Portrait: Nasser Bourita, le premier diplomate à la tête des Affaires étrangères

Nommé ministre des Affaires étrangères et de la Coopération du gouvernement El Othmani le 5 avril, Nasser Bourita est le premier diplomate de carrière à occuper ce poste, sous le règne de Mohammed VI. Portrait d'un technicien impitoyable, spécialiste de la question du Sahara.

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Crédit : Rachid Tniouni / TelQuel

« Il y a le temps de l’action et le temps de la communication, » répond Nasser Bourita dans le hall du Sheraton d’Addis Abeba lorsqu’on le questionne en janvier, à la veille du retour du Maroc à l’Union africaine. Un vieux Nokia à la main, c’est plus sûr qu’un smartphone, le ministre délégué aux Affaires étrangères affiche un sourire narquois, visiblement pas mécontent de son effet. À moins que ce ne soit une marque de son humour pince-sans-rire.

Deux mois plus tard, au téléphone, il jauge à nouveau: « Je ne sais pas si je peux vous parler, je suis dans un avion. Vous connaissez la réglementation en vigueur ? » Il faut montrer patte blanche pour obtenir quelques minutes de son emploi du temps de ministre délégué. En l’occurrence, prouver que l’on a sérieusement creusé le sujet dont on souhaite l’entretenir.

À la moindre hésitation, Nasser Bourita ne se prive pas de vous le faire remarquer, sèchement. Ça l’agace, il s’impatiente, puis coupe court. « C’est un long vol, je ne veux pas me mettre en mauvais terme avec les autres passagers« , prétexte-t-il. C’est que ses dossiers, lui, il les maitrise sur le bout des doigts. C’est bien ce qui le caractérise dans ses nouvelles fonctions de ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du gouvernement El Othmani nommé le 5 avril.

Sur le dossier du Sahara, son dada, c’est de mémoire qu’il cite des résolutions de l’ONU y afférant, date et numéro de paragraphe en prime. On jurerait qu’il les a dictées, tant il en extrait la substance qui appuie ensuite sa stratégie.

C’est à lui que l’on attribue la pédagogie en « bullet points« , souvent trois, pour faire valoir l’argumentation du royaume sur les dossiers sensibles. On les retrouve souvent dans la presse, Nasser Bourita étant aussi la voix autorisée de la diplomatie en off. À visage découvert cette fois, il prend la parole pour expliquer de manière pédagogique aux médias marocains les raisons de la brouille avec Ban Ki-moon. Mais c’est surtout auprès des diplomates étrangers qu’il déroule son redoutable argumentaire. Ainsi, il obtient le retrait de la reconnaissance de la RASD de la Jamaïque en un temps record en septembre dernier.

Il incarne cette nouvelle ligne de la diplomatie marocaine, plus affirmée, plus dure aussi. Depuis sa nomination comme ministre délégué en février 2016, les coups d’éclat sur la scène diplomatique s’enchainent: expulsion des membres de la Minurso, retour à l’Union africaine, attitude offensive avec l’Union européenne dans le cadre des accords agricoles…

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En parcourant les documents issus des serveurs du ministère des Affaires étrangères publiés par « Chris Coleman », il est évident que les dossiers diplomatiques qui font l’actualité aujourd’hui se discutaient discrètement il y a quelques années déjà. Sur la question du Sahara et de ses dérivés notamment. Pur produit de la méritocratie, Nasser Bourita baigne dedans depuis qu’il a fini ses études à la Faculté de Rabat en 1995 et entamé sa carrière comme premier secrétaire à l’ambassade de Vienne. Il est aujourd’hui le premier diplomate de carrière, mais aussi le plus jeune, à prendre la tête du ministère de l’Avenue Roosevelt, sous le règne de Mohammed VI.

Avant de le marquer de son empreinte, il y a lui-même été façonné par Taieb Fassi Fihri dont il était le chef de cabinet, lorsque le désormais conseiller royal était ministre. Mais il a également été chef du service des organes principaux des Nations unies, conseiller à la Mission du Maroc auprès des Communautés européennes à Bruxelles (2002-2003), chef de la division de l’ONU (2003-2006), directeur des Nations unies et des Organisations internationales (2006-2009), directeur général des Relations multilatérales, et secrétaire général du ministère, lorsque le ministre n’était autre que Saad Eddine El Othmani.

Crédit : Rachid Tniouni / TelQuel
Crédit : Rachid Tniouni / TelQuel

C’est néanmoins Mohammed VI qui l’a nommé ministre le 5 avril. Preuve de la confiance du roi, Nasser Bourita assistait, avec Fouad Ali El Himma, à toutes les audiences bilatérales du souverain lors de la COP22, en plus de régulièrement être porteur de messages royaux. Il est aussi un proche de la garde rapprochée, dont Yassine Mansouri. Dans la dernière ligne droite avant le retour du Maroc à l’UA, le sécuritaire et le diplomate partaient ensemble convaincre les plus réticents des pays africains. Sur la photo avec le patron de la DGED et le président du Nigéria Muhammadu Buhari, il affiche son sourire carnassier, stigmate d’une bonhommie qui ne masque pas son implacabilité lorsqu’il s’agit de la « Question nationale« . Que dire de celui arboré lors de la passation de pouvoir avec son prédécesseur, Salaheddine Mezouar, quelques heures après sa nomination ?

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