Idées

Zakaria Boualem et la qualification du Maroc au Mondial

Zakaria Boualem et la qualification du Maroc au Mondial
novembre 21
10:11 2017
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Zakaria Boualem vous aime, les amis. Oui, aujourd’hui, il aime tout le monde, sans exception : les barbus moralisateurs, les moqaddems fouineurs, les policiers à moustache, les gars du PAM, les caïds et les super-caïds, les grimistes, les rappeurs patriotiques, les chauffeurs de taxi qui pointent à la gare, les concepteurs des pubs du ramadan, les bouchers louches, la RTM, ceux qui créent les commissions penchées, et même ceux qui mettent des pantacourts ou qui cliquent sur Chouf TV. C’est magnifique. Il n’a jamais connu une euphorie aussi puissante, lui qui exprime ses états d’âme dans les pages de cet estimable magazine depuis une quinzaine d’années. Au contraire, durant cette période affreuse, il a pu explorer dans leurs moindres recoins les abysses émotionnelles dans lesquelles cette équipe nationale nous a plongés.

Zakaria Boualem a beaucoup souffert, c’est incontestable. Il a connu toutes les formes d’élimination possibles, tous les coups du sort, même les plus cruels. La déception, la résignation, la dépression, et aussi ce mélange de honte et de rage qui donne envie de s’intéresser au tennis de table avec abnégation. Il a même été tenté, le bougre, de faire comme ses nombreux amis qui se sont inventé une passion pour un club étranger dans une sorte de mouvement de hrig footballistique désespéré. Tout ceci est fini, nous sommes désormais glorieux. Une décharge de bonheur s’est abattue sur nos têtes, au terme d’un match tellement dégueulasse que ça en était jouissif. Un match au cours duquel Nabil Dirar a marqué le genre de buts que nous avons longtemps eu l’habitude d’encaisser, et que le valeureux Amrabat a éclaboussé de sa rage de triporteur. Les célébrations ont été à la hauteur de la douleur que nous avons endurée. Nous avons festoyé avec honneur, c’était très beau. Même si on avait un peu perdu l’habitude, il faut le dire. C’est bien simple : on ne sait même plus comment encourager cette équipe, quelle chanson chanter, il faut tout reprendre à zéro les amis.

Maintenant, le Boualem vous doit une explication. Tout ce qui s’est passé est irrationnel, mais logique. Il y a exactement trois ans, il était tombé sur ce témoignage, publié dans les pages de ce même magazine, qui proposait une explication à l’extraordinaire poisse qui nous poursuivait. A la question de savoir si nous étions maudits, ou victimes d’un maléfice, un observateur attentif du football national, sous couvert d’anonymat, répondait : “En 2004, l’équipe nationale est revenue de la CAN auréolée de gloire, après sa finale contre la Tunisie. Elle a atterri le 15 février à Agadir et elle a été reçue au palais royal. Le même jour, par un fait du hasard, les prisonniers marocains retenus dans les geôles de la RASD, libérés après des années de souffrance, ont atterri dans le même aéroport. Ils ont pensé que la réception était en leur honneur. Quand ils se sont rendus compte qu’il s’agissait d’accueillir des footballeurs défaits, et que rien n’avait été prévu pour eux, ils ont proféré des douâe pour punir le football de ce pays.” Vous pouvez vérifier les dates, cette théorie se tient. Lorsque le Boualem a vu qu’une chaîne nationale avait consacré un reportage à la gloire de ces prisonniers cinq jours avant le match, il a aussitôt compris que la page était tournée. Il aurait fallu le faire avant, notez bien, au lieu de recruter des entraîneurs par paquet de quatre pour les virer aussitôt. On aurait pu avoir les mêmes résultats avec l’Olympique de Safi, et ça aurait coûté moins cher. Oublions cette sinistre période, et regardons vers l’avant. Dans huit mois, les amis, nous serons épargnés des ignobles polémiques auxquelles nous avons été habitués. Faut-il soutenir le Nigéria parce qu’on est africain, la Tunisie parce qu’on est maghrébin, l’Egypte parce qu’on est arabe, l’Argentine parce qu’on aime Messi, le Portugal si on est du Real, et quelle est la place de l’Algérie dans cette affaire s’il vous plaît ? Cette fois, on s’en fout, on a une équipe à nous. On est tous ensemble, et ça fait du bien.

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