Farid Masmoud: "Le modèle marocain de finance islamique est mature, solide, et intégré"

La Société islamique pour le développement du secteur privé (SID) est la filiale de la Banque islamique de développement chargée de soutenir les projets privés. Détenant un capital de quatre milliards de dollars, elle a participé à la création de plus d'une dizaine de banques participatives à travers le monde musulman. Farid Masmoudi, directeur du développement et partenariat international de SID, revient avec Telquel.ma sur l'expérience marocaine.

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Farid Masmoudi, directeur du développement et partenariat international de SID

Telquel.ma: La SID est une banque de développement qui n’a pas de vocation commerciale. Mais vous détenez 49% d’une banque commerciale (Al Akhdar Bank, lancée le 16 octobre avec le Crédit Agricole, NDLR). Comment faites-vous cohabiter ces deux visions?

Farid Masmoudi: La SID n’est pas une banque commerciale et elle n’est pas régie par une banque centrale. Nous sommes une institution de développement régie par des règles d’association. Cela veut dire que nous n’avons pas le même horizon en termes de temps. Cela dit, dans nos activités nous allons investir dans des banques commerciales et assurerons le suivi nécessaire de ces investissements sur les plans de l’efficience et de la rentabilité.

Le fruit de ces investissements nous permet d’avoir les moyens de financer notre mission de développement. Pour précision, nous ne distribuons pas le profit généré aux actionnaires. Nous pensons qu’Al Akhdar Bank va générer des profits pour ensuite le redistribuer dans un pays où il générera plus de développement, mais dans lequel nous ne dégagerons pas le même profit.

Par ailleurs, une des missions de la SID c’est l’inclusion financière. Quand nous investissons dans une banque comme Al Akhdar, nous contribuons clairement à améliorer l’inclusion financière dans un pays.

Vous avez 11 autres filiales dédiées à la finance participative. Comment évaluez-vous l’expérience marocaine dans ce domaine par rapport à d’autres pays où vous avez également vécu l’expérience?

Quand on est dans le prisme maroco-marocain, on entend que le pays est en retard et que les choses avancent doucement… Mais je peux vous dire que le travail fait au Maroc est l’un des meilleurs au monde, selon mon expérience. Il y a ici un cadre réglementaire qui est en train de se mettre en place avec une structure qui va permettre d’accompagner le secteur sur le long terme. Il y a d’autres pays où il y a des banques islamiques sans aucun texte de loi, ou alors les banques islamiques peuvent à la fois proposer de la banque islamique et de la banque conventionnelle…

L’orientation prise par le Maroc à travers un Conseil Supérieur des Oulémas centralisé apporte une certaine solidité, une crédibilité et surtout une expertise qui pourra demain s’exporter, car le modèle marocain est mature. Ce n’est pas le cas dans d’autres pays.

Je dirais même qu’il n’y a aucun pays capable de dire « je peux exporter mon modèle« . La Malaisie, qui est un peu avancée sur ce sujet, s’interroge encore sur sa capacité à exporter son modèle, car elle a très peu de banques qui ont investi à l’étranger. Donc le modèle marocain, malgré le fait qu’il arrive tard, sera solide et intégré. Et ça, c’est important.

Vous l’avez dit, le Maroc a pris un peu de retard dans ce domaine. Et même si les banques ouvrent les unes après les autres, l’écosystème n’est pas encore complet. Est-ce qu’il n’aurait pas fallu attendre un peu plus que tout se mette en place ?

Pour Al Akhdar Bank, on a pris le temps d’écouter le marché et les attentes des uns et des autres et surtout d’aller au même rythme que l’adoption de la réglementation. Je rappelle ce que j’ai dit tout à l’heure: nous sommes une banque de développement, nous avons le temps. Ce qui n’est pas forcément le cas d’autres acteurs du marché qui n’ont pas le même rapport au temps. Ils sont à la recherche d’un rendement plus rapide. Nous sommes sereins, car nous sommes prêts à prendre le temps que prendront les autorités.  Nous sommes conscients que construire un modèle financier alternatif nécessite du temps.

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