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EDITO - Le Hirak avait raison

Crédit : TelQuel
EDITO - Le Hirak avait raison
octobre 28
08:19 2017
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Ils avaient raison tous ces militants du Hirak. Ces habitants d’Al Hoceïma qui se sont élevés contre le non-respect des engagements de l’Etat. Ces Rifains fiers insultés par les patrons des partis de la majorité. Ces femmes et ces hommes dignes, qui ont manifesté de longs mois, dans le calme et sans violence — à quelques débordements près. L’Etat leur a promis monts et merveilles dans un programme à 6,5 milliards de dirhams. Ces citoyens n’ont pas vu la couleur de la plupart de ces projets. Mardi 24 octobre, Driss Jettou, premier président de la Cour des comptes, a confirmé ces griefs devant le roi. Mohammed VI a sanctionné. Que tous ceux qui ont qualifié les manifestants de séparatistes, d’ennemis de la nation, puissent désormais se sentir petits. Nous le disions, le Hirak n’était pas une révolution qui menaçait l’Etat. Mais une expression de citoyenneté, et une pression nécessaire exercée par la rue sur ceux qui dirigent.

Nous pouvons regretter la brutalité des sanctions qui ont suivi ce fameux mardi. Un très long communiqué du cabinet royal — le plus long de l’ère Mohammed VI — a ainsi mis fin à la carrière de certains hauts commis de l’Etat, des gens d’une grande valeur, et d’autres pour lesquels nous avons une réelle affection. Il est dur de servir l’Etat dans un système politique comme le nôtre. “Quand tu fais quelque chose de bien, c’est à mettre au crédit de la monarchie. Quand tu te rates, c’est de ta faute. C’est le sacerdoce d’un commis de l’Etat”, nous résumait un jour un important dirigeant public. Au-delà de ces considérations, les faits sont têtus et les responsabilités clairement établies et étayées par les magistrats de la Cour des comptes. Les ministres sanctionnés n’ont pas volé et n’ont pas Le Hirak avait raison détourné de l’argent public. Ils sont par contre responsables de retards, de la non-réalisation de projets et d’avoir voulu se défausser en dé- léguant leurs projets à l’Agence de développement du Nord. “Dans la précipitation, cette agence s’est retrouvée à adjuger entre trois et quatre marchés par jour. Comment pouvez- vous adjuger correctement autant de marchés ? Impossible”, nous explique une source proche du dossier. Mohammed VI devait donc sanctionner. Et le message envoyé par le souverain a été reçu cinq sur cinq dans l’enceinte du tribunal qui jugeait des militants du Hirak (lire dossier page 30).

Il serait en revanche illusoire d’imaginer que ces sanctions isolées puissent consacrer la reddition des comptes. Seul un système basé sur l'État de droit, la suprématie de la loi et le respect des pratiques démocratiques permettra d'inscrire ce principe dans l’exercice des fonctions publiques. Nous n’en sommes pas du tout là. Néanmoins, le cas Al Hoceïma est en train de faire muer l’Etat. A sa charge maintenant d’aller au bout de cette logique. D’abord en revoyant ce programme de développement qui en réalité n’en est pas un. Au départ mal ficelé, avec très peu de projets bien identifiés, aux financements acquis et au foncier apuré. Manarat Al Motawassit doit être revu à l’aune de cette question : ces 644 projets permettront ils de générer une réelle activité économique et créer des emplois ? Ce n’est pas dit, répond déjà la Cour des comptes.

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