Maroc

Majorité : des négociations difficiles attendent Benkirane

Le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane.
Majorité : des négociations difficiles attendent Benkirane
octobre 13
16:42 2016
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Pour le PJD, constituer une majorité dans un tel contexte d'incertitude sera un véritable tour de force. Trois jours après la nomination de Benkirane en tant que Chef du gouvernement, le jeu des alliances est loin d'être clair.

Trois jours après sa nomination en tant que Chef du gouvernement par Mohammed VI, Abdelilah Benkirane démarre la phase des négociations avec les partis politiques, afin de former une majorité et par ricochet le prochain gouvernement.

Ces négociations se dérouleront en deux étapes. « Le parti va faire des consultations avec la majorité actuelle avant de se tourner vers les autres partis comme l’Istiqlal et l’USFP (…) », déclare à Telquel.ma Abdelaali Hamieddine, membre du secrétariat général du parti islamiste. Le Pjdiste exclut bien évidemment le PAM de ces négociations. Une fois que le cycle des négociations sera bouclé, « nous allons nous réunir, et à la lumière des résultats de ces réunions, nous prendrons notre décision (…), mais pour le moment nous ne pouvons pas trancher », affirme notre source.

Le PPS confirmé, le MP partant, mais…

Les 125 sièges obtenus par le PJD au scrutin du 7 octobre ne lui permettent pas de rentrer dans cette phase postélectorale de façon sereine. Le jeu des alliances est très serré. Seule certitude au tableau des alliances, la position du Parti du progrès et du socialisme (PPS). Le PPS restera aux côtés du PJD au gouvernement. « Ce parti est notre principal allié et notre pacte avec lui est constant et ne connaitra aucun changement, » a déclaré le secrétaire général du parti islamiste, Abdelilah Benkirane au quotidien arabophone Akhbar Alyaoum dans son édition du 12 octobre. Les relations fortes entre le PJD et le parti dirigé par Nabil Benabdellah ne sont plus à démontrer, et se confirment encore plus par le maintien de cette alliance, malgré l’échec électoral du PPS, qui n’a pas dépassé les 12 sièges.

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De son côté, le Mouvement populaire se dit partant pour une nouvelle expérience gouvernementale avec le PJD, mais pas « sous les mêmes conditions qu'en 2011 », nous déclare, Mohand Laenser, secrétaire général du parti. Le MP a fait quelques concessions en 2011 - au lendemain du 20 février et de la nouvelle constitution - qu’il n’est pas près d’accepter aujourd’hui. Laenser veut pour exemple le fait que son parti a accepté d’avoir « le même nombre de portefeuilles ministériels que le PPS, alors qu’il avait un nombre plus important de sièges au Parlement ». Il renchérit : « si l’offre du PJD répond à nos priorités, il n’y a aucune raison de refuser de travailler avec le PJD ». En clair, le MP veut plus de ministères. Le PJD acceptera-t-il cette condition ? « Le MP, comme le PPS est un parti indispensable que le PJD n’envisage pas de lâcher », botte en touche un cadre imminent du parti de la lampe.

L’Istiqlal en attente

Du côté de l’Istiqlal, la position du parti n’est pas encore claire.   « Le secrétaire général du PJD a annoncé qu’il commencera sa tournée des négociations en commençant par les partis de la majorité. On va attendre qu’il vienne vers nous (…). Pour le moment, les choses ne sont pas encore claires, » déclare Adil Benhamza, porte-parole du parti de la balance. L'Istiqlal, qui vient de féliciter le PJD dans un communiqué publié le 13 octobre, explique qu’il est prêt à être dans la majorité comme dans l’opposition. « Nous sommes conscients de la conjoncture économique et politique que vit le pays, et nous serons à la place qui servira le Maroc », affirme Adil Benhamza.

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Par ailleurs, les anciens leaders du parti de la balance restent favorables à une alliance avec le PJD. Selon plusieurs sources médiatiques, Mohammed Boucetta et Mhammed Douiri auraient recommandé à Hamid Chabat de rejoindre le gouvernement. Une volonté qui s’ajoute au soutien qu’a apporté Mhammed El Khalifa, leader historique du parti, au PJD, en menant la campagne électorale au côté de Mustapha Khalfi à Sidi Bennour.

Le RNI, la surprise…

De tous les grands partis politiques du pays, c’est certainement le Rassemblement national des indépendants (RNI) qui a le plus créé la surprise ces derniers jours. Avec la démission de son président Salaheddine Mezouar le dimanche 9 octobre, le bureau politique du parti de la colombe devait trouver une solution rapide à cette crise. Réuni le 12 octobre au soir, le bureau politique a finalement publié un communiqué officiel où il fait part de sa position officielle. Le RNI décide de tenir un Congrès extraordinaire le 29 octobre « où il sera uniquement question de l’élection du nouveau président pour qu’il dirige les négociations avec Abdelilah Benkirane », selon Anis Birou, membre du bureau politique du parti de la colombe. Ce nouveau président n’est autre qu'Aziz Akhannouch, ministre sortant de l’Agriculture et ex-RNIiste qui a démissionné du parti en 2011. Le bureau politique a également tranché sur sa participation ou non au prochain gouvernement. Le RNI a « décidé de ne pas participer au prochain gouvernement, sauf si les conditions nécessaires sont réunies ». Le parti de la colombe hausse le ton et conditionne sa participation à la signature, par le gouvernement et notamment son Chef Abdelilah Benkirane, d’« une charte éthique et morale pour le respect des institutions et des libertés individuelles ».

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Pour se donner plus de poids dans les négociations, le RNI et l’UC ont annoncé leur alliance en constituant un seul groupe parlementaire. Une information confirmée par l’Union constitutionnelle via un communiqué déclarant « son entrée dans une phase de rapprochement avec le Rassemblement national des indépendants (RNI) », et l'examen de « la possibilité de créer un groupe parlementaire commun [avec le parti de la colombe, ndlr] au niveau de la chambre des représentants ».

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Ce qui est certain c’est que le RNI, en compagnie de l’UC, avec 56 sièges, se présentent clairement comme une alternative au parti de l’Istiqlal. En outre, des sources au PJD affirment à Telquel.ma que le choix d'Aziz Akhannouch, connu pour sa proximité avec le roi, pour prendre les commandes du parti et mener les négociations avec Benkirane, dérange le PJD. Notre source qualifie l’annonce de la nomination d'Aziz Akhannouch comme futur président du RNI d’une « énième gymnastique improvisée par le Tahakkoum pour affaiblir Benkirane ». « Si seulement ils avaient mis Mansouri à la tête du RNI, un homme que nous respectons, le dialogue aurait pu être possible », ajoute la même source.

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