Maroc

Tinghir : 11 arrestations et poursuite des manifestations sur le chantier du barrage Toudgha

Le sit-in des habitants de Tamtetoucht devant le chantier du barrage de Toudgha a commencé le 11 novembre dernier
Tinghir : 11 arrestations et poursuite des manifestations sur le chantier du barrage Toudgha
janvier 11
12:27 2018
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Les forces de l’ordre sont intervenues hier mercredi pour disperser le sit-in tenu par les habitants de Tamtetoucht (province de Tinghir) devant le chantier du barrage Toudgha. Bilan : 11 arrestations d’après les autorités de la province, plusieurs blessés d’après des sources associatives et un appel au dialogue par les partis politiques

A 35 kilomètres au nord de Tinghir, un sit-in observé par les habitants de la commune de Tamtetoucht sur le chantier de barrage de Toudgha a été dispersé par les autorités durant les premières heures de la matinée du mercredi 10 janvier. Les protestataires, rassemblés depuis 55 jours devant ledit chantier, réclamaient des éclaircissements sur les indemnités et dédommagement qu'ils devraient percevoir suite à l'opération d'expropriation.

11 personnes ont été arrêtées, « en coordination avec le parquet compétent » a indiqué un communiqué de la préfecture de la province de Tinghir qui annonce que les personnes arrêtées « seront déférées devant la justice ». Au cours de cette opération exécutée par les Compagnies mobiles d'intervention (CMI), « un individu feignant un évanouissement a été transféré vers l'hôpital pour s'assurer de son état de santé » rapporte la MAP, tandis que des sources locales dénoncent « de nombreux cas de blessés transférés à l'hôpital de Tinghir ».

Sur place, les manifestants parlent de « nombreux cas d'évanouissement, en particulier chez les femmes » et mentionnent  que « certains sont montés dans les montagnes avoisinantes par peur d'être arrêtées et que d'autres ses sont faits confisquer leurs téléphones portables ». 160 hommes et 140 femmes auraient pris part à ce sit-in, avant l’intervention de près de 500 agents de l'ordre d'après l'activiste Mounir Kejji.

Les travaux sur le chantier ont été suspendus et n’ont pu reprendre qu’hier après la dispersion des manifestants au petit matin. Cependant, les habitants, notamment près d’une centaine de femmes de ce village « ont organisé dans l’après-midi du mercredi un sit-in sur la route régionale reliant Imilchil et Tinghir », nous déclare Driss Fakhreddine, président la section de Tinghir du Forum vérité et justice. L’acteur associatif s’attend à ce que d’autres arrestations aient lieu, vu qu’« elles encourent ce risque en entravant la voie publique » indique-t-il.

Motif de contestations : les terres collectives

Presque deux ans se sont écoulées depuis le démarrage des travaux de construction du barrage Toudgha, devant répondre aux besoins des habitants en termes d’irrigation. Dans cette localité exclusivement agricole, la population craint ne pas percevoir les indemnisations dues suite à l’expropriation de terres collectives qui seront submergées par les eaux du barrage.

« Il y a eu un manque de communication pour informer les habitants des douars de la délimitation administrative et des indemnisations qui auront lieu » estime Driss Fakhreddine, également membre du Réseau des associations de Tinghir du développement et de la démocratie. Notre source précise également que le sit-in a pris forme lorsque le caïd de Tamtetoucht a décidé d’écarter le cheikh désigné par les habitants et de le remplacer par un qui est plus jeune et réputé proche de l’agent d’autorité.

« Le ministère de l’Intérieur a commencé à effectuer des changements dans différentes localités, dans le but de remplacer les anciens chioukhs illettrés par d’autres sachant lire et écrire. Mais la population de Tametoucht voit dans ce changement une tentative d’empiéter sur son droit à être indemnisée sur les terres collectives selon les dispositions légales » nous confie Driss Fakhreddine, expliquant qu’il s’agit là de l’origine de la discorde.

Gouverneur, députés et partis politiques en quête de solutions

Le gouverneur de la province de Tinghir a pourtant eu plusieurs réunions avec la population d’après notre source. « La plus récente eu lieu 10 jours avant les arrestations d’hier » situe Fakhredine. Au cours de ces discussions, « le gouverneur a promis à la population que les actuelles tracés de délimitations administratives vont être annulées, remplacées et leur seront communiquées » souligne-t-il. L’acteur associatif ajoute que les habitants refusaient de mettre fin à leur sit-in « tant qu’ils n’ont pas reçu de détails sur les terres qui leur seront octroyées pour l’habitation et l’agriculture ».

«Les habitants ne rejettent pas le projet de barrage, mais souhaitent avoir des garanties sur les indemnisations qui leur ont été  promises » nous déclare Hamyd Ait Ali, journaliste local. Il rappelle que « tous les députés de la province de Tinghir se sont déplacés pour rencontrer les manifestants dans leur lieu de sit-in ce lundi 8 janvier », soit la veille de la publication par la préfecture de Tinghir d’un avertissement légale précédant l’usage de la force publique pour disperser les manifestants.

Coté partis politiques, les sections provinciales de quatre d'entre eux se sont réunis « en urgence » hier aprés midi au siège du PPS à Tinghir. Outre le parti hôte, le PJD, le PAM ainsi que le RNI ont participé aux discussions. Formant une « coordination provinciale », ils ont discuté  « des évolutions dans le chantier barrage de Toudgha », exprimant leur « regret qu'il y ait eu recours à la force pour disperser le sit-in ».

Dans un communiqué conjoint, ladite coordination affirme avoir tenu le vendredi 4 janvier une réunion avec les membres du Conseil communal des Aït Hani dont dépend la commune de Tamtetoucht. Les quatre partis appellent ainsi à « préserver la sagesse et garder l'option du dialogue pour éviter un excès de tension », concluant qu'une conférence de presse est prévue dimanche prochain à Boumalen Dadés pour faire le point sur les événement du mercredi.

 

 

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