Maroc

Les confidences d'Adouma sur son agression et son quotidien de gay au Maroc

Photo prise sur le facebook d'Adouma
Les confidences d'Adouma sur son agression et son quotidien de gay au Maroc
août 31
10:28 2017
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La semaine dernière, le YouTubeur Adouma a été agressé à Tanger, après avoir été la cible d'une publication homophobe du réalisateur Mahmoud Frites. Il nous raconte son agression et se confie sur son quotidien difficile d'homosexuel au Maroc.

Le vendredi 25 août, Adam Lahlou, alias Adouma sur les réseaux sociaux, montre à ses 200.000 fans sur Facebook des photos de l'agression dont il a été victime, deux jours après avoir été la cible d'un post homophobe du réalisateur Mahmoud Frites. Que s'est-il réellement passé ? Et qui est l'homme derrière le personnage "Adouma"?

"L'agression a eu lieu dans un quartier résidentiel de Tanger vendredi dernier en début d'après-midi", nous explique Adam Lahlou. "Deux hommes m'ont arrêté dans la rue sous prétexte de vouloir prendre des photos avec moi. Un troisième les a rejoints et c'est à ce moment qu'ils ont commencé à m'insulter. Ils ont essayé de voler mes affaires, mais heureusement je n'avais pas d'objet de valeur. Ensuite, ils m'ont frappé violemment", raconte-t-il encore sous le choc.

Sur le contenu des insultes, Adouma se dit gêné et ne nous en dira pas plus. Selon lui, l'agression a duré une vingtaine de minutes. "Les résidents aux alentours m'ont entendu crier et sont sortis pour voir ce qui se passait, mais personne n'a rien fait. Je me suis échappé en hélant un taxi, j'ai dû me mettre au milieu de la route pour qu'il s'arrête".

Adouma n'a pas porté plainte auprès de la police, "pour ne pas avoir de problèmes avec ma famille et ne pas laisser de trace écrite au niveau judiciaire", avance-t-il.  "J'ai peur des policiers, car il y a quelque temps, deux policiers m'avaient insulté dans la rue en me disant 't'es pas un homme, t'es gay'".

La Commission régionale des droits de l'Homme (CRDH) de Tanger nous indique ne pas avoir reçu de plainte et s'abstient de réagir à cette agression en l'absence d'éléments en sa possession.

Insulté par Mahmoud Frites dans un post homophobe

Deux jours avant l'agression d'Adouma, le réalisateur Mahmoud Frites avait posté une photo du YouTubeur apparaissant avec un caftan et une fausse poitrine, ainsi légendée: "je ne comprends pas les personnes qui violent une ânesse, une handicapée, une personne âgée, un nourrisson, leurs enfants et ne s’approchent pas de gens qui, non seulement rêvent d’être violés, mais qui en plus sont prêts à payer pour être violés".

mahmoud frites

Violemment critiqué sur les réseaux sociaux pour cette sortie homophobe, Mahmoud Frites avait confirmé ses dires dans un message Facebook à l'un de ses contacts: "je parle d'un homo qui habite à Tanger et n'arrête pas de partager des vidéos qui contiennent des mots vulgaires pour exciter les jeunes garçons". Contacté par nos soins, le réalisateur Mahmoud Frites n'a répondu à nos sollicitations.

Particulièrement choquée par les propos du réalisateur Mahmoud Frites, une association française de défense des LGBT (lesbienne, gay, bi, trans), ADHEOS, a adressé une lettre ouverte au ministre de l'Intérieur français Gérard Collomb, lui demandant "l'interdiction de territoire français du réalisateur Mahmoud Frites après son appel public au viol des homosexuels".

Si Adouma établit dans son post Facebook un lien entre son agression et le post de Mahmoud Frites, il nous précise cependant que ses agresseurs n'ont pas fait référence aux insultes du réalisateur. Rien ne permet donc d'établir une relation entre les deux agressions. Mais une chose est certaine: Adouma est souvent ciblé par des attaques homophobes.

Les feux de la toile et l'envers du décor

À travers les confidences d'Adouma, on devine un homme blessé par des années de moqueries et d'insultes. "Je sais que j'ai un côté efféminé, les gens ne l'acceptent pas au Maroc. Mais c'est moi", confie-t-il, conscient qu'au Maroc, notoriété ne rime pas forcément avec sincérité. "On m'arrête tout le temps dans la rue pour prendre des photos avec moi. Mais les gens veulent-ils se moquer ou m'aiment-ils vraiment? Je ne sais pas", confie Adouma.

Adam Lahlou évoque sa jeunesse difficile marquée par la mort de son père, ses "problèmes psychiques" sur lesquels il ne donne pas de détail. Celui qui dit avoir "6 ans" - une manière de ne pas nous dévoiler son âge - ne veut pas s'étendre non plus sur les rapports avec sa famille. "Ils savent que je suis gay, mais quand j'ai commencé à poster les vidéos, ils ne l'ont pas accepté. Pour eux, je ne suis pas sur le droit chemin", se contente-t-il de déclarer.

C'est le 6 novembre 2016 qu'il a posté son premier "live", un peu par hasard, pour passer le temps en attendant des amis dans un café. Il est aujourd'hui suivi par plus de 200.000 personnes sur Facebook . Sa célébrité rapide est-elle le fruit d'une stratégie particulière ?  Il ne se pose pas vraiment ce genre de questions: "il y a eu de l'audience, donc j'ai continué en postant des vidéos sur des sujets variés: les tenues, le sport, etc. Il n'y a pas de message militant ou de but particulier".

Gagne-t-il sa vie avec ses vidéos? Adouma reste mystérieux sur ce point, dévoilant seulement qu'il avait "un autre travail" avant. Un emploi dont il ne précise pas la nature, et qu'il dit avoir quitté il y a 15 jours.

Avec ses voisins à Tanger, Adouma vit plutôt sereinement: "ils ne font pas d'histoire en général. Mais ces derniers temps, des personnes qui ne sont pas de la région me lancent régulièrement des vannes dans la rue". Le YouTubeur nous raconte que fréquemment, des personnes l'arrêtent dans la rue pour prendre des photos puis l'insulter. "Dernièrement, j'ai dû appeler un ami pour venir me chercher", déplore-t-il.

Un harcèlement qui se passe aussi dans le monde virtuel: "généralement, je reçois plus de 20 messages de menaces par jour, sur les réseaux sociaux ou même directement sur mon téléphone. On me dit 'tu es une honte pour le Maroc'. Je ne comprends pas : si je suis une honte pour eux, pourquoi continuent-ils à donner de l'importance à ma personne et à me suivre?", s'interroge-t-il.

"Un homo ne sera jamais en paix au Maroc"

Adouma est plus bon vivant que militant: "la société, je m'en fiche, cela ne m'intéresse pas. Ce qui m'intéresse, c'est moi", nous avoue-t-il en toute franchise. Il dit vouloir quitter son pays natal, dans lequel les relations homosexuelles sont toujours incriminées par l'article 489 du Code pénal: "Je demande aux associations de m'aider à quitter le Maroc, car je serai mieux accepté ailleurs. Une personne homosexuelle ne sera jamais en paix au Maroc parce qu'elle aura toujours peur des loups".

Le YouTubeur veut transmettre un message à tous les gays dans le monde: "vous êtes chanceux, amusez-vous bien, du moment que vous êtes dans des pays étrangers et pas au Maroc".

Rappelons cependant que dans 74 États, les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles ou transgenres risquent des peines privatives de liberté, dont 13 pays qui pratiquent toujours la peine de mort pour homosexualité.

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