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Zakaria Boualem est en panne

Zakaria Boualem est en panne
décembre 18
12:15 2016
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Zakaria Boualem est très embêté, il va avoir bien du mal à vous divertir cette semaine. Il faut bien se rendre à l’évidence : notre paisible contrée, naviguant dans son noble océan de stabilité, continue de tracer sa route vers les lumières de la gloire et contourne avec souplesse les obstacles sournois dressés par les ennemis qui nous jalousent. (Cette phrase m’a épuisé). Certes, nous manquons un peu de gouvernement, mais il faudrait être bien perspicace pour le remarquer. Ces braves ministres, à défaut de régler nos problèmes, nous offrent bien souvent de superbes sujets de chroniques, qu’ils trouvent en ces lignes l’expression de ma profonde gratitude. Aujourd’hui, nous n’en avons pas, il faut trouver autre chose, et merci.

On aurait bien compté sur l’affaire du bisou de Marrakech, il y avait un fort potentiel de délire collectif à première vue. Deux adolescentes mineures sur un toit, la dénonciation d’un parent qui les surprend, et les gamines au trou à cause d’un bisou en attendant un jugement. Mais notre justice, dans un élan de lucidité surprenant, a relâché les gamines, s’épargnant pour une fois quelques nouvelles tonnes de grotesque. Al hamdoulillah, nous progressons. Mais nous n’avons toujours pas de sujet. Zakaria Boualem a fait un petit tour sur YouTube, où les Français sont en grande forme, mais il est tombé sur un filon assez dégueulasse. Un crétin chevelu, qui expose son racisme à l’air libre en faisant de belles phrases, un truc affreux avec un nombre de vues assez inquiétant. En gros, le type trouve que “les noirs puent” et qu’il y a “trop d’Arabes en France”. Il a peut-être raison, mais il faut qu’il remercie le bon Dieu de ne pas être né 100 ans plus tôt, du temps où tous les Algériens et tous les Sénégalais faisaient partie de la république, c’était encore pire.

Passons, il va falloir trouver autre chose. On s’emmerde tellement qu’on en est réduits à polémiquer autour de la campagne promo d’un nouvel opérateur téléphonique. Vous avouerez que le postérieur de Jennifer, les légumes de Zemzmi, la danse d’Abidar ou la conformité d’Ikea, c’était plus drôle.

Il y a un truc qui marche bien quand on est coincé, c’est le foot. C’est une des astuces de Zakaria Boualem, une grossière ficelle pour prolonger encore sa longévité absurde. Mais figurez-vous qu’il n’y a plus de foot au Maroc. Si si, je vous promets. On vous a déjà expliqué comment ils avaient eu raison de notre mountakhab. Eh bien, ils se sont attaqués avec succès à notre championnat. Il faut aujourd’hui une extraordinaire dose de foi pour suivre cette mascarade vendue sous le vocable de Botola. Les clubs les plus populaires du pays errent loin de leurs villes, ils jouent devant des tribunes vides et sinistres. Quand on ne rénove pas leurs stades pendant des durées infinies, on les frappe de huis clos, la solution la plus facile. Même aux temps ténébreux du hooliganisme britannique, les équipes anglaises n’avaient pas subi autant de sanctions. Casser ce qu’on ne veut pas se donner la peine de réparer, voici la stratégie. Ils y sont parvenus, puisque notre championnat se déroule actuellement dans une sorte d’indifférence ouatée un peu surréaliste. Passez votre chemin, et même pas merci.

Oublions le foot, donc, et continuons à chercher un sujet. On aurait pu vous parler de la future autoroute Casa/Lagos, mais c’est une perspective terrifiante. Comment peut-on imaginer des projets sur des décennies alors que nous avons le plus grand mal à nous projeter sur l’année prochaine sans angoisse ? On aurait pu vous parler de l’annonce de la publication d’un dictionnaire en darija et de la levée de boucliers qui a accompagné cette attaque insupportable à notre identité (sic), ou de cette nouvelle attaque façon Braveheart sur l’enclave de Sebta par des centaines de migrants déterminés, ou de ce nouveau démantèlement de cellule terroriste dans un coin paumé, ou encore de ce commerce de bonnes philippines façon 9oraych, mais on va finalement se dire que c’est tout pour cette semaine, et merci.

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