édito

Edito - Le bateau ivre

Crédit : TelQuel
Edito - Le bateau ivre
janvier 21
09:26 2018
Partager

Imaginez que le Maroc soit un paquebot. L’exercice n’est pas de TelQuel mais de Hassan II. Pour conduire un paquebot, le plus important est de maintenir le cap, disait-il à ses proches collaborateurs.Si ces derniers décidaient d’en changer, il fallait qu’ils soient sûrs de la pertinence de leur choix. Car pour changer, il faut d’abord ralentir, puis faire un grand tour et enfin prendre une autre direction. Si cela s’avère peu judicieux, pour rectifier, catastrophe ! Beaucoup trop de manœuvres sont alors nécessaires, ne serait-ce que pour revenir à la position initiale du paquebot. Et que de temps perdu. Au défunt roi de conseiller : “Alors, avant de changer de cap, étudiez bien, il vaut mieux s’arrêter, prendre le temps de la réflexion, plutôt que d’engager le pays dans le pire”. Il n’est pas certain que Hassan II eût su conduire prudemment un paquebot, mais, pour sûr, cette anecdote pleine de sagesse, convoquée par des responsables actuels, devrait nous éclairer.

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Certains choix que nous pensions inscrits dans le marbre sont ébranlés. Passons sur l’épisode des élections, durant lesquelles le véritable vainqueur a été l’argent, distribué par les deux principaux partis arrivés premiers, en usant chacun de moyens différents — l’un sous couvert d’entraide et bienfaisance tout au long de l’année, l’autre en achetant directement les voix. Passons également sur l’éviction de Abdelilah Benkirane, seul Chef de gou-
vernement réellement plébiscité. Mais arrêtons-nous sur le fonctionnement démocratique actuel. La Constitution est trop large pour les épaules, et surtout pour le courage de notre classe politique. Et son esprit est facilement contournable par le Palais, même s’il s’en tient jusqu’à présent au respect de la forme. Pour contenter les partenaires extérieurs, les médias,
et peut-être même, pense-t-il, la rue. La réalité étant qu’à ce jour, il est impossible de laisser le PJD gouverner seul. L’idéologie l’emporte encore sur la patrie, et la défense aveugle des élus islamistes des importations turques au détriment de la production nationale n’en est qu’un avatar. Alors, le choix démocratique on y croit toujours vraiment ? Il faudrait répondre par l’affirmative, et maintenir ce cap. Malgré la bigoterie et l’incompétence, la destination, cet Etat de droit dont nous rêvons est la seule solution.De toute façon, il n’a jamais été question de signer un chèque en blanc.

Quant à ceux qui tiennent le carnet de chèques, où sont-ils ? Que font-ils ? Que proposent-ils ? Le roi a sur ses bureaux toutes les études, les diagnostics et les pistes de réflexion pour lancer une nouvelle dynamique. Il est le chef de l’Etat, celui qui peut expliquer aux Marocains qu’il va falloir travailler et patienter encore deux ou trois ans avant que les résultats
d’une nouvelle dynamique ne se fassent sentir. Il va falloir rassurer ces centaines de milliers de Marocains qui exigent un emploi. Le modèle de développement que l’on pense devoir réinventer ne va pas tomber du ciel. Beaucoup de chantiers pertinents ont été lancés au début du règne, ils doivent être évalués, corrigés. Certaines approches doivent changer.
On ne peut plus penser seulement global, mais coller au plus proche des attentes des citoyens. Il faudrait même des plans de développement communaux, nous soufflait un vieux sage. Nous ne pouvons nous résigner à penser qu’il faudrait un choc grave pour que les uns et les autres réagissent. En attendant, même les Conseils des ministres sont devenus des arlésiennes...

Partager

Lire aussi

NEWSLETTER TELQUEL BRIEF

Nous suivre

Retrouvez le meilleur de notre communauté

facebook twitter youtube instagram rss