Culture

Quand Salvador Dali peignait la bataille de Tétouan

Salvador Dali // Crédit DR
Quand Salvador Dali peignait la bataille de Tétouan
juillet 30
13:39 2017
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Des histoires sur Dali, il y en a des milliers à raconter. Le Maroc peut se vanter de faire partie de l'une d'entre elles. L'un de ses tableaux les plus majestueux, par la taille et la technicité, raconte en effet un pan de notre histoire: la bataille de Tétouan.

Opposant le Sultanat du Maroc au Royaume d’Espagne, la célèbre bataille de Tétouan a été une des grandes conquêtes de l’Espagne en 1860. Peinte une première fois en 1862 par Mariano Fortuny, peintre orientaliste très attaché au Maroc, elle est réinterprétée en 1962, 100 ans après, par l’illustre artiste espagnol Salvador Dali.

Un combat historique

L’histoire commence en août 1859 lorsque les Espagnols installent des fortifications à l’extérieur de Sebta. Les tribus locales passent alors à l’action vivant cela comme une véritable provocation. Après plusieurs attaques, l’Espagne digère mal l’affront et demande au Maroc d’y remédier. Seulement, le sultan Mohammed ben Abderrahmane, qui hérite du trône à cette même période, refuse d'accéder à la demande des Espagnols, déclarant ainsi la guerre. Finalement, après plusieurs affrontements, dont la bataille de Tétouan en janvier 1860, le Sultanat du Maroc, s’avoue vaincu le 26 avril de la même année.

Envoyé par le gouvernement espagnol en Afrique du Nord afin de peindre les évènements importants du conflit dès 1859, le peintre catalan Mariano Fortuny a dépeint la bataille de Tétouan comme un reporter de guerre immortalise les conflits.

Chroniqueur de l’expédition, il développe une incroyable fascination pour la brillance des couleurs africaines. Perfectionniste, il passe 2 ans, entre 1862 et 1864, à magnifier la  toile qui restera pourtant inachevée.

Salvador Dali choisit précisément ce tableau pour rendre hommage au maître Fortuny, l’un des peintres espagnols les plus admirés par ses contemporains.

La Bataille de Tétouan, huile sur toile, 1962, Salvador Dali // Crédit DR

La Bataille de Tétouan, huile sur toile, 1962, Salvador Dali // Crédit DR

La Bataille de Tétouan, vue par Salvador Dali

Très jeune, Dali baigne dans l’influence impressionniste. D'abord, par la proximité avec Ramon Pichot, l’un des premiers impressionnistes catalans. Puis, par son admiration pour Renoir et Meissonier dont il moquait le manque de génie, mais dont la technique incroyablement méticuleuse l'impressionnait.

C'est vers 1918 que naît son intérêt pour Mariano Fortuny. Il lui fallut près de 45 ans pour lui rendre hommage en remaniant, avec cette technique qui lui est propre, la Bataille de Tétouan.

Huile sur toile mesurant 304x396 cm, la Bataille de Tétouan fait partie des œuvres de grandes dimensions historiques de Dali. Vendue aux enchères chez Christie’s New York en 1994 et représentée en lot n°783 dans le catalogue raisonné regroupant l’œuvre du glorieux légendaire, elle est actuellement exposée au Morohashi Museum of Modern Art à Fukushima au Japon.

La technique de Dali a nourri son mythe. Ici, l’œuvre est très académique, Dali matérialisant sa revendication d’appartenance à la tradition historique espagnole, chrétienne et monarchique. Dans l'ouvrage Dali, ou le pur besoin de divaguer, l'auteure Marie-Annick Sékaly décrit l'attitude du peintre espagnol comme "un hommage réactionnaire, comique et néanmoins impressionnant".

Les couleurs sont chaudes dans les nuances d’ocres. Une armée de cavaliers, sans visage, se précipite sur nous. Ils sont désordonnés et viennent de toute part. En haut à gauche un cheval au fusil semble être prêt à nous tomber dessus et sur la droite c’est une main de soldat brandissant une épée très aiguisée qui entoure une armée sortie des nuages. Enfin, au centre, majestueuse, Gala, la muse, est représentée telle une vierge prête à porter secours aux combattants espagnols.

La toile est chargée et les détails minutieux. Dali a pris plusieurs mois pour la terminer et nous offrir cette merveilleuse représentation de la bataille de Tétouan qui nous ferait presque oublier la défaite.

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