Maroc

Ilyas Elomari: "Je ne reçois pas d'instructions, et mon départ n'a rien à voir avec Al Hoceima"

Ilyas Elomari. Crédit: R. Tniouni/Telquel
Ilyas Elomari: "Je ne reçois pas d'instructions, et mon départ n'a rien à voir avec Al Hoceima"
août 08
12:49 2017
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Ilyas Elomari a confirmé son départ de la direction du PAM, sans pour autant quitter le parti. Une décision "individuelle", "sans instructions". Il affirme que pour l'heure, il n'est pas question qu'il quitte la présidence de la région Tétouan-Tanger Al Hoceima.

"Ssi Ilyas vous êtes parti?", demande avec insistance un confrère au désormais ex-secrétaire général du PAM. "Oui je suis parti", répond ce dernier, voulant ainsi couper court aux spéculations. C'est que l’incrédulité règne ce mardi 8 août dans la salle de conférence au siège du PAM à Rabat, où Ilyas Elomari est venu expliquer sa démission, de la direction du parti, annoncée la veille.

Lire aussi: Ilyas Elomari démissionne du secrétariat général du PAM

Il faut d’abord convaincre que cette démission en est vraiment une. Tout le monde a en tête la technique éprouvée du vieux briscard en politique: annoncer en façade son départ pour en réalité chercher un appui renforcé de ses ouailles pour être maintenu.  "L’ère de Gamal Abdel-Nasser est révolue. Je ne suis pas Baathiste", lance-t-il à la salle, en référence justement à ce type de manoeuvre utilisée par l’ancien raïs égyptien.

Une manière d’attester aussi que son départ, une "décision individuelle" comme il le jure, est irréversible. Pour l’heure, le bureau politique a désigné Habib Belkouch comme secrétaire général par intérim, en attendant que le Conseil national statue sur la décision d’Elomari. Le parlement du parti devrait en débattre "fin septembre ou début octobre", nous assure Belkouch.

"Pas de surenchère"

Entouré des membres de son bureau politique, face aux dizaines de journalistes venus l’écouter, Ilyas Elomari a tenté d’argumenter durant 50 minutes une décision qu’il affirme avoir prise pendant la réunion du bureau politique du parti, la veille. "La décision a été aussi surprenante pour vous que pour les membres du bureau politique", assure-t-il, précisant qu’il ne quitte pas pour autant le PAM: "Je travaillerai sous la direction du futur SG".

"Vous avez vu le communiqué du bureau politique. Certains d’entre vous se sont interrogés toute cette nuit sur le timing", poursuit Elomari. Selon lui, ce départ "n’est pas conjoncturel". Ce n’est pas non plus de la "surenchère politique". Il cite les motivations avancées par le communiqué émis la veille par le bureau politique.

"Hier, nous devions dresser le bilan, particulièrement le rendement du parti dans les collectivités territoriales que nous dirigeons seuls, conjointement (avec d’autres partis) ou dans lesquelles nous sommes dans l’opposition. Nous avons aussi examiné le rendement parlementaire depuis 3 mois", poursuit Elomari.

L'ancien secrétaire général du PAM explique avoir pris connaissance des rapports des élus du parti, et écouté leurs exposés. Certains d’entre eux ont, selon lui, fait part de leur "incapacité à assurer les promesses faites aux électeurs" en raison du peu de moyens, ou simplement parce qu’ils "n’ont pas tenu leurs engagements".

Elomari assure également que des parlementaires s’absentent au parlement sans motifs valables. "Quand j’ai écouté et vu cela, je me suis dit que ces personnes ne devaient pas rendre des comptes seuls. En tant que secrétaire général, j'ai choisi ces personnes, c'est moi qui leur ai donné l'autorisation de se présenter au nom du parti (tazkiya, NDLR). Je ne peux pas désigner une personne et la laisser assumer la responsabilité seule".

Un départ "normal"

L’argumentaire d’Elomari n’a pas pour autant convaincu la salle, qui l’a assailli de questions sur les "véritables" motivations de son départ. La concomitance avec le discours royal qui a vertement tancé les politiques? La crise sociale d’Al Hoceima, dont il préside aux destinées en tant que président de région? Ou alors son échec à damer le pion au PJD, arrivé premier lors des dernières législatives, malgré tous les efforts du tracteur pour lui barrer la route? Voilà les principales pistes lancées par l’assistance.

 Mon départ est tout ce qu’il y a de normal. Ce n’est pas comme certains l’imaginent. Je ne suis pas partisan de la théorie du complot. Je ne reçois d’instruction ni d’en haut, ni d’en bas. Ceux qui me connaissent bien le savent.

Interpellé sur la situation de contestation dans le Rif, il botte en touche. "Cela n’a rien à voir avec Al Hoceima. Je suis fier de mon appartenance à Al Hoceima, au Rif et à ma tribu. Même si des gens m’ont insulté, c’est ma famille. Cela ne fait qu’accroître mon amour pour mon pays et pour ma région. C’est ça Ilyas, pour ceux qui ne le connaissent pas", affirme-t-il.

Elomari annonce qu’il continuera à présider la région. Pourquoi le parti et pas la région? "Si pour le parti, c’est une décision individuelle, pour la région, j’ai des partenaires, je ne peux pas me retirer. Cela ne veut pas dire que je ne le ferai pas, mais ce sera fait quand viendra le moment", dit-il.

Quid alors d’un départ forcé de la présidence d’une région en proie à la contestation depuis près de 10 mois? "Je ne peux être démis que par ceux qui m’ont élu, ou si je démissionne. Personne n’a la prérogative de démettre un élu. Ça n’est jamais arrivé au Maroc, même pendant les années de plomb", tranche-t-il.

Ilyas Elomari a-t-il pris sa décision en réaction au discours du trône, lors duquel le roi Mohammed VI a sévèrement critiqué la classe politique? L’ancien patron du tracteur est resté évasif, mais il est possible de déduire l’impact en filigrane :

Depuis 17 ans, il y a des discours forts  et très clairs faisant chacun le diagnostic d’un secteur ou plus. Malheureusement, je n’ai jamais vu d’interaction. Après ce dernier discours, avez-vous vu un secrétaire général ou un directeur qui a décidé de partir parce qu’il se sent incompétent ou un ambassadeur ou un consul dire "je me suis trompé"? Tous les partis politiques ont dit que c’est un discours important, mais personne ne s’est senti concerné. Moi je vous dis, je suis concerné, même si je n’ai passé qu’un an et demi à la direction du PAM. Même si j’ai pris peu de décisions, je suis concerné politiquement.

En conclusion, Elomari assure que le projet du PAM lui survivra: "Ce projet n’a pas commencé avec le PAM, c’est le projet des Marocains. Le PAM est un parti d'institution et pas de personnes et cela va continuer, n’en déplaise à ceux qui avaient appelé à sa dissolution".

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