Société

Reportage: Entre Al Hoceïma et Oukacha, le drame des familles des détenus du Hirak

Reportage: Entre Al Hoceïma et Oukacha, le drame des familles des détenus du Hirak
septembre 06
16:32 2017
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Entre 75 et 80 membres des familles des détenus du Hirak se retrouvent tous les mercredis à Casablanca pour rendre visite à leurs frères et fils incarcérés à la prison d'Oukacha, en attendant leur jugement. Ambiance.

1.200 kilomètres et 24 heures de route. C'est l'aller-retour qu'effectuent toutes les semaines des dizaines de familles d'Al Hoceïma, d'Imzouren et des villages avoisinants, qui vont à la prison d'Ain Sebaâ à Casablanca, pour rendre visite aux détenus du Hirak.

Si les plus aisés d'entre eux viennent en voitures, "la majorité fait le trajet dans un bus mis à disposition par le Conseil national des droits de l'Homme", nous fait savoir Amine, un membre du comité de soutien des détenus à Casablanca.

Tous les mardis soir, le bus démarre d'Al Hoceïma vers le coup de 22 heures. Il marque un arrêt à Imzouren pour y récupérer quelques familles, avant de prendre la route vers la capitale économique. "Le voyage est éprouvant. Certaines personnes s’assoient à même le plancher du bus, car il n'y a pas assez de places", décrit le père de Bilal Ahbbad, l'un des plus jeunes détenus. Après environ 12 heures de route, le bus passe enfin le portail de la prison d'Oukacha.

12h30. Ahmed, le père de Nasser Zefzafi est le premier à quitter le centre pénitentiaire, en compagnie de Tarik, son autre fils. Non sans humour, il salue les membres du comité qui l'attendent à l'ombre, au sortir d'un couloir long d'une vingtaine de mètres. "Nasser se porte bien, tout ce qu'il demande, c'est un procès équitable, et de pouvoir dire ce qu'il a à dire", lance-t-il.

Le reste des familles sort au compte-goutte, à des dizaines de minutes d'intervalle. Le père d'Ilyas Hajji se contente d'implorer la grâce divine, avant de se diriger vers sa voiture et de quitter les lieux: "nous espérons que Dieu nous sortira de cette fitna (discorde, NDLR). C'est tout ce que nous demandons".

Malgré la fatigue et la souffrance, la majorité des membres des familles des détenus gardent le sourire. Ils s'accordent pour dire que leurs proches incarcérés "sont en bonne santé, moralement et physiquement. Ils sont optimistes, et nous ne devons que l'être avec eux".

À 15 heures et demie, le bus sort de la prison, escorté par deux policiers en moto. Le cortège se dirige vers les locaux de l'association Solidarité Féminine, à une poignée de kilomètres d'Oukacha. Le comité de soutien y organise un déjeuner en faveur des familles. L'ambiance est bon enfant et on s'échange les nouvelles des détenus.

"Mon fils a été arrêté injustement, juste parce qu'il apparaissait dans une vidéo de manifestation en compagnie de Nasser Zefzafi", déplore un quinquagénaire originaire d'Al Hoceïma. "Aujourd'hui, il va bien. Il passera devant le juge mardi prochain, je prie tous les jours pour qu'il soit acquitté", poursuit-il.

Le comité de soutien aux détenus prépare une collecte de fonds pour financer la rentrée scolaire des enfants des familles des détenus. "Parmi les 49 détenus d'Oukacha, certains assuraient l'unique rentrée d'argent pour leurs proches", explique encore Amine. Pour l'instant, 26 enfants ont été recensés. L'objectif est de rassembler assez de fonds en interne pour offrir sacs, fournitures et uniformes à ces écoliers.

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