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Un vendredi sous haute tension en Égypte

Crédit: AFP
Un vendredi sous haute tension en Égypte
novembre 11
12:17 2016
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Confrontés à une forte dépréciation de leur monnaie et à la détérioration des conditions économiques qui font exploser le coût de la vie, les Égyptiens veulent sortir manifester.

En Égypte, la situation est tendue. La police anti-émeute et les véhicules blindés ont rempli les rues, entièrement vides, du centre du Caire, vendredi, alors que les forces de sécurité ont accumulé une forte présence en prévision des manifestations populaires prévues contre la détérioration des conditions économiques. Des conditions difficiles, où la valeur de la livre égyptienne a, par exemple, été divisée par deux en l’espace d’une semaine.

Ces appels à manifester, lancés depuis trois mois, ont gagné en vigueur la semaine dernière après la décision de l'Égypte d’augmenter les prix du carburant et de laisser flotter sa monnaie. Des décisions fort bien accueillies par les banquiers, mais déplorées par la population qui y voit un coup porté à leur pouvoir d’achat décroissant, dans un pays qui compte sur les importations. Un groupe nommé « Le mouvement des ghalaba [les marginalisés] » a appelé à manifester le 11 novembre contre les hausses de prix, sans expliquer pourquoi il a désigné cette date pour organiser son mouvement. Quelque 150 000 participants ont répondu aux appels à investir les rues sur les réseaux sociaux. Presque tous les partis politiques et mouvements militants égyptiens, à l'exception des groupes affiliés aux Frères musulmans, ont annoncé qu’ils ne participeraient pas à ces manifestations. Dans un communiqué, la confrérie, dont les activités sont interdites, a annoncé sa volonté de « prendre part aux revendications populaires pour s'opposer à l'oppression et aux décisions économiques calamiteuses », prises par les autorités.

Ce matin, le ministère de l'Intérieur égyptien a déclaré que la police avait évacué cinq sites pour la fabrication d'explosifs de peur que cela soit utilisé dans des attaques contre les installations vitales dans le pays. Deux « tanières » contenant des explosifs ont été saisies dans la région du Caire d'Aïn Shams alors que trois autres « ont été trouvés dans les provinces de Sharqia, Fayyoum et Assouan », a indiqué le ministère dans un communiqué. Le président égyptien Abdelfattah al-Sissi a appelé à « la vigilance » et au « plus haut niveau de prudence » en vue de préserver « la sécurité du pays et celle des citoyens », après avoir tenu une réunion de haut niveau avec les hauts responsables de l'armée et de la sécurité, y compris les ministres de la Défense, de l'Intérieur et les chefs du renseignement.

« Ces opérations préventives de sécurité ont contribué à l'avortement des mouvements de groupes qui prévoyaient mener une série d'opérations terroristes pour déstabiliser le pays », a rapporté ledit communiqué. Ces dernières semaines, plusieurs islamistes ont été arrêtés pour incitation à des manifestations anti-gouvernementales.

Dans la foulée des interactions en ligne, une question persistante s'est rapidement propagée à travers la rue égyptienne: « Qui était derrière les appels à la protestation et quelles sont leurs demandes ? »

Ces appels à manifester ont débuté sur les réseaux sociaux au début de septembre pour contester la rareté et la cherté constatées de certaines denrées alimentaires essentielles. Durant la même période, des dizaines de parents se sont rassemblés au Caire pour protester contre le manque de lait maternisé subventionné et la hausse des prix. Dans les semaines qui ont suivi, l'Égypte a connu une pénurie de certains produits alimentaires, y compris le sucre et le riz, dans un contexte de crise monétaire.

Le succès des réformes du  président Sisi peut dépendre de sa capacité à maintenir intacte sa popularité. Légèrement baissée, il peut être tenté d’annuler ses réformes si ses points continuent à diminuer selon Reuters. Environ 60 % des Égyptiens disent qu'ils rééliraient le président égyptien si des élections sont organisées aujourd’hui, d'après l'agence de presse. Après avoir rallié les services militaires et ceux de sécurité avec des augmentations de salaire généreuses, et avec une grande partie des médias derrière lui, le président devrait se sentir assez sûr dans son action pour entreprendre les réformes qu’il juge nécessaires, affirme la même source.

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