Economie

Une vingtaine de salariés bloquent la délocalisation de l'usine de Maghreb Industries (chewing-gum Flash)

Une douzaine de salariés font un sit-in sous le soleil. Crédit : Yassine Toumi
Une vingtaine de salariés bloquent la délocalisation de l'usine de Maghreb Industries (chewing-gum Flash)
novembre 13
13:51 2017
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Depuis plus d'un mois, une vingtaine de salariés font grève devant l'usine Maghreb Industries, qui produit entre autres les célèbres chewing-gums Flash. Ils s'opposent au transfert de l'usine d'Ain Sebaâ vers Nouaceur, malgré le protocole d'accord signé entre le syndicat majoritaire (UMT) et la direction.

Sous une bâche blanche tenue par de maigres poteaux de bois, des matelas sont installés le long des murs de Maghreb Industries, producteur de confiseries, dont les célèbres chewing-gums Flash. Allongés, assis et tournant en rond, une douzaine de salariés de l'usine dont s'échappe une légère odeur mentholée protestent contre la délocalisation de l'usine d'Ain Sebaâ vers le nouveau site de Nouaceur.

Depuis plus d'un mois, ils dorment et vivent devant l'entreprise, et sont même allés jusqu'à empêcher par trois fois le travail des quelque 400 employés de l'usine de confiserie. Leur but: empêcher le transfert d'équipement. "Les gens ont travaillé toute leur vie dans cette entreprise à Ain Sebaâ. Ils préfèrent se faire virer", revendique Salah Eddine Chamssi, l'un des salariés, qui fait partie du Syndicat populaire des salariés (SPS) créé un an auparavant, dans la foulée de la signature de l'accord entre la direction et le syndicat majoritaire de l'Union marocaine du travail (UMT), le 27 octobre 2016.

Un protocole d'accord négocié suite au "feu vert de l'ensemble des salariés", rappelle Abdessamad Abdani, secrétaire général de la cellule UMT au sein de Maghreb Industries. "Pour les grévistes, il me semble que c'est un prétexte pour demander des indemnités de licenciement", estime pour sa part Hakim Marrakchi, PDG de Maghreb Industries.

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Crédit : Yassine Toumi

Adil Mlaachir, ancien membre du bureau de l'UMT, a d'abord signé l'accord avant de s'en détacher et devenir le secrétaire général du SPS. "Nous nous sommes rendu compte qu'une deuxième société, nommée Flash Candy, a été créée sur le site de Nouaceur. Nous voulons nous assurer que nous restons bien dans Maghreb Industries et que nous gardons notre ancienneté", explique-t-il.

L'entité en question est une société indépendante qui a été créée deux ans auparavant pour faire de l'emballage et des services industriels distincts, nous confirme Hakim Marrakchi, le propriétaire des deux sociétés. ",Mais ce sont des salariés qui ne viennent pas du tout de Maghreb Industries qui y travaillent", nous garantit-il.

Ce que les salariés gagnent avec l'accord

Si les syndicalistes de l'UMT étaient d'abord contre cette délocalisation, le protocole d'accord signé a permis d'imposer des conditions qu'ils estiment "à l'avantage" des salariés, suite à six ou sept réunions. "Nous avons imposé que le transport et la restauration soient gratuits pour tous les salariés, ainsi qu'une augmentation de salaire d'environ 5% pour tous", nous explique Abdessamad Abdani de l'UMT. D'après lui, la direction était "très à l'écoute" puisque "toutes les revendications ont été acceptées".

Le bureau du syndicat UMT de Maghreb Industries a négocié avec la direction pour imposer leurs revendications. Yassine Toumi

Le bureau de la branche UMT de Maghreb Industries a négocié avec la direction pour imposer ses revendications. Crédit: Yassine Toumi

Au total, il estime que les salariés économisent au moins une trentaine de dirhams par jour, soit près de 700 dirhams par mois. En contrepartie de ces avantages, "la  société demande plus d'efforts de production de la part des salariés", précise tout de même Abdessamad Abdani.

Les grévistes, qui rejettent le protocole initial, ont été reçus par la préfecture pour signer un nouvel accord où l'entreprise s'engage à leur donner du travail à Ain Sebaâ. "Ils sont tout de même retournés à la grève", souligne Hakim Marrakchi. Les salariés expliquent de leur côté avoir essayé d'aller travailler. L'accès aux locaux de l'usine leur aurait été interdit par les agents de sécurité.

Impact de la grève

Pour l'instant, seulement 70% des machines et du personnel ont été déplacés jusqu'à Nouaceur. Soit deux mois de retard par rapport à l'agenda fixé par le protocole d'accord, nous assure Hakim Marrakchi.

Au troisième étage, dans l'administration, il règne une atmosphère de déménagement en suspens. Des cartons s'empilent dans les bureaux. Au 1er étage, les machines ont disparu pour laisser la place à des cartons, des plastiques et du stock.

Au niveau du découpage et de l'emballage des chewing-gums Flash, la moitié des salariés et leurs machines ont déjà rejoint les nouveaux locaux. Dans les couloirs sombres, le protocole d'accord est cloué au mur, "pour que tous les salariés puissent le lire", nous explique Abdessamad Abdani.

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L'une des machines est bloquée par les salariés en grève: dès qu'ils essaient de la sortir, les grévistes s'allongent sur la route pour bloquer le transport de la machine d'un site à l'autre. Celle-ci, d'une capacité de 1,5 tonne, est destinée à enrober les confiseries pour leur donner leur aspect final.

Mise à l'arrêt depuis plusieurs semaines, elle freine la production qui est censée être de 3 tonnes par jour, et qui n'est assurée que par deux machines à Ain Sebaâ et une troisième, d'une capacité de 500 kilos, à Nouaceur.

machine chewing gum

500.000 de dirhams de surcoût par mois

"Notre investissement de 200 millions de dirhams dans ce projet est freiné. J'estime déjà à 500.000 dirhams de surcoût par mois en énergie du fait que nous utilisons encore l'ancienne usine alors que la nouvelle est autonome en énergie grâce à des panneaux solaires fixés sur le toit", estime Hakim Marrakchi.

"D'autres aspects ne sont pas encore quantifiables, comme les commandes auxquelles nous ne répondons pas, les retards de production et les cadres partagés entre deux usines", poursuit le chef d'entreprise. Une troisième usine est en cours de construction sur le même site de Nouaceur, grâce à un financement de la BERD de 4,6 millions d'euros.

"Nous avons immédiatement saisi la justice et nous avons obtenu un jugement favorable en référé auprès de la Cour d'appel de Casablanca qui donne l'ordre au procureur d'accompagner avec la force publique pour libérer les équipements", nous explique Hakim Marrakchi.

Pourtant, il assure que les forces auxiliaires sont venues sans agir. "J'ai eu un appel d'un membre du gouvernement qui m'a dit qu'il s'en occupait, cela devrait bouger dans les jours à venir", espère-t-il.

Les raisons de la délocalisation

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Une ligne de production de chewing-gums. Yassine Toumi

Alors que l'usine Maghreb Industies avait d'abord pris ses quartiers dans le Maarif à Casablanca, elle a déménagé en 1971 sur l'emplacement d'Ain Sebaâ, et l'a agrandi en 2006. Mais l'usine de 46 ans ne respecte plus les normes internationales fixées par les clients à l'exportation, et est mise à l'amende à chaque audit. "Nous avions besoin de normes que nous ne pouvons plus assurer, mais nous voulions aussi investir dans de nouvelles lignes de production et donc dans plus d'espace pour faire notre extension et augmenter notre production", explique Hakim Marrakchi qui exporte ses produits aux États-Unis, en Allemagne, en France ou en Turquie. Le patron de l'entreprise dit aussi anticiper aussi le développement de Casablanca où les camions n'auront plus accès au site d'Ain Sebaâ. "Nous sommes aussi dans une zone qui n'est plus tout à fait industrielle. Il y a des habitations en face, il y a certaines nuisances comme la pollution qui sont occasionnées à la population", conclut Hakim Marrakchi.

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