Comment Abdelilah Benkirane été écarté par ses adversaires

Le Conseil national du PJD a finalement mis son véto à un troisième mandat d’Abdelilah Benkirane à la tête du parti à la lampe ce dimanche. Détails de la journée où tout s'est joué.

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Abdelilah Benkirane, samedi 25 novembre 2017, au Conseil national du PJD. Crédit: Rachid Tniouni / TelQuel

Abdelilah Benkirane ne pourra pas rempiler à la tête du parti islamiste. 126 membres de l’organe législatif du PJD ont voté contre les amendements de l’article 16 qui auraient permis à l’ancien chef du gouvernement de continuer de présider aux destinées du parti. Le patron du parti à la lampe a réuni 101 voix favorables, et quatre abstentions ont été enregistrées.

La tension entre opposants et partisans d’un troisième mandat de Benkirane est montée jusqu’aux derniers instants avant le vote secret du Conseil.

Ramid contre Aftati

L’affrontement s’est notamment manifesté lors de l’intervention du ministre d’État aux Droits de l’Homme, Mustapha Ramid, qui a plaidé contre un troisième mandat consécutif de Benkirane. Face à lui, Abdelaziz Aftati, ex-parlementaire d’Oujda, défendait la reconduction du secrétaire général actuel.

« Le roi m’a congédié, le parti a mis fin à mes responsabilités. Je suis tranquille maintenant« , s’est contenté de déclarer Abdelilah Benkirane devant la presse. Avant le vote sur les amendements de l’article 16 des statuts du parti et comme il est prévu par la loi, le mot a été donné aux deux courants.

Abdelaziz Aftati a déclaré à TelQuel Arabi qu’il a défendu « la nécessité de maintenir la source de force du parti« . Aftati estime également que Benkirane est « la seule personnalité qui a su combiner entre les deux modèles qui s’illustrent dans ses discours et ses positions politiques« . Pour l’ancien député d’Oujda, malgré le vote défavorable, « rien n’empêche le parti de continuer sur sa ligne dans ses choix futurs« .

De son côté, Mustapha Ramid, véritable opposant à la reconduction de Benkirane, a donné plusieurs exemples pour rejeter les amendements de l’article 16. Des sources au sein du Conseil national ont révélé à TelQuel Arabi que l’actuel ministre d’État aux Droits de l’Homme a évoqué lors de son intervention des institutions nationales qui accordent leur gestion interne pour un ou deux mandats seulement.

Selon des membres du Conseil national, le ministre aurait affirmé que le PJD doit se prémunir contre le modèle du président égyptien Abdelfatah Sissi ou encore l’ancien président Benali. L’ancien ministre de la Justice a surpris les membres du parlement du PJD en assimilant l’éventualité d’un troisième mandat de Benkirane à une « extension qui crée des dictatures « .

Pour Abdessamad Idrissi, membre du Secrétariat général et président de l’association des avocats du PJD, l’intervention de Ramid n’a pas « ciblé la personne de Benkirane ou l’analogie entre lui et les dictatures qu’il avait évoquées« . Idrissi, également opposé à la reconduite de Benkirane, explique que le PJD se base sur un « système présidentiel avec l’élection directe du secrétaire général, ce qui lui confère de larges pouvoirs« .

L’influence du MUR

Contrairement à plusieurs ministres qui s’opposaient à un troisième mandat consécutif de l’ancien chef de gouvernement à la tête du parti, comme Mustapha Ramid, Lahcen Daoudi, Mohamed Yatim, ou encore Aziz Rebbah, le porte-parole du gouvernement et ministre délégué chargé des relations avec le parlement et la société civile, Mustapha El Khalfi, a affiché son soutien à Benkirane. Selon plusieurs membres du Conseil national du PJD,  El Khalfi a affirmé que « la force du gouvernement El Othmani à l’avenir dépend une fois de plus de l’élection de Benkirane« .

Selon Mohammed Zaineddine, professeur de sciences politiques à l’université Hassan II de Casablanca, les sorties des leaders du Mouvement unicité et réforme (MUR) – à leur tête Ahmed Raissouni – contre les amendements de l’article 16 des statuts ont pesé au sein du Conseil national du parti.

De son côté, Mohamed Elhilali, membre du bureau exécutif du MUR, soutient que le mouvement n’interfère pas dans les affaires internes du PJD, que ce soit à travers ses communiqués, ou des déclarations de son président Abdelatif Chikhi..

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