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Edito- A bout de souffle

Crédit : TelQuel
Edito- A bout de souffle
janvier 08
11:00 2018
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Les drapeaux rouges frappés de l’étoile verte nationale, et des portraits de Mohammed VI. Les manifestants de Jerada ont retenu la leçon d’Al Hoceïma. “Nous avons des revendications sociales et n’essayez pas de nous en coller d’autres”, semble être le message envoyé par ces milliers de personnes qui manifestent chaque jour depuis le 22 décembre pour que l’Etat regarde dans leur direction. Ce dernier est jusqu’à présent réceptif et la volonté de chercher une solution est réelle. Pour éteindre un feu, comme il y en a eu précédemment à Al Hoceïma ou Zagora. Pour que “les gens rentrent chez eux”. Pour maintenir une stabilité, contre laquelle nous ignorons jusqu’à présent qui complote. L’évidence par contre : l’Etat n’a toujours pas le début d’une solution long terme à un déficit en développement auquel sont confrontées toutes les régions du Maroc. Aucune dynamique n’a été enclenchée dans ce sens depuis 2011. Et c’est cela le plus grave.

L’Etat a peut-être pensé, à tort, que le Mouvement du 20 février était une fièvre, un épisode de notre histoire, puis nous sommes passés à autre chose. Or, il y a sept ans, les Marocains ont enclenché un processus irréversible. Sûrement inspirés, sur la forme, par leurs voisins, ils ont exigé un changement dans la gouvernance de leur pays. Ils ont appelé à l’aide. Espérant que l’action de l’Etat converge vers leurs aspirations. Sur le fond, la comparaison avec les pays voisins n'a pas de sens — il n’a jamais été question d’un changement de régime —, mais elle a guidé de mauvais choix. Il y a eu réforme constitutionnelle mais rien pour le développement, véritable urgence. Or, cela révèle bien l’erreur de lecture qui a été faite de cet épisode. Dans un contexte de Printemps arabe, la peur a gagné l’Etat, qui a vite agi — on ne va pas le lui reprocher —, a éteint un feu, et a donc remporté un sprint. Malheureusement, il a ignoré la course de fond qui l’attendait. Les Marocains ont définitivement changé. Ils exigent des droits fondamentaux, une vraie dynamique de développement, dans le calme, avec civisme et sans menacer l’Etat.

A un moment donné, il va falloir regarder cette réalité sans œillères, se retrousser les manches et travailler pour répondre à ces aspirations. Nous n’osons pas écrire “légitimes”, tellement l’expression est désormais galvaudée. Or, pour amorcer un changement, l’obsession de la stabilité doit arrêter d’aveugler nos dirigeants. Car son pendant est l’inertie, l’absence d'initiative et, finalement, l’action demeure exclusivement guidée par l’urgence. Beaucoup trop de responsables publics espèrent finir leur service sans faire de vagues, épargnés par un problème social, et surtout loin des projecteurs. Trouver des solutions à nos problèmes de développement exige non seulement beaucoup d’effort intellectuel, mais un changement dans le système de représentation, de promotion et de sanction de l’Etat. Une partie de la génération qui est arrivée avec le règne de Mohammed VI a vieilli, elle est essoufflée, voire lassée, certains sont aigris, et d’autres uniquement soucieux de maintenir ce qu’ils ont bâti il y a presque vingt ans. Peut-on encore espérer une nouvelle approche portée par une nouvelle génération ?

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