virulence sur Twitter. Theresa May a abondé dans son sens: « c’était un grand plaisir de vous voir ».

Donald Trump a aussi eu une rencontre chaleureuse avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, et s’en est vivement pris aux dirigeants palestiniens, qui ont snobé la semaine dernière une visite du vice-président américain Mike Pence. « Ils nous ont manqué de respect », a déclaré M. Trump. « Nous leur avons donné des centaines de millions » et « cet argent ne leur sera plus versé à moins qu’ils s’assoient et négocient la paix« , sous l’égide des Etats-Unis.

La réponse n’a pas tardé: « Refuser de rencontrer votre oppresseur, ce n’est pas manquer de respect, c’est se respecter soi-même », a déclaré à l’AFP Hanane Achraoui, haute dirigeante de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Quel costume endossera donc Donald Trump pour son discours de vendredi? Celui du milliardaire parmi les milliardaires de Davos, qui apprécient sa récente baisse des impôts des sociétés? Ou celui du porte-parole de « L’Amérique d’abord », qui pourfend le libre-échange et n’est jamais avare en invectives même sur les sujets géopolitiques les plus sensibles? L’opinion du richissime spéculateur George Soros est elle déjà faite: dans son dîner annuel, l’un des événements les plus courus à Davos, il a pourfendu l’administration Trump, « un danger pour le monde ».

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