Monde

France: "Principal de collège ou Imam de la République", le nouveau livre qui fait débat autour de l’Islam

Bernard Ravet, l'auteur du nouveau livre à polémique au sujet de l'Islam en France. (Europe1)
France: "Principal de collège ou Imam de la République", le nouveau livre qui fait débat autour de l’Islam
septembre 03
15:27 2017
Partager

Un ancien directeur de collèges sensibles de Marseille suscite le débat en France en dénonçant dans un livre la "loi du silence" qu'il dit avoir affrontée face à "l'emprise" de l'islamisme.

"Imam de la République": c'est ainsi que Bernard Ravet, 64 ans, principal (directeur) de trois collèges situés dans des quartiers très défavorisés de Marseille (sud-est) entre 1999 et 2012, se rebaptise dans son livre, paru pour la rentrée ("Principal de collège ou imam de la République", éditions Kéro).

L'ancien chef d'établissement relate ses années passées à "maintenir les valeurs de la République contre vents et marées", face aux difficultés sociales, à la violence et au trafic de drogue, ainsi qu'aux tentatives d'entrisme de l'islam, parfois radical.

"Il y a urgence", clame M. Ravet, qui déplore l'abandon dont seraient victimes les personnels des collèges de la part de l'Éducation nationale "face à la montée de l'emprise du religieux".

L'auteur en égrène quelques exemples: la découverte qu'un surveillant se livre au prosélytisme, la lutte autour de "la grille", que de plus en plus d'élèves tentent de franchir voilées, ou l'antisémitisme qui le contraint, préventivement, à orienter un élève juif venu d'Israël vers un collège confessionnel.

"Depuis plus de dix ans, le fanatisme frappe à la porte de dizaines d'établissements. Il cherche à empiéter sur le territoire physique de la République, centimètre par centimètre, en imposant ses signes et ses normes", résume-t-il. "Il faut en finir avec la loi du silence" plaide l'ancien principal qui affirme s'être "longtemps tu par respect du devoir de réserve".

Son cri d'alarme ne passe pas au SNPDEN, le syndicat ultra-majoritaire des chefs d'établissements, qui dénonce une approche "globalisante" et "contre-productive": le livre "pourrait laisser penser qu'il dit tout haut ce que la majorité d'entre nous ne pourraient exprimer. Or ce n'est pas le cas".

"Le bouquin donne un côté à la fois systématique et dramatique à la question en faisant comme si rien n'était fait", regrette de son côté Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU, le premier syndicat des enseignants des collèges et lycée. "Il ne s'agit pas de nier qu'il y a un certain nombre de problèmes", mais les chefs d'établissement "ne restent pas passifs".

"Oui, il y a plus de filles voilées qu'avant, oui, les élèves font tous ou presque le ramadan, oui, ils mangent halal", témoigne de son côté sous couvert d'anonymat auprès de l'AFP une enseignante du collège marseillais Versailles, cité à de nombreuses reprises dans le livre.

Elle récuse cependant l'idée d'une "+islamisation+ du collège", voyant dans ces évolutions des changements visibles dans l'ensemble de la société, dans un pays où le débat sur la place de l'islam, deuxième religion en France (environ 5 millions de fidèles estimés), s'est imposé sur la place publique.

L'académie d'Aix-Marseille recense quelques "difficultés de fonctionnement" de certains établissements autour du ramadan ou des "objections" essuyés par des profs de sciences lors de leurs cours, et "ne nie pas ces défis", mais "ce n'est pas massif", pointe de son côté le recteur, Bernard Beignier.

"Le grave défaut de ce livre, c'est un problème de concordance des temps. On ne peut pas dire que ça se passe pareil en 2017", après la vague sanglante d'attentats islamistes qui a fait 239 morts en France depuis deux ans et demi et qui a constitué "un électrochoc": "l'attention de tous est aujourd'hui portée vers le risque de radicalisation", assure-t-il.

"Nous ne sommes pas à l'abri" de tentatives "d'entrisme de la part de certains mouvements intégristes", reconnaît-il, mais aujourd'hui ces faits sont signalés de manière "extrêmement simple" au rectorat, et répercutés à la préfecture de police.

"Ne pas dire, c'est une forme d'autocensure", affirme de son côté l'auteur du livre, interrogé par l'AFP. Déçu par les critiques de ses ex-collègues, Bernard Ravet affirme avoir reçu des témoignages d'enseignants qui vivent des situations comparables.

 

Tags
Partager

Lire aussi

Nous suivre

Retrouvez le meilleur de notre communauté

facebook twitter youtube instagram rss