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Côte d'Ivoire: fin des mutineries et retour à la normale après un accord

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Côte d'Ivoire: fin des mutineries et retour à la normale après un accord
mai 17
09:27 2017
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Les soldats mutins qui ont semé le trouble en Côte d'Ivoire pendant quatre jours pour le paiement de primes ont cessé leur mouvement mardi après la conclusion d'un accord permettant un retour à la normale dans les principales villes, Abidjan et Bouaké.

Le bilan du mouvement qui a perturbé la vie économique et va peser sur les finances publiques du premier premier producteur mondial de cacao s'élève à 3 morts, a-t-on déclaré de source officielle, après le décès d'un jeune homme blessé au premier jour, vendredi.

"Je peux vous garantir que cet accord a été passé, il est définitif et sera appliqué par toutes les parties. L'accord est acquis, les deux parties sont consentantes", a déclaré le ministre de la Défense Alain Richard Donwahi mardi, lors d'une conférence de presse à Abidjan, la capitale économique.

Auparavant, les mutins avaient dit avoir accepté l'accord annoncé lundi par le ministre pour mettre fin à la deuxième vague de mutineries en quelques mois. "On a trouvé un terrain d'entente. On va retourner en caserne. C'est terminé", a déclaré à l'AFP le sergent Cissé Fousseni, un des porte-parole des soldats de Bouaké (centre), le coeur de la rébellion.

Les exigences des mutins satisfaites

Le ministre de la Défense a ajouté que la situation était en voie de normalisation après les premières mutineries lancées en janvier pour des revendications salariales. "La situation est en train de se normaliser dans toutes les régions militaires. Le calme est revenu", a-t-il déclaré à l'issue d'un conseil du gouvernement. "Aujourd'hui les banques ont rouvert, les fonctionnaires peuvent aller au travail, les entreprises privées peuvent fonctionner", a ajouté M. Donwahi.

Le contenu de l'accord n'a pas été révélé, mais dans l'entourage des mutins, on indiquait qu'ils avaient obtenu pleinement satisfaction. Lors des mutineries de janvier, les soldats avaient réclamé 12 millions de francs CFA (18.000 euros) par personne et obtenu le versement de 5 millions (7.500 euros). On leur avait promis les 7 millions restants à partir de mai mais le versement avait été remis en cause jeudi dernier, amenant les soldats à sortir de nouveau de leurs casernes.

Avec le nouvel accord, les mutins toucheront "tout ce qui avait été promis en janvier", a expliqué l'un d'eux sous couvert d'anonymat, avec le paiement de 5 millions de FCFA versés tout de suite et des 2 derniers millions en juin.

Les soldats révoltés appartiennent essentiellement aux quelque 8.400 anciens rebelles ayant soutenu le président Alassane Ouattara pendant la crise électorale de 2010-2011 et qui ont ensuite été intégrés dans l'armée.

Les Ivoiriens entre soulagement et colère

"On est contents, ça fait cinq jours qu'on ne dort pas", a commenté un autre porte-parole des militaires révoltés, le sergent Sidick. "Les mutineries, nous-mêmes on n'en veut plus. Les mutineries, ça s'arrête là. Mais on n'avait pas le choix pour se faire entendre", a-t-il dit.

A Bouaké, les soldats ont cédé le contrôle de l'entrée sud de la deuxième ville du pays aux policiers qu'ils en avaient chassés vendredi et les rues se sont remplies de monde. "C'est une joie pour les populations", s'est réjoui Billy Kouassi Kouassi, un agriculteur.

Mais, comme d'autres, il se plaint du traitement de faveur obtenu par les soldats. "Ça devient une habitude (les mutineries). On ne peut pas rester dans ça éternellement", juge-t-il. "Les mutins ont raison. Il fallait les payer, (...) mais là, 7 millions, au vu du peuple qui est en train de souffrir..."

Des griefs repris par un étudiant, Cyril Guedé, qui note que les mutins "disent que c'est fini et, après, ils reviennent. Eux, ils sont à l'aise, ils sont en paix, ils mangent, mais la population souffre énormément". "Le décaissement (de l'argent) va engendrer d'autres grèves, dans la fonction publique, le reste de l'armée, les gendarmes...", prévoit-il déjà.

Le ministre de la Défense a néanmoins affirmé que "le gouvernement n'est pas sorti affaibli de cette situation, mais au contraire renforcé. Il a pu traverser une situation difficile". Le paiement des primes aux mutins va néanmoins peser lourdement sur le budget de l'Etat dans une situation déjà très tendue socialement et économiquement.

Le pays, premier producteur mondial de cacao, fait face à une chute des cours de la fève et a dû recourir il y a quelques semaines à des emprunts sous la haute surveillance du Fonds monétaire international (FMI). Si les 8.400 ex-rebelles touchent bien leur reliquat de primes, la somme équivaudra à quelque 88 millions d'euros.

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