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COP22: à Bonn, la présidence marocaine renouera-t-elle avec le leadership?

Crédit: AFP PHOTO / FADEL SENNA
COP22: à Bonn, la présidence marocaine renouera-t-elle avec le leadership?
mai 11
17:22 2017
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En se rendant en force à la conférence de Bonn sur les changements climatiques jusqu’au 18 mai, le Maroc relance la machine qui avait permis de faire de la COP22 de Marrakech un succès.

Une quarantaine de personnes composent la délégation marocaine présente à la Bonn Climate Change Conference du 8 au 18 mai en Allemagne. Parmi les 4.000 participants à cette session de négociations à mi-chemin entre la COP22 et la COP23, les Marocains, emmenés par Salaheddine Mezouar et Hakima El Haité, forment l’une des plus importantes délégations. Enfin un message positif envoyé dans le sens d’un leadership marocain affirmé au cours de l’année de sa présidence de la Conférence de l’ONU sur les changements climatiques.

Ce n’était pas gagné. Un mois avant le rendez-vous, ni le président de la COP22 ni la Championne pour le Climat ne savaient s’ils conservaient leur statut pour représenter le Maroc dans la lutte contre les changements climatiques, n’étant plus ministres. Le 1er mai, une semaine avant le début de la session de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), un communiqué du ministère des Affaires étrangères annonce finalement que "conformément aux instructions du roi Mohammed VI, Salaheddine Mezouar et Hakima El Haité continueront à assumer leurs fonctions respectives de Président de la COP22 et de Championne de Haut Niveau pour le Climat".

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Depuis la fin de la conférence de Marrakech en novembre — et particulièrement depuis la dissolution fin décembre du Segma (Service d’État géré de manière autonome) qui portait l’organisation de la COP22 —, le statut des équipes censées assurer la continuité de la présidence jusqu’à la transmission du témoin aux Iles Fijdi lors de la COP23 était en suspens. À tel point que ces équipes n'ont un temps, plus perçu de salaire. Avec la formation du gouvernement El Othmani le 5 avril sans Mezouar ni Haité, les deux figures de la présidence marocaine se retrouvaient orphelines... au point de ne pas pouvoir quitter le territoire pour assister à un atelier stratégique organisé à Londres les 11 et 12 avril.

Cette désertion dénotait avec l’engagement certain dont le Maroc avait fait preuve jusqu’à la clôture de la COP22 le 18 novembre, et que d’aucuns qualifient de succès. Pour ne citer qu’un exemple, la secrétaire exécutive de la CCNUCC, Patricia Espinosa avait salué le 15 novembre à Marrakech "le leadership sans précédent" de Mohammed VI. Depuis Marrakech, en revanche, la présidence marocaine s’essoufflait. Hormis une rencontre le 17 mars à Rabat entre Mezouar et Espinosa et une rencontre post-COP avec la société civile en février, l’agenda marocain de la lutte contre le changement climatique était resté peu rempli.

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Le coup de frein des Américains

"Après la COP, il y a eu un flottement. C’est désormais réglé et l’action repart de plus belle", constate Mehdi Alaoui Mdaghri, président du Forum de la Mer d’El Jadida, évènement labélisé COP22 en 2016. Un flottement qui ne serait pas uniquement à imputer à la cuisine interne au Maroc. "Il n’y a pas que les Marocains qui n’ont pas parlé tous les jours du climat ces derniers mois," explique Monique Barbut, secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies contre la désertification.

"C’est assez normal, car il ne s’est pas passé grand-chose au niveau multilatéral dernièrement. On est encore en période électorale en Europe, et dans l’attente d’une position claire des États-Unis sur la question du climat", poursuit-elle. "C’était une période américaine où il n’y avait pas grand-chose à faire. Les États-Unis n’étaient plus des partenaires, mais ils sont en train de le redevenir", renchérit Gilles Berhault, conseiller spécial de la MedCOP Climat dont l’édition 2016 s’est déroulée à Tanger. "Jusqu’à présent, il y a eu la COP de Marrakech et le service après-vente de Marrakech. À présent, il faut commencer la phase de préparation des négociations en vue de la COP23", ajoute-t-il.

Des zones d’ombres demeurent sur le statut précis de Salaheddine Mezouar et Hakima El Haité. Les deux anciens ministres pourraient désormais avoir un statut de chargés de mission auprès du cabinet royal. Néanmoins, à Bonn, toute proportion gardée, la présidence marocaine semble relancer la machine qui lui avait permis de faire de Marrakech un succès. "Je ne suis pas les négociations, mais je vois la délégation marocaine très active, très présente, ces jours-ci. Ils font ce qu’une présidence doit faire", témoigne Monique Barbut, qui n’hésite pourtant pas à ruer dans les brancards lorsqu’elle est en désaccord. "On verra le leadership du Maroc, lors de l'assemblée générale des Nations unies en septembre. Il est important que le Maroc s'exprime sur la COP22. C'est là qu'on voit si ça compte", explique-t-elle encore.

Les communiqués de presse de la COP22 envoyés depuis Bonn font état de consultations de Salaheddine Mezouar et Aziz Mekouar, ambassadeur multilatéral pour la négociation avec différents groupes de négociateurs. Les États-parties doivent en effet se mettre d’accord sur les règles et procédures pour la mise en place de l’Accord de Paris pour les adopter à la COP24 en 2018. Le Maroc a aussi organisé un side-event sur les changements climatiques et les droits de l’enfant, porté par le Conseil national des droits de l’Homme présidé par Driss El Yazami. L’inclusion des acteurs non étatiques dans les négociations sur le climat a en effet été accrue lors de la COP22, et le Maroc semble poursuivre les efforts en ce sens. Un juste retour des choses, pour ceux qui sont restés mobilisés pendant la vacance de la présidence. Le Maroc, enfin, a annoncé qu’il accueillerait à Agadir du 11 au 13 septembre le Sommet mondial des acteurs du climat, le "Climate Chance".

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