Maroc

Lachgar-Akhannouch. Pourquoi ils s'aiment tant

Lachgar-Akhannouch. Pourquoi ils s'aiment tant
janvier 08
15:36 2018
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Les patrons de l’USFP et du RNI filent le parfait amour. Un lien fort, né lors de leur cohabitation au parlement et au gouvernement. Et qui s’est renforcé durant leur front commun contre Abdelilah Benkirane.

Lundi 17 septembre, siège de l’USFP à Rabat. Le premier secrétaire, Driss Lachgar, s'étonne de la nature de nos questions. “Pourquoi ne pas vous intéresser aux liens existants entre d'autres dirigeants politiques ?”, demande-t-il avant de répondre à nos interrogations, non sans quelques réticences. Et de retracer le cours des relations, du moins entre la famille Akhannouch et les Ittihadis, qui remontent au début des années 1960 et qui se sont renforcées lors des tractations pour la formation du gouvernement.

Les amis de mes amis…

“Depuis plusieurs années, pour taquiner Aziz Akhannouch, je lui dis que sa place est à l'USFP”, plaisante Driss Lachgar, qui reconnaît que le président du RNI est le ministre dont il se sent le plus proche au sein de la coalition gouvernementale. “L’haj Hmad Akhannouch est l'un des fondateurs de l'UNFP (ancêtre de l'USFP, ndlr) dans le Souss et il a fortement soutenu notre parti durant de longues années”, explique le dirigeant ittihadi. “C'est vrai. Mon père a travaillé de manière très étroite avec les pères fondateurs de l'UNFP, puis de l'USFP. Il était très lié à Abbas Kabbaj, puis à Abderrahim Bouabid et Mehdi Ben Barka”, nous déclare le président du RNI. Au-delà des liens historiques entre la famille Akhannouch et l’USFP, Aziz Akhannouch et Driss Lachgar partagent la langue amazighe, et leurs origines berbères. “Même si Aziz Akhannouch parle l'amazigh avec un accent fassi”, précise, sur un ton amusé, le premier secrétaire de l'USFP. Pour rappel, cinq des six dirigeants de la majorité (El Othmani, Lachgar, Akhannouch, Sajid et Laenser) sont amazighs. “La question de l'origine est anecdotique. Il faut en revanche saluer la manière de se comporter du Chef du gouvernement, qui nous facilite beaucoup la tâche”, insiste Lachgar.

Mais alors, peut-on parler d'amitié entre Aziz Akhannouch et Driss Lachgar ? “Nous avons beaucoup de sympathie l'un pour l'autre, mais on ne peut pas dire qu’on soit amis, tient à souligner le chef de file de l'USFP. En revanche, nous avons beaucoup d'amis en commun”. Les deux hommes se fréquentent toutefois depuis plusieurs années. Tous deux ont été parlementaires en même temps, voire collègues au sein du même gouvernement (celui de Abbas El Fassi). Et puis, il y a le poids de l'histoire. Au moment où se préparait l'Alternance avec le gouvernement Youssoufi, le RNI, alors présidé par Ahmed Osmane, avait été l'un des principaux appuis des socialistes. “C'était une position noble que les Usfpéistes n'ont pas oubliée. C’est ce capital sympathie qui se perpétue avec Aziz Akhannouch à la présidence”, commente un dirigeant ittihadi. “L'USFP est un parti inscrit dans une logique de construction depuis longtemps et il le démontre toujours”, affirme Aziz Akhannouch, pour qui le “grand modèle” reste Abderrahmane Youssoufi.

Frères d'armes

Lors des tractations pour la formation du gouvernement, avec Abdelilah Benkirane puis avec Saâd-Eddine El Othmani, Aziz Akhannouch a été le principal appui de l'USFP. “J'ai été mis au courant, par Salaheddine Mezouar, sur ce qui allait se passer au sein du RNI juste après les élections du 7 octobre, et j'étais le premier dirigeant de parti à rencontrer Aziz Akhannouch quand il a accédé à la présidence. Il est venu me voir chez moi”, concède Driss Lachgar, qui ne cache pas une certaine “reconnaissance” au chef de file du parti de la colombe. Car, comme il l'a répété à maintes reprises, il n'était pas dans l'intérêt de l'USFP de se retrouver dans l'opposition.

Aziz Akhannouch prend, quant à lui, la défense des ministres socialistes, notamment lors des réunions du Conseil de gouvernement. C'est ainsi, nous rapportent des sources informées, qu'il s'était opposé à ce que le projet de réforme de l'administration soit retiré au socialiste Mohamed Ben Abdelkader, ministre chargé de la Réforme de l'administration et de la Fonction publique, au profit de Mustafa Ramid, ministre d'Etat chargé des Droits de l'homme. Et, le 12 septembre, lors de la présentation du bilan des 120 jours du gouvernement, c'est encore Aziz Akhannouch qui ré- serve une bonne partie de son allocution à louer les efforts consentis par le ministre USFP, Mohamed Ben Abdelkader.

Au parlement, par contre, aucune collaboration particulière entre les élus de l’USFP et ceux du RNI n’est à relever. “S'il y a une meilleure entente au sommet, au niveau des deux premiers responsables, elle n’a pas de répercussion à l’échelle des députés”, affirme une source au parti de la colombe. “Mais il y a une action commune entre tous les groupes de la majorité, sachant que la coordination la plus affirmée est celle des élus RNI et UC”, précise la même source. “Driss Lachgar a des positions claires. Il sait anticiper et c'est un bon négociateur. J'apprécie son engagement et ses convictions”, affirme Aziz Akhannouch.

Modernité et libertés individuelles

L'actuelle entente entre le RNI et l'USFP pourrait-elle déboucher sur une alliance à l'avenir ? “Nous avons beaucoup de points en commun : les valeurs d'égalité, de modernisme, voire la défense des libertés individuelles”, souligne Driss Lachgar, qui avoue au passage que son parti n'est plus tenu de restreindre ses alliances au seul cercle de la gauche. De son côté, Aziz Akhannouch a mis en avant les vertus de la social-démocratie pendant l'université d'été de la jeunesse de son parti. “Une alliance ? Pour le moment, nous sommes engagés dans une coopération étroite avec l'UC”, nous répond, laconique, un dirigeant rniste. Avant de se reprendre : “Mais nous ne savons pas de quoi demain sera fait. D’autant qu’avec l'USFP, nous avons un souci en commun, qui est régulièrement rappelé par Ssi Akhannouch : ce sont les intérêts supérieurs du Maroc.”

Mais si les relations entre le RNI et l'USFP sont au beau fixe aujourd’hui, ne risquent-elles pas un jour de connaître le même sort que celles du RNI avec le PAM ? L'avenir nous le dira. En attendant, une bonne ambiance règne entre les six partis de la majorité. Surtout que Benkirane continue de bouder les réunions au sommet de la coalition gouvernementale. Se tenant à l’écart, il ne trouble pas l’idylle entre Lachgar et Akhannouch.

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