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Le référendum pour l'indépendance du Kurdistan, moyen de pression plus que d'émancipation

Des Kurdes irakiens manifestant en faveur de l'indépendance du Kurdistan, le 13 septembre 2017, à Erbil. Crédit : Safin Hamed / AFP
Le référendum pour l'indépendance du Kurdistan, moyen de pression plus que d'émancipation
septembre 19
13:59 2017
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Les Kurdes d'Irak doivent voter le 25 septembre pour l'indépendance, mais pour les experts, ce référendum est plus un moyen de renégocier avec Bagdad la part des Kurdes dans l'économie et la politique que le début de la partition du pays.

Massoud Barzani, président de cette région autonome du nord de l'Irak, a annoncé en juin la date de ce référendum, que Bagdad ne reconnaît pas. Depuis, les rues d'Erbil se sont couvertes de drapeaux kurdes. Et, ces derniers jours, d'immenses foules enthousiastes ont acclamé dans des stades ou des amphithéâtres remplis M. Barzani, qui sillonne le Kurdistan et multiplie les meetings. Aussitôt l'annonce faite, les appels à l'annulation ont plu de l'étranger. Pourtant, dès juillet, le représentant d'Erbil à Téhéran, Nazem Dabbagh, a affirmé à l'AFP que le référendum visait plus à "régler (les) problèmes avec l'Irak" qu'à s'en "séparer".

Seul Israël a dit soutenir l'indépendance. Les pays voisins, Washington et d'autres plaident pour que le Kurdistan, autonome depuis 1991, règle ses différends avec Bagdad sans découper l'Irak, où les jihadistes tiennent encore deux fiefs. Le ministre britannique de la Défense, Michael Falon, était ainsi à Erbil lundi pour redire l'opposition de Londres, tandis que l'ONU a présenté des "alternatives" à M. Barzani.

Dans le même temps, le ton s'est durci entre Bagdad et la région autonome avec la décision de la Cour suprême irakienne, plus haute juridiction du pays, de suspendre le vote. Mais Massoud Barzani a semblé jusqu'ici décidé à maintenir la pression pour renforcer sa position face à Bagdad mais aussi face à ses opposants. Car, au Kurdistan, électeurs et politiciens ne discutent pas tant l'idée d'un État --le rêve de tous depuis longtemps-- que celui du calendrier visant, selon eux, à maintenir au pouvoir M. Barzani, au mandat expiré depuis deux ans.

D'autres, comme la Turquie, inquiète à l'idée qu'Erbil suscite les velléités séparatistes de sa minorité kurde, ont menacé le Kurdistan, évoquant "un prix" à payer en cas de victoire du "oui". M. Barzani a prévenu que ce résultat ne mènerait pas à une déclaration d'indépendance immédiate mais plutôt au début de "discussions sérieuses avec Bagdad".

Alors que de nombreuses questions épineuses restent en suspens, "Massoud Barzani veut obtenir des avantages tout azimuts", explique à l'AFP Karim Pakzad, de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Il réclame "un plus grand rôle politique et économique ainsi que la reconnaissance du droit des Kurdes à exploiter et exporter le pétrole du nord", poursuit ce spécialiste de l'Irak. Et des Etats-Unis, il espère plus d'aide, notamment militaire.

Depuis des mois, rapporte à l'AFP Nozad Mohammed, instituteur à Souleimaniyeh, le gouvernement local "affirme que c'est la crise" et a réduit les salaires des fonctionnaires. "J'étais payé 1,2 millions de dinars irakiens (environ 860 euros), mais je ne perçois plus que 400.000", se lamente-t-il. La priorité d'Erbil est donc de renégocier, en position de force, "le versement de la part du Kurdistan dans le budget national, bloqué actuellement du fait de l'exportation unilatérale du pétrole par la région autonome sans passer par Bagdad et le budget des peshmergas" (combattants kurdes), décrypte M. Pakzad.

L'autre grand dossier, ce sont les zones qu'Erbil et Bagdad se disputent, faisant valoir le poids démographique des Arabes et des Kurdes. Le Kurdistan a déjà élargi de fait son territoire et les peshmergas ont pris le contrôle de zones hors de ses frontières en profitant des reculs des jihadistes dans le nord.

Dans ces zones où les combats contre le groupe Etat islamique (EI) ont laissé une myriade de forces paramilitaires chiites, kurdes, sunnites ou encore turkmènes, le spectre du confessionnalisme et des affrontements entre minorités pointe de nouveau. C'est vers Kirkouk, riche province pétrolière rattachée à Bagdad, que tous les regards sont tournés, tant les ingrédients pour une explosion sont réunis. La province, où vivent de nombreuses minorités, a décidé de passer outre l'accord du gouvernement pour organiser le référendum sur son territoire. En retour, Bagdad a limogé son gouverneur, kurde, qui refuse de quitter son poste. Sur place, la rumeur va crescendo sur des distributions d'armes dans les différentes communautés. Hadi al-Ameri, le chef de l'organisation Badr, puissant groupe paramilitaire chiite soutenu par Téhéran, a mis en garde contre une "guerre civile".

Et les rivalités pointent également entre Kurdes. "Avant le référendum, il faut mettre de l'ordre dans les affaires internes kurdes et mener un vrai dialogue avec les pays voisins pour qu'ils nous soutiennent", dit à l'AFP Rebouar Khouder, porte-parole de la Jamaa islamiya, proche de l'Iran. Dans ce référendum à l'issue connue, le véritable enjeu n'est pas le résultat mais la participation, ont expliqué à l'AFP des responsables kurdes. Si elle n'atteint pas 70%, ce sera un échec, selon eux.

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