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Fatym Layachi - Tapage nocturne

Fatym Layachi - Tapage nocturne
avril 15
09:05 2017
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Le printemps est bien là. Le soleil est de retour. Les journées se sont allongées. Zee a déjà été à la plage. Ton petit cousin galère avec ses allergies au pollen.

Ta mère organise des déjeuners au soleil. Tes collègues commencent à sortir les robes et les imprimés fleuris, toi tu rêves d’apéros en terrasse. Et hier soir tu as dîné chez ta tante qui fête les nouveaux canapés de sa terrasse en invitant toute la famille. Tu étais donc entourée de gens avec qui tu partages une partie de ton patrimoine génétique et de tes traits de caractère. Il y avait des dizaines de bougies, un joli buffet, le doux bruit des verres qui trinquent et la voix de ta mère qui a plein de tberguig à raconter. L’air était doux, il faisait bon. Tu mangeais des briouate au poulet et des nems aux crevettes.

Bref, tu passais une soirée très agréable jusqu’à ce qu’un vacarme se fasse entendre. De la musique sortie d’une très mauvaise sono venue de loin, mais qui a créé une cacophonie assez vite. Ta tante a levé les yeux au ciel : “Ça a repris !” Visiblement, elle a l’habitude de ce tapage. “C’est comme ça tous les ans dès qu’il fait beau”, a confirmé ta mère. Mais cette année, “c’est bien plus tôt que d’habitude”, lance-t-elle dans un soupir. Toi, tu ne voyais absolument pas de quoi il s’agissait et, à la limite, tu ne te plaignais pas de ce bruit. La playlist d’Aznavour que ta tante remet en boucle à chaque fois qu’elle reçoit commençait à te saouler. Mais bon, ce vacarme était vraiment désagréable. Alors tu as demandé ce que c’est. On t’a expliqué que ce sont des maisons qui deviennent des salles de fêtes. C’est vrai que ramadan arrive à grands pas et qu’il faut caser le maximum d’évènements avant le mois sacré ! Tu trouves ça assez délirant qu’en plein quartier résidentiel, ce genre de nuisances sonores existe. Il était quand même plus de 22 h un jeudi soir. Il y a peut-être des gens qui bossent demain ou des bébés qui essaient de dormir à cette heure-ci. Ton oncle a commencé à s’énerver. Il n’en peut plus. “Et pendant le ramadan ça va être pire : il y a des cafés éphémères qui restent ouverts toute la nuit”. Mais comment ça des cafés éphémères ? Mais est-ce que c’est tous les soirs ou juste le week-end ? Apparemment c’est tous les soirs, toute la nuit et avec enceintes et micros à fond. Est-ce qu’il y a une loi qui régule tout ça ? Personne n’arrive à te répondre. Tu trouves le côté flou de la chose assez hallucinant. Du coup, ce matin, tu décides de tenter d’y remédier, ou du moins de comprendre. Tu demandes à ton cousin de passer te prendre pour t’accompagner dans ta quête de sens du jour.

Tu vas donc au conseil de la ville et demandes à prendre rendez-vous avec le maire. Le type à l’accueil te regarde avec des yeux éberlués. Tu as l’impression d’avoir dit un truc totalement incongru. Tu veux juste prendre rendez-vous avec un type qui a potentiellement été élu grâce à toi et dont tes impôts contribuent à son salaire. Donc la logique voudrait que tu puisses voir ce type. Mais, visiblement, ici, les notions d’administré et de contribuable sont comme la législation sur le tapage nocturne : un peu floues. Tu tentes d’interagir avec un autre type qui ne cherche même pas à savoir quelle est ton éventuelle requête, il se contente de te dire que ce n’est pas possible. Tu te sens un peu conne d’avoir voulu faire les choses proprement. Pour une fois. Tu retournes aux méthodes que tu maîtrises mieux, tu appelles un de tes potes dont le père est “haut placé”. Tu lui racontes tes misères du moment, il te répond que ta tante ferait mieux de déménager ! Tu t’abstiens de tout commentaire. Tu comprends mieux pourquoi les gens ont du mal à payer leurs impôts.

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